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Le Personnage-Narrateur Comme Portrait De L’auteur : Le Cas De Meursault Et D’albert Camus Dans L’etranger

Article Citation: Déborah Ethel Sabo (2018). Le Personnage-Narrateur Comme Portrait de l'Auteur: Le Cas de Meursault et d'Albert Camus dans L'Étranger. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 16. ISSN 0794-9316

LE PERSONNAGE-NARRATEUR COMME PORTRAIT DE L’AUTEUR : LE CAS DE MEURSAULT ET D’ALBERT CAMUS DANS L’ETRANGER

By

Déborah Ethel Sabo, PhD

Department of Languages

Nigeria Defence Academy, Kaduna

 kazzahdd@gmail.com

Résumé

Généralement, l’œuvre littéraire a deux sens ; elle est une histoire et en même temps un discours. Comme histoire elle fait sortir une certaine réalité sur les événements et les personnages. Il y a un narrateur qui raconte l’histoire et en racontant son histoire, il communique avec le lecteur. Dans L’étranger, le fait d’être en même temps personnage et narrateur affecte Meursault tel qu’il soit subjectif par rapport aux autres personnages. Tout est centré sur Meursault qui refuse de jouer le jeu de la société qui le considère comme étrange par conséquent. Meursault se trouve dans cette situation d’étranger dans la société par volition de l’auteur, Camus. Dans cette recherche nous allons utiliser l’approche psycho-analytique freudienne pour faire une analyse du contenu afin de montrer que Camus a utilisé le style narrateur-personnage pour raconter l’histoire de sa propre existence et que Meursault c’est lui-même.

Introduction

Le style c’est le moyen par lequel un auteur adresse et fait entrer ses lecteurs dans l’univers des personnages dans une œuvre littéraire, qu’elle soit un roman, une pièce de théâtre ou un poème. Le style c’est l’utilisation de l’ensemble des techniques d’écriture ou d’outils de langage par un écrivain pour se façonner et se distinguer des autres écrivains. Chaque auteur possède sa propre manière de présenter ses textes, de les rendre uniques selon ses propres goûts et intérêts. Les auteurs utilisent le style soit pour frapper l’imagination du lecteur, soit pour illustrer une idée ou piquer la curiosité de ce dernier. Le narrateur est le véhicule qu’un auteur utilise pour livrer son message. Il existe différents types de narrateurs tel le personnage- narrateur, qui est à l’intérieur du récit, et alors le texte s’écrit à la première personne (je). Selon Julie Dubé, si le narrateur est le personnage principal, on parle alors de narrateur sujet ou acteur. S’il est un personnage secondaire, il assiste à l’événement qu’il raconte, mais ce n’est pas à lui que les aventures arrivent, on l’appelle narrateur témoin. Si au contraire, c’est un narrateur extérieur à l’histoire, absent du récit et qu’il raconte le tout à la 3e personne (il/ils), il n’est pas un personnage, car il ne participe pas à l’action. Bref, le narrateur extérieur est un observateur neutre ignorant la vie intime des personnages, ou un narrateur omniscient, connaissant tous les personnages. Les auteurs créent leurs narrateurs pour achever chacun son but donné.

Pour Gérard Genette, le narrateur c’est celui qui raconte l’histoire qu’un auteur a décidé d’écrire. Dans sa théorie du narrateur, il voit le narrateur comme, « celui qui est responsable de l'acte de production du récit, et qui est par conséquent responsable de tous les choix techniques impliqués: ordre des événements et le choix du point de vue. (…) on peut distinguer différents types de narrateurs en fonction de leur relation à l'histoire racontée » (Figures IV p : 25). Pour montrer cette relation entre un narrateur et l’histoire qu’il raconte, Genette évoque deux oppositions: extra diégétique, c’est ici la situation où le narrateur ne fait pas partie de l’histoire qu’il raconte et intra diégétique, la situation où le narrateur participe dans l’histoire qu’il raconte. Cette variation du point de vue est ce qu’on appelle “La Focalisation”, celle-ci étant la marque de la présence du narrateur. Genette distingue la focalisation interne où le narrateur épouse le point de vue d'un personnage, la focalisation externe, où le narrateur est un simple observateur des faits et gestes des personnages et la focalisation zéro, où le narrateur est omniscient.

