Ad Code

La lutte contre une tradition bêtifiante: Une étude critique de Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia

Article Citation: Sikiru Adeyemi OGUNDOKUN (2023). La lutte contre une tradition bêtifiante: Une étude critique de Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 20, No. 1 & 2. ISSN 0794-9316

LA LUTTE CONTRE UNE TRADITION BÊTIFIANTE: UNE ÉTUDE CRITIQUE DE TROIS PRÉTENDANTS… UN MARI DE GUILLAUME OYONO MBIA

By

Sikiru Adeyemi OGUNDOKUN

Résumé

Le théâtre, la poésie et la prose sont les trois genres principaux de la littérature. Ils fournissent une plate-forme fonctionnelle où les conflits socioculturels, politiques et économiques sont présentés et débattus dans le but de reconstruire les sociétés humaines pour une coexistence pacifique et un développement durable. Cet article étudie Guillaume Oyono Mbia, un écrivain engagé à partir de sa pièce Trois prétendants…un mari. Dans ce travail, il s’agit d’examiner un aspect de la culture africaine qui attaque le progrès de la génération de jeunes. Le but principal de cette étude est de dénoncer une tradition bêtifiante en Afrique. Avec l’explication de texte comme méthodologie de recherche, et l'approche sociologique de la littérature, le problème de la dot chez les camerounais est examiné. On trouve qu’à la pièce théâtrale choisie, la littérature est un moyen de partager des expériences humaines multidimensionnelles. Elle aussi sert comme un instrument d’exprimer des sentiments, des imaginations, des observations, et des découvertes à propos de la vie quotidienne. L'étude conclut que dans la reconstruction de toute société humaine, le conflit générationnel est un mal nécessaire à affronter.

Introduction

L'art sert à l'art et à d'autres choses. D’après Welch (1988), la littérature et la créativité sont étroitement liées. Le/la critique littéraire qui étudie le travail et les réalisations du langage dans la littérature doit faire preuve de tact, mais il/elle doit aussi être conscient de la dignité de sa vocation. Ce n'est pas une mince affaire d'être interprète. C'est une chose délicieuse et l’on doit être fier d'établir clairement la relation entre la vie d'un écrivain et son travail, entre les traditions qu’un écrivain hérite et son caractère et son tempérament individuels, entre le travail imaginatif et son contexte social.

D’ailleurs, pour l'esthétique, nous soutenons que l'intérêt philosophique pour les entités fictives couvre un éventail étonnamment large de domaines tels que la philosophie du langage, l'ontologie et la métaphysique, l'épistémologie et la logique pour n'en citer que quelques-uns. Les entités fictives sont « principalement les entités issues et définies par les mythes, légendes, contes de fées, romans, drames et autres œuvres de fiction » (Lamarque, 285). Un écrivain, que ce soit en tant que dramaturge, poète ou romancier, doit embrasser de très près son temps et son environnement dans sa création littéraire. C'est ce que nous avons observé chez Guillaume Oyono Mbia et c’est aussi l’une des raisons qui nous ont poussés à choisir sa pièce, Trois prétendants…un mari comme corpus de cette étude.

La société implique une association de personnes, qui comprend des unités qui s'intègrent pour vivre ensemble. Cela concerne les personnes qui ont des règles de comportement telles que des croyances, des coutumes, des traditions, des conventions, des valeurs sociales et des normes par lesquelles la société peut changer et protéger le bien-être de la communauté. La famille, la religion, les syndicats, les groupes de pression et les corps professionnels sont quelques exemples d'unités d'une société donnée. En somme, la société est « une communauté particulière de personnes qui partagent les mêmes coutumes, lois, etc. » (Hornby, 1399). Dans plusieurs premières histoires et textes littéraires qui viennent d'Afrique, les personnages féminins jouent toujours un rôle insignifiant. S'ils sont exhibés, ils sont présentés comme de simples objets pour remplir des fonctions marginalisées. D’après Ogundokun (2013), lors de la navigation à travers les trois genres de base de la littérature ; le théâtre, la poésie et la prose, nous avons remarqué qu'un dramaturge, un poète ou un romancier puise dans ses expériences, observations, découvertes et imaginations, entre autres choses, qui sont à sa disposition pour mettre en scène son histoire. Selon Walter (x - xi),

What distinguishes the novel and the story is its essential dependence on the book. The dissemination of the novel became possible only with the invention of printing… The storyteller takes what he tells from experience; his own or that reported by others. And he in turn makes it the experience of those who are listening to the tale. The novelist has isolated himself. The birthplace of the novel is the solitary individual.

