Article Citation: Sikiru Adeyemi OGUNDOKUN (2023). La lutte contre une tradition bêtifiante: Une étude critique de Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 20, No. 1 & 2. ISSN 0794-9316
LA
LUTTE CONTRE UNE TRADITION BÊTIFIANTE: UNE ÉTUDE CRITIQUE DE TROIS PRÉTENDANTS… UN MARI DE GUILLAUME
OYONO MBIA
By
Sikiru Adeyemi OGUNDOKUN
Résumé
Le théâtre, la poésie et la
prose sont les trois genres principaux de la littérature. Ils fournissent une
plate-forme fonctionnelle où les conflits socioculturels, politiques et
économiques sont présentés et débattus dans le but de reconstruire les sociétés
humaines pour une coexistence pacifique et un développement durable. Cet
article étudie Guillaume Oyono Mbia, un écrivain engagé à partir de sa pièce Trois prétendants…un mari. Dans ce
travail, il s’agit d’examiner un aspect de la culture africaine qui attaque le
progrès de la génération de jeunes. Le but principal de cette étude est de
dénoncer une tradition bêtifiante en Afrique. Avec l’explication de texte comme
méthodologie de recherche, et l'approche sociologique de la littérature, le
problème de la dot chez les camerounais est examiné. On trouve qu’à la pièce
théâtrale choisie, la littérature est un moyen de partager des expériences
humaines multidimensionnelles. Elle aussi sert comme un instrument d’exprimer
des sentiments, des imaginations, des observations, et des découvertes à propos
de la vie quotidienne. L'étude conclut que dans la reconstruction de toute
société humaine, le conflit générationnel est un mal nécessaire à affronter.
Introduction
L'art sert à l'art et à
d'autres choses. D’après Welch (1988), la littérature et la créativité sont
étroitement liées. Le/la critique littéraire qui étudie le travail et les
réalisations du langage dans la littérature doit faire preuve de tact, mais
il/elle doit aussi être conscient de la dignité de sa vocation. Ce n'est pas
une mince affaire d'être interprète. C'est une chose délicieuse et l’on doit
être fier d'établir clairement la relation entre la vie d'un écrivain et son
travail, entre les traditions qu’un écrivain hérite et son caractère et son
tempérament individuels, entre le travail imaginatif et son contexte social.
D’ailleurs, pour
l'esthétique, nous soutenons que l'intérêt philosophique pour les entités
fictives couvre un éventail étonnamment large de domaines tels que la
philosophie du langage, l'ontologie et la métaphysique, l'épistémologie et la
logique pour n'en citer que quelques-uns. Les entités fictives sont «
principalement les entités issues et définies par les mythes, légendes, contes
de fées, romans, drames et autres œuvres de fiction » (Lamarque, 285). Un
écrivain, que ce soit en tant que dramaturge, poète ou romancier, doit
embrasser de très près son temps et son environnement dans sa création
littéraire. C'est ce que nous avons observé chez Guillaume Oyono Mbia et c’est
aussi l’une des raisons qui nous ont poussés à choisir sa pièce, Trois prétendants…un mari comme corpus
de cette étude.
La société implique une
association de personnes, qui comprend des unités qui s'intègrent pour vivre
ensemble. Cela concerne les personnes qui ont des règles de comportement telles
que des croyances, des coutumes, des traditions, des conventions, des valeurs
sociales et des normes par lesquelles la société peut changer et protéger le
bien-être de la communauté. La famille, la religion, les syndicats, les groupes
de pression et les corps professionnels sont quelques exemples d'unités d'une
société donnée. En somme, la société est « une communauté particulière de
personnes qui partagent les mêmes coutumes, lois, etc. » (Hornby,
1399). Dans
plusieurs premières histoires et textes littéraires qui viennent d'Afrique, les
personnages féminins jouent toujours un rôle insignifiant. S'ils sont exhibés,
ils sont présentés comme de simples objets pour remplir des fonctions
marginalisées. D’après Ogundokun (2013), lors de la navigation à travers les
trois genres de base de la littérature ; le théâtre, la poésie et la
prose, nous avons remarqué qu'un dramaturge, un poète ou un romancier puise
dans ses expériences, observations, découvertes et imaginations, entre autres
choses, qui sont à sa disposition pour mettre en scène son histoire. Selon
Walter (x - xi),
What
distinguishes the novel and the story is its essential dependence on the book.