La psychanalyse freudienne

Il n’existe pas de définition toute prête de la psychanalyse freudienne, mais selon Isabel Martin Kamieniak, Freud a découvert au cœur de la vie psychique deux types de processus. Les processus primaires, qui visent à permettre aux contenus fantasmatiques inconscients de contourner la censure et de trouver une issue dans la vie représentative, celle du rêve en particulier mais aussi celle des productions artistiques. Ce travail psychique est essentiel en ce qu’il permet de soulager la pression de nos conflits inconscients anciens, réactivés par ce que la réalité actuelle nous apporte, mais aussi d’en poursuivre inlassablementl’élaboration (http://www.cndp.fr/magphilo/index.php?id=21).

Pour Jacobson, « …Freud believes that although we are not consciously aware of what is in our mind at all times, we can retrieve information and memories from it if prompted. He also believes that the mind is responsible for both conscious and subconscious actions based on drives and forces » (https://www.simplypsychology.org/unconscious-mind.html). D’après cette dernière citation, Jacobson est d’avis que face à certaines situations données, l’homme a la capacité de se refouler inconsciemment sur son monde intérieur et faire sortir de sa mémoire ce qu’il ne veut pas conserver à la conscience. En nous basant sur ce, nous allons par l’analyse du comportement de Meursault soutenir notre opinion que L’étranger est une autobiographie que Camus a refusé de nommer ainsi et qu’il a utilisé Meursault comme un masque derrière lequel il s’est caché.

Le Style de Camus

Le style a déjà été défini comme une création écrite ou orale et la narration des faits réels ou inventés par un auteur. Selon Laurent Jenny, le style, c’est «une manière d’utiliser les moyens d’expression du langage et la manière caractéristique d’une forme » (https://www.unige.ch/lettres/franco). Ce que l’auteur invente, c’est un récit qui peut être du roman, de la poésie ou du théâtre. Pour raconter son histoire, l’auteur invente un conteur et il crée aussi une personne imaginaire qui vit et accomplit les actions de l’histoire; c’est le personnage. D’après Sabo (2015 : 55), « le style c’est l’utilisation de l’ensemble des techniques d’écriture ou d’outils de langage par un écrivain pour se façonner et se distinguer des autres écrivains, par sa propre focalisation». Selon (espace français), pour s’acquérir un style, l’écrivain « s’autorise des licences poétiques, des digressions et des néologismes de manière appuyer son discours et rendre esthétique sa prose » (www.espacefrancais.com/albert-camus/).

En voici un exemple de ce que Camus s’était autorisé : « Le jour de l’enterrement de sa mère, Meursault au lieu d’être en deuil a trouvé l’occasion de décrire le paysage, le ciel ainsi que le comportement de M. Perez l’amant de sa maman à l’asile »:

Le ciel était déjà plein de soleil (L’étranger, p : 26), …Je regardais la campagne autour de moi. A travers les lignes de cyprès qui menaient aux collines près du ciel (p : 27), … j’ai compris que c’était M. Perez. Il avait un feutre mou à la calotte ronde aux ailes larges (p : 26), … C’est à ce moment que je me suis aperçus que M. Perez claudiquait légèrement (p : 27).

Les techniques diffèrent selon les auteurs, comme le dit Kamdem, qui croit que la manière dont un écrivain met en texte ses idées, est un art et comme tel, elle obéit aux techniques choisis. On ne peut pas ignorer l’importance du style dans une œuvre car il est bien immense et reflète souvent l’auteur. Le style utilisé par un écrivain rend son œuvre facile à lire et à comprendre ou difficile et incompréhensible. Voilà pourquoi Tordorov dit que « style is as important as theme, if not more » (89). Dans L’étranger il s’agit d’un style sec où les choses sont minutieusement décrites d’une manière détaillée mais sans assez d’explication. Selon Mohammed-Salah Zeliche dans son article, L’Ecart auteur/narrateur dans L’étranger d’Albert Camus, le style de Camus est simple et sait faire sortir de la monotonie le sens du beau. Brunet partage cette opinion quand elle dit « C’est ce qui rend ce style différent des autres. Le récit et les phrases sont courts ou coupés par une ponctuation étudiée qui maintient le même rythme »https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01275533/file/brunet3h_ponctuation.pdf.

