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Les Logiciels De Traduction Comme Outil Indispensable Dans L’activite Traduisante : Le Cas D’un Texte Litteraire

Article Citation: Adedoyin Kanimodo & Marinus Samoh Yong (2020). Les Logiciels De Traduction Comme Outil Indispensable Dans L’activite Traduisante: Le Cas D’un Texte Litteraire. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 18, No. 1. ISSN 0794-9316

LES LOGICIELS DE TRADUCTION COMME OUTIL INDISPENSABLE DANS L’ACTIVITE TRADUISANTE : LE CAS D’UN TEXTE LITTERAIRE

By

Adedoyin Kanimodo & Marinus Samoh Yong

Résumé

La traduction a toujours été très importante dans l’existence humaine dans tous les domaines politiques, commerciaux, diplomatiques, culturels, scientifiques, etc. On peut donc imaginer la grande quantité des documents traduits chaque jour. Ce n’est que grâce au développement des technologies en ce qui concerne les logiciels de traduction que les traducteurs arrivent à s’acquitter de leurs taches traductionnelles. Selon certains érudits qui prônent la théorie linguistique la traduction est considérée comme un processus de substitution d’un texte par un autre texte dans une autre langue alors que la théorie du sens la voit comme un processus mental qui vise à établir une communication entre des lecteurs appartenant à des cultures différentes. Malgré les différences entre eux, ils sont tous d’accord lorsqu’il s’agit de l’importance du logiciel de traduction, un programme informatique qui permet à un traducteur de traduire un contenu d’une langue vers une autre sur un ordinateur. Cette étude vise à mettre à la portée des traducteurs des informations portant sur l’emploi des outils de traduction et la fonctionnalité des logiciels disponibles sur l’internet. Nous tentons également à répondre à la question portant sur l’application d’un logiciel de traduction au domaine littéraire car le texte littéraire est considéré comme le plus grand défi de la traduction automatique (TA). Bien que la traduction automatique ne puisse pas remplacer l’homme, c’est incontestable que les logiciels de traduction figurent parmi les outils indispensables dans l’activité traduisante. L'émergence récente de deux technologies différentes : le livre électronique et la TA neuronale, ouvrent une fenêtre d'opportunité pour explorer l'utilisation de la TA dans le domaine littéraire.

Introduction

Dans l'ère de l'instantanéité, les logiciels de traduction aident les traducteurs à réussir et les permettent de s'affranchir des principales contraintes de la traduction humaine. Ils sont devenus de plus en plus populaires auprès des traducteurs qui les utilisent pour gagner en rapidité et en qualité. Aujourd'hui les traducteurs peuvent travailler facilement grâce aux derniers progrès de l'intelligence artificielle et aux avancées de la recherche et du développement en outils de traduction. Le rôle de ces outils est d’aider le traducteur mais pas le remplacer et le traducteur qui utilise ces outils va être amené à un travail de post-éditions ; il va intervenir après le passage d’un logiciel pour faire des choix terminologiques, grammaticaux, syntaxiques, valider ou corriger des propositions qui sont faites automatiquement. Avant de se lancer dans l’indispensabilité des logiciels de traduction, force est de revenir en arrière sur l’histoire de l’automatisation qui est à l’origine de logiciel de traduction et puis nous abordons les processus traductionnels, types de logiciels indispensable dans l’activité traduisante à l’heure actuelle et enfin nous parlerons de son application dans le domaine littéraire

L’automatisation de traduction a fait son début dans les années 30. Selon Hutchin & Somers (5) le premier essai d’automatisation du processus traductionnel fait son apparition pendant cette période. Elle était associée au dictionnaire multilingue automatique du franco-arménien, Gorge Artsrouni, et au prototype de traducteur automatique de Petr Sirnov-Troyankii basé sur le principe de l’analyse logique de lexèmes et de phrases à traduire. La traduction automatique désigne le traitement/traduction d’un texte ou d’une conversation audio, entièrement réalisé par un ou plusieurs programmes informatiques sans qu’un être humaine n’ait à intervenir.