The dissemination of the novel became possible only with the invention of
printing… The storyteller takes what he tells from experience; his own or that
reported by others. And he in turn makes it the experience of those who are
listening to the tale. The novelist has isolated himself. The birthplace of the
novel is the solitary individual.
Ce qui distingue le roman de
l'histoire, c'est sa dépendance essentielle du livre. La diffusion du roman
n'est devenue possible qu'avec l'invention de l'imprimerie… Le conteur tire ce
qu'il raconte de l'expérience ; la sienne ou celle rapportée par d'autres. Et
il en fait à son tour l'expérience de ceux qui écoutent le conte. Le romancier
s'est isolé. Le lieu de naissance du roman est l'individu solitaire (Notre
traduction)
Le point de vue que nous
portons fortement sur un écrivain engagé et sa création littéraire que ce soit
en tant que romancier, dramaturge ou poète est encore renforcé par un autre
géant littéraire qui affirme que la littérature elle-même a son propre but et
ses propres déterminants donc elle n’est jamais totalement autonome. Elle puise
ses motivations premières au plus profond de la culture commune, l'expérience
de vie de son producteur à son époque mais elle ne parle jamais pour la
totalité de cette culture (Warner, 1981). En fait, la littérature ou toute
œuvre d'art d'ailleurs n'est pas une entité fermée et ne peut donc pas être
indépendante ou autosuffisante à elle seule. Il y a un point de rencontre entre
la littérature, et la culture.
Pour une compréhension
globale de notre évaluation des Trois
prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia ayant comme thème le conflit
générationnel, nous aimerions expliquer les termes opérationnels de base tels
qu'ils sont appliqués dans cette revue. Premièrement, un conflit est une
situation dans laquelle des personnes, des groupes ou des pays sont impliqués
dans un désaccord ou une dispute sérieuse. C'est une situation dans laquelle il
y a des idées, des opinions, des sentiments ou des souhaits différents. [Conflict,
it is “a situation in which people, groups or countries are involved in a
serious disagreement or argument. It is a situation in which there are opposing
ideas, opinions, feelings or wishes; …” (Hornby, 305.)]. Le conflit
est un mécanisme important dans l'écriture ou la narration d'histoires puisque
la littérature peut être écrite ou parlée. Le conflit fournit le modèle pour le
scénario, l'intrigue ou la structure d'une histoire donnée. C'est ce qui
déclenche les actions sur lesquelles les différents personnages d'une histoire
agissent en vue de la résoudre et de poursuivre la vie. C'est la pomme de
discorde/ désaccord dans une composition littéraire. Il est possible pour les
écrivains d'adapter le conflit selon les différences d'idéologies
sociopolitiques, économiques, culturelles ou religieuses qui séparent les gens
dans une société et les dressent les uns contre les autres.
En plus, un autre terme
essentiel dans notre discussion est le mot éducation. Pour nous, l'éducation
est la totalité de l'expérience de l'homme depuis l'âge zéro jusqu'à sa mort,
ce qui fait de lui un membre acceptable de sa communauté, un « omolúàbí »
en y contribuant de manière significative à travers les connaissances, la
formation, les compétences conceptuelles (en art, communication, science et/ou
la technologie) qu'il a acquises au fil des années et sa droiture morale
incontestable. Par conséquent, l'éducation est un outil essentiel pour une vie
maturée et heureuse. C'est le « troisième œil » de l'homme qui lui permet de
développer les pouvoirs attendus de raisonnement et de jugement de valeur
adéquats.
Encore, nous prenons le temps
de parler de culture car le conflit que nous théorisons a un lien sérieux avec
la culture. L'UNESCO définit la culture comme
Culture
is what has shaped societies and individuals’ ways of life; while certainly
rooted in ancestral values, it is also a source of dialogue, exchange,
innovation and creativity, and the foundation stone of endogenous systems of
solidarity, forms of expression and ways of transmitting knowledge that are as
valid for meeting the challenges of tomorrow as for preserving traditions
(UNESCO, 2005).
ce qui a façonné les modes de
vie des sociétés et des individus ; certes ancrée dans des valeurs ancestrales,
elle est aussi source de dialogue, d'échange, d'innovation et de créativité, et
la pierre angulaire de systèmes endogènes de solidarité, de formes d'expression
et de modes de transmission des savoirs aussi valables pour relever les défis
de demain que pour la préservation des traditions (Notre traduction).