En référence L’étranger, Zeliche dit que ceci produit des effets spéciaux et physiques au début du livre et psychologiques à la fin. Monsieur Zeliche croit que Camus par son style, « cherche à peindre une ambiance absurde et marquer la monotonie de l'existence »(15). Dans L’étranger, Camus emploie le style neutre ou la focalisation interne où le message vient aux lecteurs par l’intermédiaire d’un personnage-narrateur témoin. La narration est à la première personne qui elle-même est le narrateur. Le narrateur de L’étranger dit :« Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas… »(1). C’est sa propre mère qu’on adresse comme «maman ». C’est ici une preuve que L’étranger est écrit dans la première personne. Camus utilise aussi le minimaliste dans L’étranger car les phrases sont courtes et le vocabulaire restreint et ordinaire. Il utilise les termes comme;Ɗle tram(35), la dactylo(34), l’auto(55), etc. Camus utilise aussi des clichés ; être plein à craquer (28), être de trop (130), jouer un sale tour (103).

A cause de sa syntaxe courte, dans sa narration, les faits sont entassés les uns sur les autres. Selon Kamdem « … la narration dans L’étranger est surtout cousue de compilation et de récits itératifs…le bon nombre d’événements y sont simplement empilés, rangés suivant le hasard de leur déroulement » (77). D’après cette citation, nous croyons que Meursault avait beaucoup dire mais que le temps lui manquait et il se hâtait tout dire. Mari Lehtinin partage notre position dans son article, « Les signes de ponctuation et la prosodie dans la lecture radiophonique de L’étranger par Albert Camus » où il postule que « la mélodie de la parole, les pauses ainsi que les changements de l’intensité, du débit et du rythme servent pour indiquer comment ce qui est dit devrait être interprété » (http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/wp-content). La description que fait Meursault du trajet entre l’asile et le cimetière est un autre exemple de ceci:

Il y eu encore l’église et les villageois sur les trottoirs, les géraniums rouges sur les tombes du cimetière, l’évanouissement de Perez (on eut dit un pantin disloqué), la terre couleur de sang qui roulait sur la bière de maman. La chair blanche des racines qui s’y mêlaient, encore du monde, des voix, le village, l’attente dans un café, l’incessant ronflement du moteur, et ma joie quand l’auto bus est entré dans le nid de lumière d’Alger (L’étranger, 30-31).

Notons, comme nous l’avons mentionné plus tôt, qu’au lieu d’être triste puisqu’il est en deuil, Meursault s’occupe de l’environnement et de la joie d’être rentré en ville. La description qu’il fait ici est si détaillée qu’il mentionne même les passagers que le cortège rencontre, les fleurs, la couleur de la terre et les voix qu’il a entendues. Naturellement, Meursault ne devait pas se soucier de tous ces détails parce qu’ils ne sont pas importants par rapport au processus de l’enterrement de sa mère.

Pour nous, le comportement de Meursault montre l’effort que fait l’auteur pour se rattacher du récit, il veut se masquer et cacher derrière ces détails, mais malgré ses efforts, des fois il se dévoile à son insu, par exemple; « Le ciel était pur mais sans éclats au-dessus, des ficus qui bordent la route … sur le trottoir d’en face … le marchand de tabac a sorti une chaise … les trams tout à l’heure bondés étaient presque vides » (L’étranger p :36). Il est à remarquer que dans la dernière phrase de la citation immédiate, l’auteur s’implique, s’il n’est pas le narrateur comment a-t-il pu savoir la capacité des trams ?

Le personnage – narrateur sur Meursault

Dans la littérature le mot personnage désigne chacune des personnes fictives d'une œuvre littéraire. C’est par voie du personnage qu’un auteur montre le lien entre la réalité et la fiction. Le personnage est une création concertée par l’auteur, dans la logique de l'univers qu'il fait naître et du regard qu'il est décidé à porter sur le monde. C’est à ceci que se réfère Albert Thibaudet quand il dit:

Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée avec la ligne unique de sa vie réelle. Le vrai roman est comme une autobiographie du possible, Ɗ...ɗ le génie du roman nous fait vivre le possible, il ne fait pas revivre le réel." (Réflexions sur le roman, 1938 : 57).

La notion que tient Thibaudet est ce qui s’obtient traditionnellement mais dans L’étranger nous sommes face à un personnage atypique rendu opaque par le style que choisit l’auteur où il nous raconte l’histoire au présent de l’indicatif, par des phrases courtes et sèches, par des notations brèves, succédées par des actes où le « Je » du narrateur prédomine. Selon Pierre-Louis Rey, “Meursault ne répond guère aux caractéristiques du « personnage » tel qu’on le sait traditionnellement”. Rey poursuit que, si Meursault est une sorte de marginal, qui semble vivre en dehors des codes qui régissent le monde et les institutions, son attitude est très bien rendue par l’écriture de Camus, dont la distance consacre l’inadéquation entre le héros et l’environnement social.