L'idée d'utiliser des ordinateurs pour traduire des textes remonte à la fin de la seconde guerre mondiale. L'envie grandissante de lire des documents provenant de l'Union soviétique a relancé les recherches. Vers 1949, Les Etats-Unis, suivi par L’URSS ont lancé des programmes de TA, leur motivation vient du besoin de renseignement. Le résultat de cette automatisation est de traductions grossières produites rapidement en grand volume et à bas coût (Boitet, 5). Après la seconde guerre mondiale, l'idée se fait jour d'une machine à traduire. Les premiers ordinateurs, comme l'Eniac, esquissent cette possibilité mais aussi le sentiment qu'effacer la barrière des langues pourrait contribuer à la paix universelle. L'un des premiers à formaliser l'idée semble être Andrew Booth, un chercheur britannique, qui y consacra du temps à partir de 1946. Dans les années 1950, la traduction automatique reste dans le domaine de la recherche théorique mais tout change dans les années 1960 avec la guerre froide. Aux Etats-Unis, le besoin apparaît de traduire massivement des textes en russe. En Union soviétique, on s'intéresse alors à la traduction de l'anglais. Parallèlement, les ordinateurs ont gagné en puissance. Il semble envisageable de les utiliser pour au moins aider les traducteurs.

Les processus traductionnels

Le processus de la traduction humaine exige trois niveaux successifs : comprendre, déverbaliser et reéxprimer. En revanche le processus de traduction automatique consiste en Analyse – Transfer et génération. D’après la théorie interprétative, les processus traductionnels sont les suivants :

1)                  La compréhension - comprendre un texte signifie saisir à la fois sa composante linguistique (signes graphiques) et extralinguistique. Cela concerne les textes pragmatiques et aussi les textes littéraires.

2)                  La déverbalisation consiste en une isolation mentale des idées ou des concepts impliqués dans un énoncé. Si le traducteur ne déverbalise pas les paroles de l´original, il tombe dans la traduction littérale (en transcodage) et rédige un texte final qui ne dit rien ou presque rien à ses nouveaux destinataires.

3)                  La reformulation / réverbalisation/réexpression du sens dans une autre langue consiste en choix, de la part du traducteur, des moyens expressifs multiples que lui offre la langue cible. La capacité associative, déductive du traducteur, sa créativité, son intuition, son imagination sont très importants pendant cette étape du processus de la traduction. (Lederer et Selescovitch, 18-30)

Selon une enquête menée en 2014 par la délégation générale à la langue française et aux langues de France, on identifie un processus typique de traduction représenté par le schéma que nous présentons ci-dessous :

Fig. 1 Processus typique de la traduction : Langue & Recherche 2015 :8

Dans ce processus, cinq familles d’outils sont identifiées qui s’avèrent très utiles dans l’activité traduisante : (1) le logiciel pour la conversion de document et la reconnaissance optique de caractère (Optical Character Recognition (OCR) ; (2) Les mémoires de traduction ; (3) La traduction automatique ; (4) la gestion terminologique et (5) l’extraction terminologique (Depecker,8).

Nous n’allons pas entrer dans les détails de l’utilité et le fonctionnement de ces outils, par contre nous donnons une brève description et les classons en trois catégories.

Les logiciels d’OCR et conversion de document:

Le point de départ de toute traduction c’est un document dans une langue source que le traducteur reçoit sous diverses formes soit dactylographiée ou manuscrite, papier ou électronique. Un document électronique aussi peut être en format « word » ou PDF donc il est nécessaire de convertir le document. OCR signifie « Reconnaissance optique de caractères ». Les outils de conversion visent à analyser le code informatique du fichier PDF et à en extraire le texte pour déduire les informations de structure. Ces deux techniques (OCR et conversion répondent au même besoin c’est-à-dire transformer un document dans un format non-modifiable en un document de travail (Depecker 15). Les logiciels de premier rang valables pour cette tache sont présentés ci-dessous :

Les logiciels d’OCR et conversion de document 

Produits

Abbyy Fine Reader

Adobe Acrobat

Nuances Omnipage

Editeur

ABBYY

Adobe

Nuance

Pays

Etats-Unis

Etats-Unis

Etats-Unis

Site

www.abbyy.com

www.adobe.com

www.nuance.com

Fig.2 Les logiciels d’OCR (Langues& Recherche 2015)

D’après un article intitulé « le logiciel OCR : Top 10 des outils OCR » (Décembre 24, 2018) le logiciel de OCR qui est un atout pour le traducteur permet la manipulation du contenu d’images PDF ainsi que la conversion des documents scannés en documents éditables et consultables.