Ce qui distingue le roman de l'histoire, c'est sa dépendance essentielle du livre. La diffusion du roman n'est devenue possible qu'avec l'invention de l'imprimerie… Le conteur tire ce qu'il raconte de l'expérience ; la sienne ou celle rapportée par d'autres. Et il en fait à son tour l'expérience de ceux qui écoutent le conte. Le romancier s'est isolé. Le lieu de naissance du roman est l'individu solitaire (Notre traduction)

Le point de vue que nous portons fortement sur un écrivain engagé et sa création littéraire que ce soit en tant que romancier, dramaturge ou poète est encore renforcé par un autre géant littéraire qui affirme que la littérature elle-même a son propre but et ses propres déterminants donc elle n’est jamais totalement autonome. Elle puise ses motivations premières au plus profond de la culture commune, l'expérience de vie de son producteur à son époque mais elle ne parle jamais pour la totalité de cette culture (Warner, 1981). En fait, la littérature ou toute œuvre d'art d'ailleurs n'est pas une entité fermée et ne peut donc pas être indépendante ou autosuffisante à elle seule. Il y a un point de rencontre entre la littérature, et la culture.

Pour une compréhension globale de notre évaluation des Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia ayant comme thème le conflit générationnel, nous aimerions expliquer les termes opérationnels de base tels qu'ils sont appliqués dans cette revue. Premièrement, un conflit est une situation dans laquelle des personnes, des groupes ou des pays sont impliqués dans un désaccord ou une dispute sérieuse. C'est une situation dans laquelle il y a des idées, des opinions, des sentiments ou des souhaits différents. [Conflict, it is “a situation in which people, groups or countries are involved in a serious disagreement or argument. It is a situation in which there are opposing ideas, opinions, feelings or wishes; …” (Hornby, 305.)]. Le conflit est un mécanisme important dans l'écriture ou la narration d'histoires puisque la littérature peut être écrite ou parlée. Le conflit fournit le modèle pour le scénario, l'intrigue ou la structure d'une histoire donnée. C'est ce qui déclenche les actions sur lesquelles les différents personnages d'une histoire agissent en vue de la résoudre et de poursuivre la vie. C'est la pomme de discorde/ désaccord dans une composition littéraire. Il est possible pour les écrivains d'adapter le conflit selon les différences d'idéologies sociopolitiques, économiques, culturelles ou religieuses qui séparent les gens dans une société et les dressent les uns contre les autres.

En plus, un autre terme essentiel dans notre discussion est le mot éducation. Pour nous, l'éducation est la totalité de l'expérience de l'homme depuis l'âge zéro jusqu'à sa mort, ce qui fait de lui un membre acceptable de sa communauté, un « omolúàbí » en y contribuant de manière significative à travers les connaissances, la formation, les compétences conceptuelles (en art, communication, science et/ou la technologie) qu'il a acquises au fil des années et sa droiture morale incontestable. Par conséquent, l'éducation est un outil essentiel pour une vie maturée et heureuse. C'est le « troisième œil » de l'homme qui lui permet de développer les pouvoirs attendus de raisonnement et de jugement de valeur adéquats.

Encore, nous prenons le temps de parler de culture car le conflit que nous théorisons a un lien sérieux avec la culture. L'UNESCO définit la culture comme

Culture is what has shaped societies and individuals’ ways of life; while certainly rooted in ancestral values, it is also a source of dialogue, exchange, innovation and creativity, and the foundation stone of endogenous systems of solidarity, forms of expression and ways of transmitting knowledge that are as valid for meeting the challenges of tomorrow as for preserving traditions (UNESCO, 2005).

ce qui a façonné les modes de vie des sociétés et des individus ; certes ancrée dans des valeurs ancestrales, elle est aussi source de dialogue, d'échange, d'innovation et de créativité, et la pierre angulaire de systèmes endogènes de solidarité, de formes d'expression et de modes de transmission des savoirs aussi valables pour relever les défis de demain que pour la préservation des traditions (Notre traduction).