Inadéquation à l’environnement social parce que Meursault ne semble pas avoir d’identité ou de fonction sociale clairement marquée ; et tandis que les autres sont conformistes, il reste anticonformiste comme on peut le voir par ses réponses, déroutantes les unes que les autres. L’étranger s’ouvre avec la mort de la mère de Meursault : « Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas » (L’étranger, 1). Comment peut-on oublier la date de la mort de sa propre mère ? De même, la toute dernière phrase dont le roman se ferme et déroutante; « Il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine » (L’étranger, 186). Au moment de la mort, c’est la sympathie qui est souhaité des spectateurs, mais voilà que Meursault veut la haine. Ces réponses déroutantes confèrent à Meursault un sort d’hermétisme. Parmi les philosophes français de son époque, Camus a été des fois un Hermite.

Selon Sabo, un des moments d’hermétisme par Camus c’est après sa publication de L’homme révolte quand certains critiques l’ont mal jugé. Elle dit que ces derniers ont mis l’accent sur la classe sociale laquelle Camus appartenait, caractérisée par la pauvreté, la maladie et surtout la tuberculose dont il a souffert dans sa jeunesse sans dégager suffisamment dautres aspects essentiels de son œuvre. Sabo cite pour exemple, les Parisiens qui ont critiqué Camus jusqu'à un niveau inimaginable et que parmi eux se trouvait Sartre son ancien ami qui en particulier est allé jusqu'à un niveau ridicule en l’appelant un voyou. Selon Jacomino, « …la pauvreté dans laquelle il est né continue de le marquer. Jusqu'à la fin de sa vie, il est souvent regardé avec mépris dans le petit monde intellectuel parisien. Sartre le voit comme un petit ‘voyou d’Alger’ » (Sabo, 2015 : 86).

C’est aussi devenir hermite selon Mattei et Conreur lorsque lors de la guerre de l’indépendance algérienne en 1953 Camus a suggéré une trêve entre la France et l’Algérie et les Français l’ont accusé de compromis tandis que les Algériens l’accusaient de trahison. Mattéi dit que Camus a vécu doublement la révolte, « …il l’a vécue doublement en Algérie, d’une part en exprimant son soutien la misère dune grande partie de la population indigène, dautre part en éprouvant les critiques des intellectuels français qui lui reprochaient sa position sur la question algérienne.» (Mattéi p: 88). Pour Gérard Conreur, Camus était deux fois étranger : « … Mais Camus n’est-il pas un étranger à Paris? … il ne soit devenu doublement étranger pour une communauté pied-noir qui l’exclue, pour nombre d’Algériens qui ne le reconnaissent pas. Enfin, Camus c’est l’étranger aux idées admises et aux chapelles établies » (http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture). Nous croyons que le souhait de Meursault qu’on l’accueille par les cris de haine le jour de son exécution, est une référence à la situation où Camus s’est trouvé et que Conreur vient de nous décrire plus haut.

Meursault c’est Camus

Selon Herbert Lottman, la famille de Camus vient de Bordeaux et que le premier parmi les Camus d’être venu en Algérie était l’arrière - grand - père d’Albert Camus qui s’y était installé au début du dix-neuvième siècle (littérature.savoir.fr/albert-camus-biographie). Dans son article « L’Algérianiste » No. 86 de 1999, le camarade de classe de Camus, Fernand Destaing, dit que ; « Lucien Camus, père d’Albert Camus, est né Ouled-Fayet en 1885 et que tout comme son fils, il était orphelin dès l’âge dun an » (Destaing, 1999, p : 5). Curieusement, un cycle semble se reproduire ici. Destaing parle du père dAlbert, précisant quil était bouleversé par la condamnation mort dun ouvrier agricole comme lui et quil a vomi après avoir assisté lexécution de son ancien camarade. Albert Camus a repris cette histoire dans L’étranger quand Meursault était en prison et voici une preuve que L’étranger c’est une autobiographie.

Nous nous appuyons aussi sur l’opinion de Julie Dube sur la narration comme preuve que L’étranger c’est l’autobiographie d’Albert Camus. Dube postule que:

Si un narrateur est l’un des personnages (principaux ou secondaires) de l’histoire et s’il participe à l’action, on dit qu’il est un narrateur à l’intérieur du récit et que le texte sera écrit à la première personne (je). Dube poursuit que s’il est le personnage principal c’est à dire le héros, on parle alors de narrateur sujet ou acteur (https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/04/07/le-style-decriture-de-lauteur/).