Les Tops 10 des outils OCR sont : PDFelement, SodaPDF, Abbyy PDF Transformer +3, Wondershare PDF Converter Pro, Paperport Professional, Renee PDF Aide, Omnipage 18, REadiris Pro 12, Simple OCR , GT Text OCR. D’autres logiciels gratuits disponibles sont AbleWord, FreeOCR, Tesseract. On peut aussi visiter d’autres sites internet qui proposent la conversion en ligne.

Outils à mémoire de traduction et recherche terminologique

Une mémoire de traduction est une base de données linguistiques qui enregistre la traduction au fur et à mesure que le travail progresse afin de les réutiliser ultérieurement sous forme de segments source et cible appelés « unités de traduction ». Ces outils reposent sur une idée simple, par exemple si on découpe un texte à traduire en segments suffisamment court, il est probable que chaque segment soit déjà traduit par quelqu’un. La mémoire de traduction permet de stocker des segments de phrases et de les réutiliser. On parle dans ce sens de traduction assistée par ordinateur. L’avantage est qu’elle permet de gagner du temps dans des textes très répétitifs. Elle est aussi très efficace pour des textes techniques. Les logiciels de mémoire de traduction sont des alternatives à d’autres outils, tels que les logiciels de traduction automatique ou d’aide à la rédaction.

Les outils de TAO aident un traducteur humain à faire son travail plus rapidement et à gérer ses projets. Florence Herbulot (1983) cité par Lederer (1994) affirme que le traducteur peut utiliser la recherche terminologique fournis à l’aide d’ordinateur qui peut aider dans sa tâche. Elle dit :

La solution ici est du même ordre : abonnement à une plusieurs banques de mots, avec entrée en langue étrangère, fournissant des traductions de termes, mais pas de mots isolés, sans indication du contexte ou du domaine d’emploi. La simplification, pour le traducteur serait de connaitre, par lecture de son écran, ce qu’il ne peut découvrir aujourd’hui qu’en consultant de très nombreux dictionnaires, et en les corrigeant l’un par l’autre. On peut aussi demander à la machine de constituer un dictionnaire personnel, combien plus accessible qu’un fichier ou s’accumulent et se perdent les résultats de recherches difficiles. Cela aurait un avantage supplémentaire : la mise à jour d’une banque, plus rapide que la réédition d’un dictionnaire, éliminerait en partie les défauts de ces ouvrages souvent périmés bien avant de sortir de presse (191).

Les bases terminologiques font partie intégrante des outils de traduction, cela permet au traducteur de développer ses propres glossaires bilingues dans son domaine respectif.

La liste des logiciels disponibles :

Produits

Across

Business Translator

Enterprise server

MemoQ

Multi-Trans

Simi-llis

Trados

Word-fast

Dejavu

Editeur

Across Systems GmbH

Systran International

Systran International

Kilgray Translation Technologies

MultiCorpora

Lingua et Machina

SDL language technologies

WordfastLLC

Atril

Pays

Allemagne

Corée du Sud

Corée du Sud

Hongrie

Canada

France

Royaume Uni

Etats-Unis

Etats-Unis

Site

www.across.net

www.systransoft.com

www.systransoft.com

www.memoq.com

www.mlticorpora.com

www.similis.org

www.translationzone.com

www.wordfast.net

www.atril.com

Fig. 3 Des logiciels à mémoire de traduction Langues & Recherche 2015

Il y a d’autres logiciels à mémoire de traduction qui vise à apporter une aide au traducteur, et qui sont commercialisés sous différentes formes tels :Wordbee, Boltran, Crowdin, Lingotek, Systran Online Translation pour site internet, Cafe Tran Espresso, Omega, Mate Cat, Virtaal, Lokalize Globalsigt, XTM Cloud, Start transit, Poedit, Metalexis

La traduction automatique

C’est une traduction d’un texte effectuée par ordinateur, sans intervention humaine. Ces systèmes peuvent reposer sur des règles ou sur des données statistiques. Cette technologie permet de traiter des contenus nouveaux en un temps record.