En termes simples, la culture est un aspect de l'identité des personnes qui favorise l'intégration sociale et l'organisation de ces personnes.

_______________________

Omolúàbí- un terme yoruba pour décrire une personne de bonne vertu, c’est-à-dire, qui se comporte bien dans la société.

Cependant, la culture n'est jamais statique, elle est donc dynamique et s'adapte aux changements qui viennent avec le temps. Dans ce monde moderne régi par la science et la technologie, un attachement malsain à une culture grossière et cruelle est inacceptable car il entrave l'évolution de la société.

Par ailleurs, l'ethnicité, le machisme, le mariage forcé, la polygamie et le ritualisme sont des pratiques culturelles qui militent contre le développement des individus, des groupes, des institutions et de la société dans son ensemble, notamment en Afrique. Notre écrivain, Guillaume Oyono Mbia est troublé par le fait que les cultures traditionnelles africaines limitent trop les droits humains fondamentaux de la femme dans diverses communautés africaines. Et en réponse à ces traditions laides et méchantes, il a écrit Trois prétendants… un mari pour briser la tradition ancienne de forcer une fille à épouser un homme qu'elle n'aime pas. Le dramaturge, Oyono Mbia tente de rendre les personnages féminins actifs dans le façonnement de la vie, leur propre vie, celle de leur famille ou de les faire influencer sur des questions qui touchent leur société dans son ensemble. Dans cette étude, le conflit générationnel est la base de notre discussion.

Dans cette étude, la génération des gens qui sont nés pendant la période précoloniale et la période coloniale est dire l’ancienne génération. On l’appelle « old school » en anglais. Les gens qui sont nés après les années de l’Independence représentent la nouvelle génération ; c‘est-à-dire, « new génération » en anglais.

Analyse la lutte contre une tradition bêtifiante dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia

Guillaume Oyono Mbia, écrivain camerounais est né à Mvoutessi en 1939. Il écrit sa première pièce de théâtre intitulée : Trois prétendants… un mari en 1960. L'histoire se déroule dans le milieu camerounais en particulier et celui de l'Afrique en général. Juliette, l'héroïne, est une écolière de Mvoutessi. Elle étudie à Libamba, au Cameroun. Tout à coup, les parents de Juliette ont conclu des arrangements pour son mariage et ils l'attendent à la maison. Cette pratique répugnante a en effet mis en péril la carrière et la vie des milliers de filles africaines. C'était courant dans les cas où des pères imprévoyants forçaient leurs filles à se marier avec un vieil homme riche. Si une telle fille avait un amant et s'enfuyait avec lui, ‘edje ne n’osin’, (expression pour le prix de la mariée chez les Urhobo), la dot sur elle est remboursée et des dommages-intérêts payés (Okumagba, 1979).

Ndi, agriculteur et illettré, a déjà payé cent mille francs comme dot pour épouser Juliette. Mbia, un fonctionnaire devrait également venir faire une offre plus élevée. Atangana (le père de Juliette) et Abessolo (le grand-père de Juliette) ont des idées opposées en ce qui concerne l'éducation des filles. Abessolo pense que c'est un gaspillage de ressources d'envoyer une fille à l'école, mais Atangana y voit une entreprise rentable qui doit être poursuivie. Juliette n'est pas d'accord avec ses parents sur l'arrangement de mariage précipité lorsqu'elle en est finalement informée. Elle fronce les sourcils devant la décision de ses parents et soutient qu'elle n'est pas un objet dont le prix doit être évalué et vendu au plus offrant dans le jeu. Par conséquent, elle méritait d'être consultée sur les questions qui concernent sa vie comme son mariage (p. 28). Comme l'histoire avance, on découvre que Mbia, le fonctionnaire, a un lié de parente avec Juliette et alors il ne peut pas d’épouser selon la tradition (pp. 43 - 44). Cependant, le chef Mbarga, par intérêt personnel, demande qu'une dérogation puisse être accordée à Mbia malgré la question de lignage (pp. 47 - 49). La renonciation est accordée et Mbia verse deux cent mille francs à titre de dot. Outre l'argent qu'il a versé, une longue liste de demandes personnelles lui est également adressée lors de son départ (pp. 54 - 56).