En termes simples, la culture
est un aspect de l'identité des personnes qui favorise l'intégration sociale et
l'organisation de ces personnes.
_______________________
Omolúàbí- un terme yoruba
pour décrire une personne de bonne vertu, c’est-à-dire, qui se comporte bien
dans la société.
Cependant, la culture n'est
jamais statique, elle est donc dynamique et s'adapte aux changements qui
viennent avec le temps. Dans ce monde moderne régi par la science et la
technologie, un attachement malsain à une culture grossière et cruelle est
inacceptable car il entrave l'évolution de la société.
Par ailleurs, l'ethnicité, le
machisme, le mariage forcé, la polygamie et le ritualisme sont des pratiques
culturelles qui militent contre le développement des individus, des groupes,
des institutions et de la société dans son ensemble, notamment en Afrique.
Notre écrivain, Guillaume Oyono Mbia est troublé par le fait que les cultures
traditionnelles africaines limitent trop les droits humains fondamentaux de la
femme dans diverses communautés africaines. Et en réponse à ces traditions
laides et méchantes, il a écrit Trois
prétendants… un mari pour briser la tradition ancienne de forcer une fille
à épouser un homme qu'elle n'aime pas. Le dramaturge, Oyono Mbia tente de
rendre les personnages féminins actifs dans le façonnement de la vie, leur
propre vie, celle de leur famille ou de les faire influencer sur des questions
qui touchent leur société dans son ensemble. Dans cette étude, le conflit
générationnel est la base de notre discussion.
Dans cette étude, la
génération des gens qui sont nés pendant la période précoloniale et la période
coloniale est dire l’ancienne génération. On l’appelle « old school »
en anglais. Les gens qui sont nés après les années de l’Independence représentent
la nouvelle génération ; c‘est-à-dire, « new génération » en
anglais.
Analyse
la lutte contre une tradition
bêtifiante dans Trois prétendants… un
mari de Guillaume Oyono Mbia
Guillaume Oyono Mbia,
écrivain camerounais est né à Mvoutessi en 1939. Il écrit sa première pièce de
théâtre intitulée : Trois prétendants… un
mari en 1960. L'histoire se déroule dans le milieu camerounais en
particulier et celui de l'Afrique en général. Juliette, l'héroïne, est une
écolière de Mvoutessi. Elle étudie à Libamba, au Cameroun. Tout à coup, les
parents de Juliette ont conclu des arrangements pour son mariage et ils
l'attendent à la maison. Cette pratique répugnante a en effet mis en péril la
carrière et la vie des milliers de filles africaines. C'était courant dans les
cas où des pères imprévoyants forçaient leurs filles à se marier avec un vieil
homme riche. Si une telle fille avait un amant et s'enfuyait avec lui, ‘edje ne n’osin’, (expression pour le
prix de la mariée chez les Urhobo), la dot sur elle est remboursée et des
dommages-intérêts payés (Okumagba, 1979).
Ndi, agriculteur et illettré,
a déjà payé cent mille francs comme dot pour épouser Juliette. Mbia, un
fonctionnaire devrait également venir faire une offre plus élevée. Atangana (le
père de Juliette) et Abessolo (le grand-père de Juliette) ont des idées
opposées en ce qui concerne l'éducation des filles. Abessolo pense que c'est un
gaspillage de ressources d'envoyer une fille à l'école, mais Atangana y voit
une entreprise rentable qui doit être poursuivie. Juliette n'est pas d'accord
avec ses parents sur l'arrangement de mariage précipité lorsqu'elle en est
finalement informée. Elle fronce les sourcils devant la décision de ses parents
et soutient qu'elle n'est pas un objet dont le prix doit être évalué et vendu
au plus offrant dans le jeu. Par conséquent, elle méritait d'être consultée sur
les questions qui concernent sa vie comme son mariage (p. 28). Comme l'histoire
avance, on découvre que Mbia, le fonctionnaire, a un lié de parente avec
Juliette et alors il ne peut pas d’épouser selon la tradition (pp. 43 - 44).
Cependant, le chef Mbarga, par intérêt personnel, demande qu'une dérogation
puisse être accordée à Mbia malgré la question de lignage (pp. 47 - 49). La
renonciation est accordée et Mbia verse deux cent mille francs à titre de dot.