La traduction automatique d’après Depecker est « un Graal poursuivi dès le milieu du siècle dernier des deux côtés de l’Atlantique »(41). Selon lui, les motivations de cette quête sont diverses : militaires (à des fins d’espionnage), cognitives (mieux appréhender les ressorts de la compréhension humaine), industrielles (diminuer les coûts de traduction, en augmenter l’efficacité) politiques (mettre à disposition des documents à un public élargi), commerciales (fournir et monétiser de nouveau service).

Le travail du traducteur se concentre donc sur l’activité de post-édition : il s’agit de repasser sur le texte proposé par l’outil et de le corriger manuellement. Lorsque l’outil n’est pas adapté au besoin, le travail de post-édition peut être fastidieux aussi long voire plus long que la traduction effectuée sans outil de traduction automatique. On distingue 4 types d’outils selon les hypothèses sur lesquelles ils sont construits ; l’approche par règles (rule based), l’approche statistique (statistical or corpus based/example based), une approche hybride qui combine de différentes façons les approches par règles et par statistiques pour mieux bénéficier des avantages des deux ou pour pallier les inconvénients de chacune. Nous énumérons trois de ces approches ci-dessous :

L’Approche par règles (« Rule-based » MT)

Les logiciels de traduction automatique à base de règles reposent sur l'utilisation de nombreuses règles linguistiques et de millions d'entrées de dictionnaires pour chaque paire de langues. Le logiciel parcourt le texte à traduire et crée une représentation intermédiaire à partir de laquelle la traduction est générée. Ce processus nécessite l'utilisation de dictionnaires volumineux, de données syntaxiques, morphologiques et sémantiques, et de nombreuses règles linguistiques. Le logiciel utilise ces règles pour transférer la structure grammaticale du texte source dans le texte cible (traduction).

Les traductions sont construites à partir de dictionnaires gigantesques et de règles linguistiques sophistiquées. Les utilisateurs peuvent améliorer la qualité de traduction en intégrant leur propre terminologie ; celle-ci sera prise en compte au cours du processus de traduction. L'utilisation de ces dictionnaires utilisateurs prime sur les paramètres de base du logiciel.

L’Approche statistique (« Statistical Machine Translation» SMT)

Les logiciels de traduction automatique statistique traduisent en utilisant des « modèles statistiques » auto construits à partir de corpus monolingues et bilingues. La construction de ces « modèles statistiques » est un processus rapide mais nécessite l'existence préalable et la disponibilité de volumes importants de textes traduits. L'entraînement d'un modèle bilingue nécessite au minimum 2 millions de mots pour un domaine spécifique et bien plus pour le domaine général. En théorie, il est impossible d'atteindre le seuil de qualité attendu pour les entreprises mais, dans les faits, il est rare que les entreprises disposent de tels volumes de documents traduits. En outre, les logiciels de traduction automatique statistique nécessitent des configurations matérielles lourdes pour exécuter des modèles de traduction afin de garantir des performances normales.

L’Approche Neuronale « Neural Machine Translation » (NMT) : la nouveauté de la traduction automatique

Les mots "Deep Learning" signifie apprentissage profond ou encore réseaux de neurones artificiels. On l’utilise sans savoir des solutions basées sur cette technologie comme la reconnaissance d'images, l'analyse de big data et les assistants virtuels que les géants du Web ont intégrés à leurs services. Plus récemment, de nombreuses recherches ont été menées sur l'apport de ces nouvelles technologies dans le traitement de la langue.