Un autre indice que Meursault c’est Camus se voit dans la manière dont Camus a mené ses liaisons avec les femmes ; il traitait celles-ci avec peu d’égard et nous croyons que ce comportement vient de son désire psychologique pour remplir le vide qu’il a senti à cause de la situation de sa naissance car il avait une mère belle mais infirme et illettrée qui peut-être ne pouvait pas exprimer librement son amour pour lui et vice versa à cause de ce manque physique et social. Dans son analyse de Premier homme de Camus, Guillaume-Lorrain fait savoir que:

Puis Camus dresse l'icône de sa mère, Catherine née Sintès. Dès les premières pages, il met en scène sa propre naissance dérisoire. L'accouchement, dans le dénuement, de sa mère. Camus l'aime à la folie d'autant que cette femme sait dès le début que les jeux sont faits. Belle avec un petit nez droit qu'on retrouvera plus tard chez les maîtresses de son fils, absente au monde, elle a le regard bon et résigné. Presque sourde et illettrée, elle a la parole difficile. Drapée dans une éternelle blouse grise ou noire, elle montre un visage avenant. Camus décrit cette femme de ménage, courbée sur son baquet et ses parquets. A-t-elle ployé sous la pauvreté? Pire, elle est née pauvre. Mektoub! C'est écrit et depuis longtemps. Et Camus de décrire toute la famille: "Oh! Oui, c'était ainsi, la vie de cet enfant avait été ainsi dans l'île pauvre du quartier, liée par la nécessité toute nue, au milieu d'une famille infirme et ignorante…", écrit-il dans Le premier homme…” (http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497).

Il existe une évidence pour indiquer que Camus s’est caché derrière Meursault pour narrer ses propres expériences dans L’étranger. Comme Camus dont la famille ne pouvait pas payer les frais de scolarité, Meursault ne pouvait pas subvenir aux besoins de sa mère comme nous le fait voir le directeur de l’asile à Marengo ; « Vous n’avez pas à vous justifier, mon cher enfant. J’ai lu le dossier de votre mère. Vous ne pouviez subvenir à ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes … » (L’étranger p: 11). Au Lycée la grand-mère de Camus devait chercher de l’assistance avant qu’il n’ait pu continuer ses études. Cette demande d’assistance a peut-être contribué à fortifier le lien entre Camus et Germain Bree:

Germain wanted Albert to continue his studies into high school, seeing that his student was happy in class, but did not realize how poor he was. He would tell Albert later, "Your pleasure at being in class was always apparent, and your face was so optimistic that looking at it, I never guessed your family's real situation. I only had a clue when your grand-mother came to see me about entering your name on the list of scholarship candidates (http://www.factbites.com/topics/Albert-Camus).

Toujours selon Guillaume, en s’ouvrant au monde, Camus a découvert la femme et cela est devenu la splendeur de sa jeune existence où l'amour et la sensualité s’étaient réunis dans sa terre algérienne tel que, dans Le premier homme Camus lui-même avoue : « …Je ne pouvais donc vivre, de mon aveu même, qu'à la condition que, sur toute la terre, tous les êtres, ou le plus grand nombre possible, fussent tournés vers moi, éternellement vacants, privés de vie indépendante ... » (p:20)

Pour nous, le désire de Camus que tous les êtres se tournent vers lui, qu’ils soient vacants et privés de la vie indépendante explique sa création de l’attitude de Meursault envers Marie quand la dernière lui demande s’il l’aimait et s’il voulait l’épouser, et voilà pourquoi nous disons que Meursault c’est Camus. Son attitude vers Marie signifie aussi le manque de respect que Camus avait pour les femmes. Pour nous ce manque de respect pour les femmes semble une protestation contre la dominance de celles-ci, donc une vengeance. Rappelons que la grande- mère chez qui Camus a grandi, était autoritaire et sa propre mère était incapacitée comme mentionné plus tôt. D’habitude c’est l’homme qui donne la proposition de mariage mais dans L’étranger c’est Marie qui l’a fait : « Le soir, Marie est venue me chercher et m’a demandé si je voulais me marier avec elle. J’ai répondu que cela m’était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait » (L’étranger, 69).