Outre l'argent qu'il a versé, une longue liste de demandes personnelles lui est
également adressée lors de son départ (pp. 54 - 56).
Alors que son père informe
joyeusement Juliette des progrès réalisés jusqu’à là concernant l'arrangement
de mariage avec Mbia, elle exprime son objection totale à l'arrangement laid et
méchant. Juliette déclare qu'elle est déjà amoureuse d'une autre personne : un
camarade de classe (pp. 61 - 62). Cette forte opposition à la décision de ses
parents est la marque de fabrique de la préoccupation d'Oyono Mbia dans Trois prétendants… un mari. Oko, le
petit ami de Juliette et Kouma, le cousin de Juliette dans le jeu des
événements en prévoyant de voler les trois cent mille francs payés par les deux
premiers prétendants. Le plan de match est que lorsqu'ils voleront la somme,
cela ouvrira la voie à Oko et Juliette pour se marier (pp. 68 - 72). Vers la
fin, Tchetgen, un commerçant fait sa proposition (pp. 125 - 130) pour compléter
la liste des trois prétendants. Oko déguisé, habillé en grand homme, est
présenté par Kouma, qui chantait ses louanges en lui préparant un bon terrain.
De son côté aussi, Oko joue avec succès le rôle du grand homme tant attendu. Il
paie les trois cent mille francs. Juliette consent en présence de tout le monde
et ils se marient.
En gros, le conflit
générationnel est le sujet de cette pièce, Trois
prétendants… un mari. Cela est évident dans le choix des personnages du
dramaturge. La présentation des grands-parents, des parents et des enfants
souligne le fait que le changement de génération est un problème dans
l'histoire. Abessolo, le père de Mbarga et le grand-père de Juliette, estime
qu'envoyer les filles à l'école est un gaspillage de ressources rares. Les
femmes sont pour lui de simples objets à voir, à utiliser et à ne pas entendre.
Il est en effet une « vieille école » qui tient fortement aux traits culturels aveugles.
Il encourage le père de Juliette à accepter les cent mille francs payés par Ndi
comme dot et cela jette les bases du brouhaha qui ouvre la voie aux actions et
aux comportements des personnages dans Trois
prétendants… un mari.
Au contraire, la jeune
génération estime que les femmes doivent être entendues équitablement,
notamment sur les questions qui les concernent. Par exemple, elles doivent être
consultées sur les questions de mariage puisqu'il est question d’un contrat de
vie. L'éducation occidentale a grandement aidé la jeune génération à se
découvrir et à lutter contre l'iniquité sociale et l'injustice dans leur
société. Par conséquent, comme nous pouvons le voir, la disposition
psychologique de la vieille génération et des personnes sans instruction
moderne est de continuer avec la tradition qui demande de traiter les femmes
comme des objets ordinaires. Le plus souvent, l'amour fou pour les choses
matérielles de la vie explique la prévention inacceptable des pratiques culturelles
barbares dans les sociétés africaines. Dans la pièce examinée, Mbarga, qui
découvre le lien de parenté entre Mbia et Juliette, renonce rapidement à la
question en raison des choses matérielles qu'il gagnera du prétendant.
Dans l'ensemble, le refus de
Juliette d'accepter le plan de mariage organisé par ses parents la présente
comme la représentante de la nouvelle génération et bien sûr du nouvel ordre
dans le schéma de gestion de la société moderne. Juliette symbolise la vraie
femme africaine qui est dotée de connaissances, de sagesse et de compréhension
pour faire face à la société dominée par les hommes où elle se trouve. Parce
qu'elle peut penser et prendre ses propres décisions, Juliette se révolte
contre l'injustice socioculturelle qui lui donne un coup de poing au visage.
Juliette répond à son père en lui posant ces questions : « Le Quoi ? Je suis
donc à vendre ? Pourquoi faut-il que vous essayiez de me donner au plus
offrant ? Est-ce qu'on ne peut pas me consulter pour un mariage qui me
concerne ? » (p. 45)
Évidemment, les questions de
Juliette radiographient les différentes générations de personnages qui sont
impliquées dans les actions de la pièce Trois
prétendants… un mari. Les questions préparent à nouveau l'esprit des
lecteurs à quoi ils doivent s'attendre. En fait, avec ces questions, on
comprend aussi que Juliette représente les femmes africaines instruites qui
veulent être traitées comme des êtres humains dignes. Juliette est un symbole
de l'émancipation de la femme avec la quête d'égalité, du traitement équitable
des hommes et des femmes pour une coexistence pacifique et l'avancement humain
en général. Pour la jeune génération, l'amour n'est pas uniquement une question
d'argent ou de gain matériel. C'est une question d'émotion/sentiment et
peut-être de passion. Considérons la discussion entre Juliette et sa mère,
Makrita à la page 62.