En plus des technologies jusqu'alors utilisées sur le marché (statistique et à base de règles), un moteur neuronal traite la totalité du processus de traduction automatique au travers d'un unique réseau de neurones artificiels. Un réseau de neurones artificiels est composé de plusieurs couches qui sont connectées entre elles avec des poids différents appelés les paramètres du réseau. Un élément clé du réseau de neurones est sa capacité à corriger automatiquement ses paramètres pendant la phase d'apprentissage (quelques semaines). Concrètement, ce qui est généré en sortie est comparé à une traduction de référence et en retour un correctif est "rétro-propagé" pour ajuster les poids et affiner le paramétrage des connections du réseau.

Cette technologie qui se base sur des algorithmes complexes à la pointe du Deep Learning (ou apprentissage profond) permet au moteur Pure Neural™ Machine Translation(PNMT™) d'apprendre, de générer des règles d'une langue à partir d'une traduction de référence et de produire une traduction dont la qualité dépasse l'état de l'art et s'avère meilleure que celle d'une personne non native de la langue. Mentionnons quelques logiciels de traduction automatiques à l’heure actuelle : Google translate, DeepL, MT@EC engine, ModernMT, Systran NMT. Il y en a d’autres logiciels qui sont, eux aussi, associés au traitement des langues :ETAP-3 : système propriétaire de traitement linguistique spécialisé pour l’anglais et le russe, Libellex : plateforme de travail multilingue pour l’entreprise, Lingua Custodia : mémoire de traduction pour la traduction financière, Moses : logiciel libre de traduction automatique à base de statistiques.

Les logiciels de traduction dans le domaine littéraire : les particularités des œuvres littéraires

Il y a groso modo trois domaines de traduction : la traduction littéraire, la traduction pragmatique et la traduction technique ou scientifique. Chaque domaine présente un caractère spécifique qui le distingue des autres genres d’écrits et rend difficile leur traduction.

La littérature est définie comme l’ensemble des œuvres écrites ou orales auxquelles on reconnait une finalité esthétique. C’est l’ensemble des œuvres de l’esprit en tant qu’elles se produisent par la parole ou par l’écriture, et on les considère tant au point de vue du fond qu’à celui de la forme et de l’expression. L’auteur d’une œuvre littéraire est bien différent des autres. Il utilise la langue pour communiquer, pour s’exprimer d’une manière particulière, c’est-à-dire il a son propre idiolecte à travers l’usage de figures de style, proverbes, homonymes, etc. C’est pourquoi une œuvre littéraire est toujours connotative et ambigüe parce que les figures de style lui donnent des interprétations diverses.

Roland Barthes (147-155) dans son livre Essais critiques (1964) fait une distinction entre l’écrivain et l’écrivant. Il décrit l’écrivain comme celui qui travaille sa parole et qui a une préoccupation esthétique alors que l’écrivant ne voit le langage que comme un moyen, un instrument de communication pour faire passer un sens, une pensée. L’écrivant désire transmettre un message sans aucune ambivalence, sans ambigüité. Il dit les choses d’une façon directe. Par contre, l’écrivain utilise le langage symbolique.

D’après Israël (31) :

Une œuvre littéraire ne véhicule pas à l’instar de la pragmatique une information concrète aux retombées prévisibles. Le texte littéraire est néanmoins porteur d’un vécu, d’un regard sur le monde, de vérités morales, universelles, intemporelles et de valeurs esthétiques qui par-delà le thème ou l’anecdote laissent leur marque sur le lecteur. C’est une expérience plus affective qu’intellectuelle.

La forme d’une œuvre littéraire n’est pas un simple vecteur de l’idée du contenu notionnel. Valorisée, semantisée, elle devient un élément primordial dans l’élaboration du message au point que le dire compte autant sinon plus que le dit. L’agencement d’une œuvre littéraire est selon une logique propre voulue par le scripteur. Tout cela donne un langage suractivé, surdéterminé qui, rompant avec les habitudes, s’emplit de métaphores vives, d’effets sonores et de rythmes nouveaux.

Quoique l’écriture littéraire puisse apparaitre comme celle de tous les jours, les mots en sont chargés de valeurs culturelles et affectives : ils assument volontiers une fonction symbolique, métaphorique ; ils s’appellent, se répondent et s’organisent en réseaux. La forme et l’idée se complètent et fusionnent pour donner ce que Valery appelle « une composition indissociable de son et de sens » (19).