Alors que son père informe joyeusement Juliette des progrès réalisés jusqu’à là concernant l'arrangement de mariage avec Mbia, elle exprime son objection totale à l'arrangement laid et méchant. Juliette déclare qu'elle est déjà amoureuse d'une autre personne : un camarade de classe (pp. 61 - 62). Cette forte opposition à la décision de ses parents est la marque de fabrique de la préoccupation d'Oyono Mbia dans Trois prétendants… un mari. Oko, le petit ami de Juliette et Kouma, le cousin de Juliette dans le jeu des événements en prévoyant de voler les trois cent mille francs payés par les deux premiers prétendants. Le plan de match est que lorsqu'ils voleront la somme, cela ouvrira la voie à Oko et Juliette pour se marier (pp. 68 - 72). Vers la fin, Tchetgen, un commerçant fait sa proposition (pp. 125 - 130) pour compléter la liste des trois prétendants. Oko déguisé, habillé en grand homme, est présenté par Kouma, qui chantait ses louanges en lui préparant un bon terrain. De son côté aussi, Oko joue avec succès le rôle du grand homme tant attendu. Il paie les trois cent mille francs. Juliette consent en présence de tout le monde et ils se marient.

En gros, le conflit générationnel est le sujet de cette pièce, Trois prétendants… un mari. Cela est évident dans le choix des personnages du dramaturge. La présentation des grands-parents, des parents et des enfants souligne le fait que le changement de génération est un problème dans l'histoire. Abessolo, le père de Mbarga et le grand-père de Juliette, estime qu'envoyer les filles à l'école est un gaspillage de ressources rares. Les femmes sont pour lui de simples objets à voir, à utiliser et à ne pas entendre. Il est en effet une « vieille école » qui tient fortement aux traits culturels aveugles. Il encourage le père de Juliette à accepter les cent mille francs payés par Ndi comme dot et cela jette les bases du brouhaha qui ouvre la voie aux actions et aux comportements des personnages dans Trois prétendants… un mari.

Au contraire, la jeune génération estime que les femmes doivent être entendues équitablement, notamment sur les questions qui les concernent. Par exemple, elles doivent être consultées sur les questions de mariage puisqu'il est question d’un contrat de vie. L'éducation occidentale a grandement aidé la jeune génération à se découvrir et à lutter contre l'iniquité sociale et l'injustice dans leur société. Par conséquent, comme nous pouvons le voir, la disposition psychologique de la vieille génération et des personnes sans instruction moderne est de continuer avec la tradition qui demande de traiter les femmes comme des objets ordinaires. Le plus souvent, l'amour fou pour les choses matérielles de la vie explique la prévention inacceptable des pratiques culturelles barbares dans les sociétés africaines. Dans la pièce examinée, Mbarga, qui découvre le lien de parenté entre Mbia et Juliette, renonce rapidement à la question en raison des choses matérielles qu'il gagnera du prétendant.

Dans l'ensemble, le refus de Juliette d'accepter le plan de mariage organisé par ses parents la présente comme la représentante de la nouvelle génération et bien sûr du nouvel ordre dans le schéma de gestion de la société moderne. Juliette symbolise la vraie femme africaine qui est dotée de connaissances, de sagesse et de compréhension pour faire face à la société dominée par les hommes où elle se trouve. Parce qu'elle peut penser et prendre ses propres décisions, Juliette se révolte contre l'injustice socioculturelle qui lui donne un coup de poing au visage. Juliette répond à son père en lui posant ces questions : « Le Quoi ? Je suis donc à vendre ? Pourquoi faut-il que vous essayiez de me donner au plus offrant ? Est-ce qu'on ne peut pas me consulter pour un mariage qui me concerne ? » (p. 45)

Évidemment, les questions de Juliette radiographient les différentes générations de personnages qui sont impliquées dans les actions de la pièce Trois prétendants… un mari. Les questions préparent à nouveau l'esprit des lecteurs à quoi ils doivent s'attendre. En fait, avec ces questions, on comprend aussi que Juliette représente les femmes africaines instruites qui veulent être traitées comme des êtres humains dignes. Juliette est un symbole de l'émancipation de la femme avec la quête d'égalité, du traitement équitable des hommes et des femmes pour une coexistence pacifique et l'avancement humain en général. Pour la jeune génération, l'amour n'est pas uniquement une question d'argent ou de gain matériel. C'est une question d'émotion/sentiment et peut-être de passion. Considérons la discussion entre Juliette et sa mère, Makrita à la page 62.

