Article Citation: Sabi'u Hassan (2019). Analyse Semiolinguistique du Poème "Ma Bohème" de Arthur Rimbaud. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 17, No. 2. ISSN 0794-9316
ANALYSE SEMIOLINGUISTIQUE DU POEME ‘‘ MA BOHEME’’ DE
ARTHUR RIMBAUD
By
Sabi’u Hassan
Résumé
‘‘Ma Bohème’’ est un poème écrit par le poète
Arthur Rimbaud qui quitte sa famille et son village natal pour un autre lieu où
il pense trouver une vie pleine d’amour et de tendresse. A travers cette
analyse, nous envisageons de faire une étude sémiolinguistique de ce poème en
faisant un compte rendu de la structure philologique pour la découverte du
passé, des réalités historiques et artistiques à travers des témoignages
écrits. De ce fait, cette analyse met l’accent sur la transmission des textes,
au niveau de la première et de la deuxième articulation. Pour la méthodologie
de ce travail, nous nous sommes intéressés à l’analyse des strophes et des
rimes, mais aussi à une étude aspectuelle et thématique du poème. Le résultat
de l’analyse nous montre que ce poème est un sonnet et nous fait ressortir un
cas d’enjambement qui finit par un rejet.
Introduction
L’analyse sémiolinguistique d’un passage
donné consiste à rendre compte dans une langue naturelle, les structures des
contenus manifestes. Elle est basée sur le rapport forme et sens. Selon Harris
(1952), ‘‘L’analyse du discours donne une foule de renseignements sur la
structure d’un texte ou d’un type de texte, ou sur le rôle de chaque élément
dans la structure de la phrase Ɗ…ɗ’’ La sémiotique est l’étude des signes et de leur
signification. En français, ce terme est souvent synonyme de sémiologie.
Coquet (1984) affirme que << Si Ɗ…ɗ nous nous appuyons sur la sélection des modaux
vouloir vs devoir, nous instituons du même coup deux univers sémiotiques dotés
de deux sujets complémentaires : sujet personnel (autonome) vs sujet déontique
(hétéronome)>>.
L’analyse sémiotique s’intéresse à la
philologie dont le but est de découvrir le passé par le truchement des
phénomènes linguistiques. ‘‘Ma Bohème’’ est un poème narratif et lyrique, car
il représente un récit qui exprime non seulement une relation de faits
imaginaires, mais véhicule aussi des sentiments intimes qui traduisent
l’émotion du poète.
La méthode consiste à analyser les
différentes segmentations du poème sous forme d’une étude stylistique,
thématique et aspectuelle.
Présentation du poème
Ma
Bohème
Je
m’en allais, les poings dans mes poches crevées
Mon
paletot aussi devenait idéal ;
J’allais
sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh !
là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées
Mon
unique culotte avait un large trou.
_
Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des
rimes. Mon auberge était à la grande Ourse.
_ Mes
étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je
les écoutais, assis au bord des routes,
Ces
bons soirs de septembre où je sentais des goutes
De
rosée à mon front, comme un vin de vigueur.
Où,
rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme
des lyres, je tirais les élastiques
De mes
souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Arthur
Rimbaud.
Analyse des strophes et des rimes
Ce poème extrait du recueil Poésie est
composé de quatre strophes qui totalisent quatorze vers de mesure différente.
C’est un sonnet puisqu’il est composé d’un quatrain et de deux tercets. Chaque
tercet est constitué des vers sous forme d’alexandrin puis regroupés par le
poète en un seul sizain pour mieux harmoniser le rythme.
Le quatrain est composé de la strophe no 1 et
no 2 et les deux tercets se réfèrent à la strophe no 3 et no 4. Entre les vers
6 et 7 nous constatons une sorte d’enjambement qui finit au vers no 7 par un
rejet ‘‘Des rimes’’. La rime est la répétition d’une même sonorité à la fin de
deux vers à laquelle on attribue une valeur.
Les vers no 1 et no 2 sont composés d’une
rime suffisante (un élément vocalique commun et une consonne) :
1. Je m’en allais, les poings dans mes poches
crevées ƊkReveɗ
4. Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai
rêvées ƊReveɗ.
Tandis que les vers 2 et 3 sont constitués d’une rime
riche (trois éléments vocaliques communs):
2. Mon paletot aussi devenait idéal Ɗidejalɗ ;
3. J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton
féal Ɗfejalɗ ;
Les vers 5, 6, 7 et 8 qui constituent la strophe 2 sont
composés d’une rime pauvre (un seul élément vocalique commun):
5. Mon unique culotte avait un large trou ƊtRuɗ.
6. Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course ƊkuRsɗ
7. Des rimes. Mon auberge était à la grande Ourse ƊuRsɗ.
8. Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou ƊfRuɗ.
Les vers 9 et 10 sont composés des rimes suffisantes :
9. Et je les écoutais, assis au bord des routes,
10. Ces bons soirs de septembre où je sentais des goutes.
Le poète a délibérément choisit le vers 11 et 14 pour
constituer une rime pauvre.