L’élucidation d’une œuvre littéraire n’est pas une simple opération mentale mais une quête engageant l’affectivité et débouchant sur un nombre infini d’hypothèses. Une œuvre littéraire exige la coopération du lecteur comme condition d’actualisation. Pour comprendre le message, il faut, outre la compétence linguistique, une compétence diversement circonstancielle, une capacité d’envisager des présuppositions, de réprimer des idiosyncrasies, et ainsi de suite. George Mounin (16) ne nie pas le fait que la traduction surtout dans les domaines du théâtre, du cinéma, etc., comporte des aspects non-linguistiques.

Tout ce que nous avons évoqué ci-dessus rend une œuvre littéraire difficile à traduire. En effet, trop souvent l’œuvre littéraire est jugée intraduisible parce qu’on ne peut pas établir le double exact de l’original. Mais si on prend un tel parti, dit Fortunato Israël, c’est non seulement nier l’essence même de l’opération traduisante qui repose sur la différence des idiomes, mais aussi se condamner à l’impuissance en posant que l’appréhension d’une œuvre littéraire étrangère est impossible si on n’en connait point la langue (17).

Pour traduire une œuvre littéraire, Fortunato Israël nous invite dans un colloque sur la liberté en traduction, à nous approprier le texte à traduire. Cette appropriation, dit Israël, n’est pas un choix mais elle est imposée par la nature même de l’écriture littéraire. Pour bien s’approprier un texte, selon lui, il faut tout d’abord internaliser le message qui est toujours présent, et puis assimiler le style et l’intention esthétique, c’est-à-dire comprendre tout l’environ socio-culturel, ensuite faire appel à la créativité : recréer un autre texte qui vous appartient, qui est conforme à la langue d’arrivée mais qui n’est pas au-delà de l’original.

Face à tels postulations, comment est-ce que la machine va aborder ces problèmes de traduction d’un texte littéraire ?

Comme nous l’avons noté plus haut, le texte littéraire est considéré comme le plus grand défi de la traduction automatique. Malgré l’énorme progrès dans le domaine de la traduction automatique au cours des dernières décennies, il n'y avait aucune chance que les machines peuvent aider, d’une manière efficace, le domaine de la traduction littéraire. Cependant, d’après une recherche menée par Toral et Way (2), l'émergence récente de deux technologies différentes : le livre électronique et la traduction automatique neuronale, ouvrent une fenêtre d'opportunité pour explorer l'utilisation de la TA dans le domaine littéraire. Selon eux, le livre électronique est un marché en pleine croissance et, par conséquent, les livres sont disponibles en format numérique, y compris les romans originaux et leurs traductions. Toral et Way (2) affirment que “because the main resource required to train statistical MT systems is bilingual parallel text, we are now able to build MT systems tailored to novels”. Ils ont en outre estimé que de tels volumes on peut avoir des meilleures performances, car on a trouvé que pour que le moteur statistique de TA fonctionne d’une manière optimale, on doit le former sur des données similaires auxquelles il est appliqué. La TA neuronale porte sur une nouvelle approche de la TA statistique qui, introduite récemment, a déjà montré un grand potentiel car c’est prouvé qu'elle peut atteindre une meilleure qualité de traduction que la TA précédente basée sur les phrases. (Phrase based MT).

Selon Toral et Way (4), la TA neuronale a été montrée pour un certain nombre de paires de langues et de domaines, y compris la transcription de la parole, le fil de presse et les documents des Nations Unies. Au-delà de ses performances généralement positives, elle présente un intérêt particulier pour les textes littéraires. Ses performances semblent être particulièrement prometteuses pour les textes riches en lexique qui caractérisent le texte littéraire. Il est également affirmé que la TAN peut, au lieu de faire une traduction littérale, trouver l'équivalent culturel dans une autre langue.