Juliette: Est-ce que l'argent est une
preuve d'amour ?
Makrita: Bien sûr que oui !
Tu ne le savais pas ?
Julitte: Je vous ai dit que mon
fiancé n’a pas d’argent, et pourtant je suis sûre qu’il m’aime.
Cet extrait ci-dessus montre
que l'ancienne génération est contrôlée par le matérialisme. Pendant ce temps,
la jeune génération est plus rationnelle car pour cette dernière, l'argent ne
prend pas le dessus sur tout. Par conséquent, comme les parents de Juliette
refusent de considérer ses sentiments, elle discute de l'idée de voler l'argent
versé par les deux premiers prétendants avec Oko et Kouma. Cette action
souligne en outre que la jeune génération est l'incarnation d'idées
fonctionnelles nouvelles et qu'il s'agit d'une génération qui cherche à trouver
des solutions viables aux problèmes auxquels elle est confrontée en regardant à
l'intérieur. Cela s'oppose à la posture idéaliste conservatrice de l'ancienne
génération qui dépend principalement de l'aide extérieure pour la solution à
leurs problèmes domestiques. Par exemple, l'ancienne génération fait appel à
Sanga-Titi, un sorcier pour venir aider à démasquer le mystère derrière
l'argent volé.
Sans doute, les personnages
utilisés dans Trois prétendants… un mari
de Guillaume Oyono Mbia sont choisis parmi les trois principales
stratifications sociales que l'on retrouve dans les sociétés humaines. Les
élites dirigeantes représentées par Marga, la classe moyenne, que symbolisent
Mbia et les masses, la classe inférieure représentée par Ndi. La pièce Trois prétendants… un mari peut être
qualifié de drame marxiste. C'est une pièce populaire car elle permet aux
jeunes, aux vieux, aux hommes et aux femmes, aux lettrés et aux analphabètes de
manifester leur sort. Oko et Kouma rejoignent les femmes dans leur lutte pour
la libération dans une société africaine dominée par les hommes. Et bien sûr,
le mariage entre Oko et Juliette est une marque d'espoir pour la nouvelle
génération. Cette question du mariage forcé est une pratique courante dans les
sociétés africaines. Hormis le cas de Juliette dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, on se souvient
aussi de Zénabou, l'héroïne de Chaque
chose en son temps de Mbuko Lynn, où la jeune fille a été contrainte de
quitter l'école pour se marier à un riche Elhadj, qui était aussi vieux que le
père de la fille, avec de nombreuses femmes et plusieurs enfants.
Donc, c'est assez joli pour
Juilette, elle remporte la victoire dans le jeu et épouse Oko, l'homme que son
cœur désire ; ce n'était pas le cas pour Zénabou, le protagoniste dans Chaque chose en son temps de Mbuko Lynn
peut-être à cause de son niveau d'éducation et de son milieu. L'éducation aide
Juliette. En tant qu'étudiante du secondaire, elle connaît ses oignons et se
tient debout pour lutter contre l'injustice socioculturelle et les traitements
injustes qui sont dirigés non seulement contre elle mais aussi contre le reste
des femmes au Cameroun et ailleurs en Afrique. En libérant les femmes pour
ainsi dire, elle a contribué de manière significative à sa société. Ayant
également acquis une compétence d'infirmière de formation à la fin, Zénabou
dans Chaque chose en son temps de
Mbuko Lynn contribue également fortement à sa société. Elle (Zénabou) nous
montre que l’éducation et la formation professionnelle des filles sont très
importantes pour l’émancipation de la femme africaine et le développement de la
société sur le plan socio-économique et politique. Donc, voilà pourquoi nous
disons que la littérature est une arme de combat pour la libération d’une race,
d’une génération ou d’une classe sociale dans une société donnée pendant une
époque particulière, et les écrivains sont les guerriers. En citant Aimé
Césaire, Arowolo (10) affirme que :
Si je ne sais que parler,
c’est pour vous que je parlerais. Ma bouche sera la bouche des malheureux qui
n’ont pas de bouche, ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot de
désespoir…
Structurellement, le langage
utilisé dans la pièce, Trois prétendants…
un mari de Guillaume Oyono Mbia est approprié et équilibré en regardant les
traits de caractère et les dispositions des personnes impliquées dans
l'histoire et la signification de leur rôle.