11. De rosée à mon front, comme un vin de vigueur. ƊvigœRɗ
14. De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur
! ƊkœRɗ
Les vers 12 et 13 constituent une rime riche :
12. Où, rimant au milieu des ombres fantastiques Ɗfãtastikɗ.
13. Comme des lyres, je tirais les élastiques Ɗelastikɗ
Dans la recherche rythmique, le poète essaie
d’alterner les rimes consonantiques (terminées par une consonne
prononcée) Ɗ-lɗ qui se trouvent dans
les morphèmes idéal Ɗidejalɗ et féal Ɗfejalɗ respectivement dans les vers 2 et 3 et par Ɗ-sɗ qu’on retrouve dans les vers 6 et 7 respectivement
dans ƊkuRsɗ et ƊuRsɗ ; et les rimes vocaliques (terminées
par une voyelle prononcée): vers 1 et 4 respectivement dans ƊkReveɗ et ƊReveɗ, puis 5 et 8 comme dans ƊtRuɗ et ƊfRuɗ.
Les rimes embrassées ƊABBAɗ sont utilisées dans les strophes 1 et
2.
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ƊAɗ
Mon paletot aussi devenait idéal ƊBɗ ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ƊBɗ ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ƊAɗ
Mon unique culotte avait un large trou. ƊAɗ
_ Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course ƊBɗ
Des rimes. Mon auberge était à la grande Ourse ƊBɗ.
_ Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou ƊAɗ.
Les strophes 3 et 4 constitue chacune un tercet de trois
vers ayant la structure rimique ƊAABɗ.
Et je les écoutais, assis au bord des routes, ƊAɗ
Ces bons soirs de septembre où je sentais des goutes ƊAɗ
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur. ƊBɗ
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, ƊAɗ
Comme des lyres, je tirais les élastiques ƊAɗ
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! ƊBɗ
Les deux tercets nous donnent une rime croisée ƊAABAABɗ.
Entre le vers 6 et 7, nous avons un enjambement qui finit
par un rejet ‘‘Des rimes’’
6. Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
7. Des rimes. Mon auberge était à la grande Ourse.
Analyse thématique
De ce poème, nous pouvons ressortir des
thèmes tels que :
- l’exile ;
- la recherche d’une liberté amoureuse ;
- etc.
Mais
pour des raisons méthodologiques, nous nous limitons seulement à l’analyse de
deux thèmes.
1. L’exile
Dans
l’esprit exile, le jeune Arthur se sent oppressé et opprimé de tout support
pour mener une vie normale dans un milieu qu’il croit défavorable pour son
épanouissement. Alors, il quitte sa terre natale pour trouver un autre lieu où
il se sentirait plus à l’aise. Dans sa propre description l’auteur précise ‘‘
je m’en allais, les poings dans mes poches crevées’’ et ajoute aussi que ‘‘Mon
unique culotte avait un large trou’’. Ces expressions traduisent le motif d’un
exile imminent pouvant ainsi pousser le poète à s’immigrer pour la recherche
d’un milieu plus propice.
2. La recherche d’une liberté amoureuse
L’amoureux
poète organise un voyage en quittant sa famille et ses proches à la recherche
d’une personne qui peut partager ses sentiments affectifs. Son objectif est
atteint dans le mois de septembre puisqu’il le prouve en métamorphosant les
étoiles comme étant une présence féminine ayant un ‘‘doux frou-frou’’, et en
utilisant les verbes de sensation tels que écouter et sentir qu’on retrouve
dans les deux premiers vers du premier tercet : ‘‘Et je les écoutais, assis au
bord des routes’’, ‘‘Ces bons soirs de septembre où je sentais des goutes’’.
L’expression de satisfaction de l’auteur face à cette liberté retrouvée est
exprimée par le dernier vers du premier tercet ‘’ De rosée à mon front, comme
un vin de vigueur’’.
Sur le plan spatio-temporel, le poète utilise
le temps imparfait comme dans les formes verbales ‘‘ allais; ‘‘devenait ‘’;
écoutais’’ etc. Mais de fois, le participe passé du verbe comme dans ‘‘rimant’’
pour ainsi montrer que l’action est en voie d’accomplissement dans le passé,
donc conçue comme non achevée.
Conclusion
Le poème ‘‘Ma Bohème’’ qui est l’illustration
d’un programme poétique, ébauche en quelques mots l’errance amoureuse du jeune
poète Arthur. L’analyse sémiologique de ce poème, nous a permis de constater
plusieurs cas de procédés stylistiques construits d’une façon habile et
professionnelle. Ce sonnet est construit par des rimes pauvres, suffisantes et
riches. Le poète Arthur dans une recherche rythmique, essaie d’alterner les
rimes consonantiques aux rimes vocaliques. On retrouve aussi des rimes embrassées ƊABBAɗ et des rimes croisées ƊAABAABɗ. Enfin cette analyse nous fait ressortir un cas
d’enjambement qui finit par un rejet.
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