Même s’il y a peu de progrès en ce qui concerne l’usage de l’automatisation dans le domaine littéraire, pourtant nous l’avons constaté que l'émergence récente de deux technologies différentes : le livre électronique et la traduction automatique neuronale, ouvrent une fenêtre d'opportunité pour explorer l'utilisation de la TA dans le domaine littéraire. A cause de cette émergence, un nouveau NMT appelé PipeNovel était uniquement construit pour la post-édition dans le domaine littéraire. Selon une recherche soutenue par European Association of Machine Translation, la performance de ce logiciel semble prometteuse. (Toral et Way 2018)

Conclusion

Dans l'ère de l'instantanéité, le logiciel de traduction nous aide à réussir et nous permet de nous affranchir des principales contraintes de la traduction humaine. Aujourd'hui l’entreprise et le gens ont l'opportunité de toucher plus facilement aux nouveaux marchés grâce aux derniers progrès de l'intelligence artificielle et aux avancées de la recherche et du développement en TM.

Un traducteur traduit en moyenne 2 000 mots par jour pourtant les volumes d'informations publiés sont croissants et dépassent la capacité des traducteurs humains. Grâce à sa vitesse et à son coût forfaitaire, la TM permet de traduire des documents qui n'auraient sinon pas été traduits. Les motivations qui poussent de plus en plus de traducteurs à acquérir les derniers logiciels de traduction sont nombreuses.

Après la recherche réalisée par l'utilisation de PipeNovel pour post-édition des œuvres littéraires, on s'attend à ce que plus grand nombre d'enquête soient réalisées et beaucoup de logiciels soient développer pour aider dans le domaine littéraire afin de faciliter la tâche du traducteur. D’après le résultat de PipeNovel, il y a de l’espoir que les traducteurs auront des logiciels performants qui peuvent les accompagner dans leur tâche. Bien que la traduction automatique ne puisse pas remplacer l’homme, c’est incontestable que les logiciels de traduction figurent parmi les outils indispensables dans l’activité traduisante.

Œuvres citées

Barthes, Roland. Essais critiques. Paris : Editions du Seuil, 1964

Boitet, Christian. « Quelle automatisation de la traduction peut-on réaliser sur les stations de             travail individuelles ? » Traduction automatique et traduction assistée. GETA Institut             IMAG, Grenoble, 1999.

Catford, J. C. A linguistic theory of translation: an essay in applied linguistics. Oxford University Press, 1965.

Depecker, Loïc. « Mieux comprendre les outils d’aide à la traduction », Langue & Recherche,             Délégation générale à la langue française et aux langues de France, 2015.

Herbulot, Florence. « La Théorie interprétative ou Théorie du sens : point de vue d’une             praticienne ». Meta, 49(2), 307–315. https://doi.org/10.7202/009353ar 2004.

Hutchins W. John. and Somers, Harold L., An Introduction to machine translation, London:             Academic Press, 1992.

Israël, Fortunato. « La notion de liberté en traduction ». Actes du Colloque International tenu    à L’ESIT, Paris : Didier Erudition, 1991

Lederer, Mariane. Etudes traductologiques. Paris : Lettres Modernes, 1990.

Lederer, Mariane. La traduction Aujourd’hui. Paris : Hachette, 1994.

Toral, Antonio. et al. “Project PipeNovel: Pilot on post-editing Novels, EAMT: Proceedings        of the 21st Annual Conference of the European Association of Machine Translation, Universidad D’Alacant, 2018.

Toral, Antonio., Way, Andy. “What Level of Quality Can Neural Machine Translation Attain    on Literary Text?” In Translation Quality Assessment. Springer 2018

Sitographie

De nouveaux systèmes de traduction pour surmonter la barrière de la langue sur             www.rtflash.fr.18 Oct 2018

Beaudonnet, Laure « Deep Learning » L’homme prend sa première grosse raclée par la   machine en matière de traduction sur www.20minutes.fr 10 Oct. 2018

La traduction automatique fait des pas de géant sur www.lesechos.fr consulté le 4 mars 2019             www.deepl.com

www.pdf.wondershare.com Logiciels OCR : Top 10 des outils OCR, Décembre 24, 2018.

www.polilingua.fr/blog « Liste complète des outils TAO sur le marché ». Des traducteurs aux             traducteurs, Technologie de traduction Juin 1, 2018.

Degel Journal

The official website of the DEGEL Jounal is https://www.degeljournal.com

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