Dans Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, l'usage du
langage reflète le statut social des personnages. Le choix des mots et des
expressions de Juliette, d’Oko et de Kouma est évident qu’ils sont des
camarades bien éduqués. La diction de ces trois personnages montre également la
maîtrise de la langue française par le dramaturge.
Conclusion
Hormis les restrictions
inacceptables imposées aux femmes par des injonctions religieuses, la culture
africaine elle-même est une épine dans la chair des femmes. Une norme sociale
laide largement répandue en Afrique est l'intrusion parentale dans le mariage
de leurs enfants, en particulier des filles. Les parents, souvent motivés par
des intérêts contraires à ceux de leurs enfants, éloignent leur progéniture de
l'amour véritable et sacrifient leur bonheur sur l'autel de la cupidité et de
la stratification sociale, de l'ethnicité, des différences politiques ou
religieuses et des tabous locaux. L'histoire de la pièce Trois prétendants… un mari de Guillaume Oyono Mbia, est à la fois
un cas et une question de conflit générationnel. Elle montre ainsi une
situation particulière, un exemple de pratique dans les sociétés africaines et
en tant que question, l'histoire est destinée à montrer l’évolution les
Africains. En bref, nous avons tenté d'explorer principalement le thème du
conflit générationnel pour expliquer le changement socioculturel dans les
sociétés africaines. Arborant le thème du conflit générationnel, on perçoit que
Guillaume Oyono Mbia peut être qualifié de marxiste ou de féministe
postmoderne.
Pour la dignité, une
reconnaissance bien méritée et pour contribuer positivement au développement
socio-économique et politique de leurs différentes nations, l'éducation des
filles est importante. L'éducation est le pouvoir et la clé du succès partout
sous le soleil. Par conséquent, résoudre le brouhaha qui émane du conflit
générationnel est la panacée à la coexistence pacifique et au progrès des
sociétés africaines et du monde en général. Il suffit de dire que certains
écrivains masculins africains d'expression française sont des « féministes
masculins » car ils présentent leurs personnages féminins comme des
personnalités qui sont bien intelligentes, rationnelles et déterminées. C'est
exactement ce que fait Guillaume Oyono Mbia dans sa première pièce, Trois prétendants… un mari.
Œuvres
citées
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origine et évolution. » Arowolo et al. (Eds.). La littérature africaine francophone. Ibadan:
University Press, 2019, pp. 1 -15.
Benjamin, Walter. “The Story Tellers” in Illuminations. Hannah, A. (ed.). New
York: Schochen, 1969.
Berthoff, Warner. The
Ferment of Realism. Cambridge: Cambridge University Press, 1981.
Hornby, A. S. Oxford
Advanced Learner’s Dictionary (7th Edition). Oxford: Oxford University Press, 2000.
Lamarque, Peter. “Fictional Entities”. In Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy.
New York & London: Routledge, 2000, p. 285.
Mbia, Guillaume Oyono. Trois
prétendants… un mari, Yaoundé : Editions CLE, 1964.
Ogundokun, Sikiru Adeyemi. « Sociolinguistic Resources in
Mbuko Lynn’s Chaque chose en son
temps » in Journal of Humanities
And Social Science, Vol. 8, Issue 1, 2013, pp. 46 – 52.
Okumagba, Michael Peter. A Short History of Urhobo. Lagos: Kris and Pat, 1979.
UNESCO. “Education and Culture in Africa’s Quest for
Development”, a UNESCO’s Preliminary
Contribution to the Conference of Ministers of Education of the African Union,
Algiers, Algeria, 8-11 April, 2005.
Welch, Robert. and Suheil, Badi Bushrui,
(Eds.). Literature and the Art of
Creation, Gerrards Cross: Colin Smythe, 1988.
The official website of the DEGEL Jounal is https://www.degeljournal.com

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