La réponse de Meursault à la proposition de Marie ne serait-il pas une évocation du comportement de Camus « le Don Juan », selon Rubens qui s’est trois fois marié et qui avait une marée de liaisons en cachette? « Grand amoureux, Albert Camus a eu de nombreuses liaisons… Camus fut-il un homme à femmes, un don Juan à rallonge, un simple cavaleur, un collectionneur impénitent, bref un séducteur (https://www.lemonde.fr/livres/article/2007/08/28/catherine-camus-profession-fille-d-albert_948398_3260.html). François Guillaume-Lorrain fait savoir encore que « Camus cultive aussi l'amitié féminine. Il ne néglige ni Jeanne Sicard ni Marguerite Dobrenn, bonnes camarades du Parti, comédiennes, confidentes. Mais il n'échappera jamais au jeu dangereux de la double vie, des liaisons croisées, des intrigues multiples pas plus qu'il ne se résoudra à la séparation franche », http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497. Avec une double vie comme telle, Camus ne pouvait pas se dévouer à une seule femme et c’est cela qu’il montre à travers Meursault, son prototype.

Conclusion

Pour conclure, le fait que Meursault refuse de mentir et de prier montre qu’il est un personnage indépendant et résolu qui a décidé de rester seul sur son opinion. Voilà pourquoi nous sommes d’avis que Meursault c’est Camus qui avait une opinion toute différente des autres écrivains de son époque sur l’existence de leur jour surtout après la deuxième guerre mondiale.

Une autre raison pour cette opinion que Meursault c’est Camus vient du fait que le roman est ouvert d’une façon neutre et calme alors que l’événement raconté est bouleversant, mais Meursault semble perpétuellement distant, non seulement par rapport à l’événement raconté, mais plus fondamentalement par rapport à lui-même. Meursault agit ainsi parce qu’il est une création de Camus pour qui la seule vraie connaissance de soi est celle qui se fait en se détournant du monde de la fausseté et de la lâcheté qui accablent la vie en acceptant la mort. (www.etudier.com/sujets/l-etranger-l-indifference-de-meursault/0).

Références

Alain, R-G, Pour un nouveau roman, Paris: Editions Minuit, 1963.

Camus, A. L’étranger, Paris: Gallimard, 1942.

Destaing, F. « La jeunesse d’Albert Camus ». L’Algérianiste, No. 86, Juin, 1999.

Gérard Genette, Nouveau discours du récit, Paris : Seuil, 1983.

Herman, D. Manfred J and Ryan M-L. Encyclopedia of Narrative Theory, London: Routledge 2005.

Jacomino, B. Apprendre à philosopher avec Camus, Paris: Ellipses, 2013.

Kamden, P. E. «Un temps narratif synthétique dans L’enfant- pluie de Francis Beybey » Sudlangues (2003) : 9-15.

Kamieniak, I. M. Freud et la littérature, la Revue française de psychanalyse, Magphilo, 2010.

Laurent Jenny, Le Style en acte : Vers une pragmatique du style, Genève : MētisPresses, coll "Voltiges", 2011.

Lejeune, P. Le pacte autobiographique, Paris: Seuil, 1975.

Lehtinin, M. « Les signes de la ponctuation et la prosodie dans la lecture radiophonique de L’étranger par Albert Camus ». Le Bulletin des Etudes camusiennes, 87(2009) : 8-14.

Lottman, H. A Biograhy of Albert Camus. New Jersey: Minesota Inc. 1978.

Mattei, J-F. Citations de Camus expliquées. Paris : Groupes Eyrolles, 2013.

Merad, G. “L'étranger de Camus vu sous un angle psychosociologique”, Revue Romane, Bind 10 (1975) p.1

Sabo, D.E, « La mort et le soleil dans L’étranger et La peste d’Albert Camus », Ph.D thesis A.B.U Zaria 2015.

Thibaudet, A. Réflexions sur le roman, Paris: Collection Blanche, Gallimard, 1938.

Zeliche M-S, « L’écart auteur/narrateur dans L’étranger d’Albert Camus ». Paris: Karthala, 2009.

Web graphie

(espacefrançais).

(https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/04/07/le-style-decriture-de-lauteur/).

http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/wp-content).

 (https://www.lemonde.fr/livres/article/2007/08/28/catherine-camus-profession-fille-d-albert_948398_3260.html).

(http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497).

(http://www.signosemio.com/genette/narratologie.asp).

(https://www.simplypsychology.org/unconscious-mind.html).

(https://www.unige.ch/lettres/franco).

(https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01275533/file/brunet3h_ponctuation.pdf).

(http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture).

(littérature.savoir.fr/albert-camus-biographie).

(www.espacefrancais.com/albert-camus/).

Degel Journal

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