Juliette: Est-ce que l'argent est une preuve d'amour ?

Makrita: Bien sûr que oui ! Tu ne le savais pas ?

Julitte: Je vous ai dit que mon fiancé n’a pas d’argent, et pourtant je suis sûre qu’il m’aime.

Cet extrait ci-dessus montre que l'ancienne génération est contrôlée par le matérialisme. Pendant ce temps, la jeune génération est plus rationnelle car pour cette dernière, l'argent ne prend pas le dessus sur tout. Par conséquent, comme les parents de Juliette refusent de considérer ses sentiments, elle discute de l'idée de voler l'argent versé par les deux premiers prétendants avec Oko et Kouma. Cette action souligne en outre que la jeune génération est l'incarnation d'idées fonctionnelles nouvelles et qu'il s'agit d'une génération qui cherche à trouver des solutions viables aux problèmes auxquels elle est confrontée en regardant à l'intérieur. Cela s'oppose à la posture idéaliste conservatrice de l'ancienne génération qui dépend principalement de l'aide extérieure pour la solution à leurs problèmes domestiques. Par exemple, l'ancienne génération fait appel à Sanga-Titi, un sorcier pour venir aider à démasquer le mystère derrière l'argent volé.

Sans doute, les personnages utilisés dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia sont choisis parmi les trois principales stratifications sociales que l'on retrouve dans les sociétés humaines. Les élites dirigeantes représentées par Marga, la classe moyenne, que symbolisent Mbia et les masses, la classe inférieure représentée par Ndi. La pièce Trois prétendants… un mari peut être qualifié de drame marxiste. C'est une pièce populaire car elle permet aux jeunes, aux vieux, aux hommes et aux femmes, aux lettrés et aux analphabètes de manifester leur sort. Oko et Kouma rejoignent les femmes dans leur lutte pour la libération dans une société africaine dominée par les hommes. Et bien sûr, le mariage entre Oko et Juliette est une marque d'espoir pour la nouvelle génération. Cette question du mariage forcé est une pratique courante dans les sociétés africaines. Hormis le cas de Juliette dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, on se souvient aussi de Zénabou, l'héroïne de Chaque chose en son temps de Mbuko Lynn, où la jeune fille a été contrainte de quitter l'école pour se marier à un riche Elhadj, qui était aussi vieux que le père de la fille, avec de nombreuses femmes et plusieurs enfants.

Donc, c'est assez joli pour Juilette, elle remporte la victoire dans le jeu et épouse Oko, l'homme que son cœur désire ; ce n'était pas le cas pour Zénabou, le protagoniste dans Chaque chose en son temps de Mbuko Lynn peut-être à cause de son niveau d'éducation et de son milieu. L'éducation aide Juliette. En tant qu'étudiante du secondaire, elle connaît ses oignons et se tient debout pour lutter contre l'injustice socioculturelle et les traitements injustes qui sont dirigés non seulement contre elle mais aussi contre le reste des femmes au Cameroun et ailleurs en Afrique. En libérant les femmes pour ainsi dire, elle a contribué de manière significative à sa société. Ayant également acquis une compétence d'infirmière de formation à la fin, Zénabou dans Chaque chose en son temps de Mbuko Lynn contribue également fortement à sa société. Elle (Zénabou) nous montre que l’éducation et la formation professionnelle des filles sont très importantes pour l’émancipation de la femme africaine et le développement de la société sur le plan socio-économique et politique. Donc, voilà pourquoi nous disons que la littérature est une arme de combat pour la libération d’une race, d’une génération ou d’une classe sociale dans une société donnée pendant une époque particulière, et les écrivains sont les guerriers. En citant Aimé Césaire, Arowolo (10) affirme que :

Si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerais. Ma bouche sera la bouche des malheureux qui n’ont pas de bouche, ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot de désespoir…

Structurellement, le langage utilisé dans la pièce, Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia est approprié et équilibré en regardant les traits de caractère et les dispositions des personnes impliquées dans l'histoire et la signification de leur rôle.

Dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, l'usage du langage reflète le statut social des personnages. Le choix des mots et des expressions de Juliette, d’Oko et de Kouma est évident qu’ils sont des camarades bien éduqués. La diction de ces trois personnages montre également la maîtrise de la langue française par le dramaturge.

Conclusion

Hormis les restrictions inacceptables imposées aux femmes par des injonctions religieuses, la culture africaine elle-même est une épine dans la chair des femmes. Une norme sociale laide largement répandue en Afrique est l'intrusion parentale dans le mariage de leurs enfants, en particulier des filles. Les parents, souvent motivés par des intérêts contraires à ceux de leurs enfants, éloignent leur progéniture de l'amour véritable et sacrifient leur bonheur sur l'autel de la cupidité et de la stratification sociale, de l'ethnicité, des différences politiques ou religieuses et des tabous locaux. L'histoire de la pièce Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, est à la fois un cas et une question de conflit générationnel. Elle montre ainsi une situation particulière, un exemple de pratique dans les sociétés africaines et en tant que question, l'histoire est destinée à montrer l’évolution les Africains. En bref, nous avons tenté d'explorer principalement le thème du conflit générationnel pour expliquer le changement socioculturel dans les sociétés africaines. Arborant le thème du conflit générationnel, on perçoit que Guillaume Oyono Mbia peut être qualifié de marxiste ou de féministe postmoderne.

Pour la dignité, une reconnaissance bien méritée et pour contribuer positivement au développement socio-économique et politique de leurs différentes nations, l'éducation des filles est importante. L'éducation est le pouvoir et la clé du succès partout sous le soleil. Par conséquent, résoudre le brouhaha qui émane du conflit générationnel est la panacée à la coexistence pacifique et au progrès des sociétés africaines et du monde en général. Il suffit de dire que certains écrivains masculins africains d'expression française sont des « féministes masculins » car ils présentent leurs personnages féminins comme des personnalités qui sont bien intelligentes, rationnelles et déterminées. C'est exactement ce que fait Guillaume Oyono Mbia dans sa première pièce, Trois prétendants… un mari.

Œuvres citées

Arowolo, Bukoye. « Littérature africaine francophone moderne: origine et évolution. » Arowolo et al. (Eds.). La littérature africaine francophone. Ibadan: University Press, 2019, pp. 1 -15.

Benjamin, Walter. “The Story Tellers” in Illuminations. Hannah, A. (ed.). New York: Schochen, 1969.

Berthoff, Warner. The Ferment of Realism. Cambridge: Cambridge University Press, 1981.

Hornby, A. S. Oxford Advanced Learner’s Dictionary (7th Edition). Oxford: Oxford University Press, 2000.

Lamarque, Peter. “Fictional Entities”. In Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy. New York & London: Routledge, 2000, p. 285.

Mbia, Guillaume Oyono. Trois prétendants… un mari, Yaoundé : Editions CLE, 1964.

Ogundokun, Sikiru Adeyemi. « Sociolinguistic Resources in Mbuko Lynn’s Chaque chose en son temps » in Journal of Humanities And Social Science, Vol. 8, Issue 1, 2013, pp. 46 – 52.

Okumagba, Michael Peter. A Short History of Urhobo. Lagos: Kris and Pat, 1979.

UNESCO. “Education and Culture in Africa’s Quest for Development”, a UNESCO’s Preliminary Contribution to the Conference of Ministers of Education of the African Union, Algiers, Algeria, 8-11 April, 2005.

Welch, Robert. and Suheil, Badi Bushrui, (Eds.). Literature and the Art of Creation, Gerrards Cross: Colin Smythe, 1988.

Degel Journal

The official website of the DEGEL Jounal is https://www.degeljournal.com

Post a Comment

0 Comments