Article Citation: Déborah Ethel Sabo (2018). Le Personnage-Narrateur Comme Portrait de l'Auteur: Le Cas de Meursault et d'Albert Camus dans L'Étranger. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 16. ISSN 0794-9316
LE PERSONNAGE-NARRATEUR COMME PORTRAIT DE L’AUTEUR :
LE CAS DE MEURSAULT ET D’ALBERT CAMUS DANS L’ETRANGER
By
Déborah
Ethel Sabo, PhD
Department of Languages
Nigeria Defence Academy, Kaduna
Résumé
Généralement, l’œuvre littéraire a deux sens ; elle est une histoire et en même temps un discours. Comme histoire elle fait sortir une certaine réalité sur les événements et les personnages. Il y a un narrateur qui raconte l’histoire et en racontant son histoire, il communique avec le lecteur. Dans L’étranger, le fait d’être en même temps personnage et narrateur affecte Meursault tel qu’il soit subjectif par rapport aux autres personnages. Tout est centré sur Meursault qui refuse de jouer le jeu de la société qui le considère comme étrange par conséquent. Meursault se trouve dans cette situation d’étranger dans la société par volition de l’auteur, Camus. Dans cette recherche nous allons utiliser l’approche psycho-analytique freudienne pour faire une analyse du contenu afin de montrer que Camus a utilisé le style narrateur-personnage pour raconter l’histoire de sa propre existence et que Meursault c’est lui-même.
Introduction
Le style c’est le moyen par lequel un auteur adresse et fait entrer ses
lecteurs dans l’univers des personnages dans une œuvre littéraire, qu’elle soit
un roman, une pièce de théâtre ou un poème. Le style c’est l’utilisation de
l’ensemble des techniques d’écriture ou d’outils de langage par un écrivain
pour se façonner et se distinguer des autres écrivains. Chaque auteur possède
sa propre manière de présenter ses textes, de les rendre uniques selon ses
propres goûts et intérêts. Les auteurs utilisent le style soit pour frapper
l’imagination du lecteur, soit pour illustrer une idée ou piquer la curiosité
de ce dernier. Le narrateur est le véhicule qu’un auteur utilise pour livrer
son message. Il existe différents types de narrateurs tel le personnage- narrateur, qui est à l’intérieur
du récit, et alors le texte s’écrit à la première personne (je). Selon
Julie Dubé, si le narrateur est le personnage principal, on parle alors de narrateur sujet ou acteur. S’il est un personnage secondaire, il assiste à l’événement qu’il
raconte, mais ce n’est pas à lui que les aventures arrivent, on l’appelle narrateur témoin. Si au contraire, c’est un narrateur
extérieur à l’histoire, absent du récit et qu’il raconte le tout à
la 3e personne (il/ils), il n’est pas un personnage, car il ne participe pas à
l’action. Bref, le narrateur extérieur est un observateur neutre ignorant la vie intime des personnages, ou un narrateur omniscient, connaissant tous les personnages. Les auteurs créent leurs narrateurs pour achever chacun son
but donné.
Pour Gérard Genette, le narrateur c’est celui
qui raconte l’histoire qu’un auteur a décidé d’écrire. Dans sa théorie du
narrateur, il voit le narrateur comme, « celui qui est responsable de
l'acte de production du récit, et qui est par conséquent responsable de tous
les choix techniques impliqués: ordre des événements et le choix du point de
vue. (…) on peut distinguer différents types de narrateurs en fonction de
leur relation à l'histoire racontée » (Figures IV p : 25). Pour
montrer cette relation entre un narrateur et l’histoire qu’il raconte, Genette
évoque deux oppositions: extra diégétique, c’est ici la situation où
le narrateur ne fait pas partie de l’histoire qu’il raconte et intra
diégétique, la situation où le narrateur participe dans l’histoire qu’il
raconte. Cette variation du point de vue est ce qu’on appelle “La Focalisation”, celle-ci étant la marque de la présence du
narrateur. Genette distingue la focalisation interne où le narrateur épouse le point de vue d'un
personnage, la focalisation externe,
où le narrateur est un simple observateur des faits et gestes des personnages
et la focalisation zéro,
où le narrateur est omniscient.
La psychanalyse freudienne
Il n’existe pas de définition toute prête de la psychanalyse
freudienne, mais selon Isabel Martin Kamieniak, Freud a découvert au cœur de la vie psychique deux types de
processus. Les processus primaires,
qui visent à permettre aux contenus fantasmatiques inconscients de contourner
la censure et de trouver une issue dans la vie représentative, celle du rêve en
particulier mais aussi celle des productions artistiques. Ce travail psychique est essentiel en ce
qu’il permet de soulager la pression de nos conflits inconscients anciens,
réactivés par ce que la réalité actuelle nous apporte, mais aussi d’en
poursuivre inlassablementl’élaboration (http://www.cndp.fr/magphilo/index.php?id=21).
Pour Jacobson, « …Freud believes that
although we are not consciously aware of what is in our mind at all times, we
can retrieve information and memories from it if prompted. He also believes
that the mind is responsible for both conscious and subconscious actions based
on drives and forces » (https://www.simplypsychology.org/unconscious-mind.html). D’après cette dernière citation,
Jacobson est d’avis que face à certaines situations données, l’homme a la
capacité de se refouler inconsciemment
sur son monde intérieur et faire sortir de sa mémoire ce qu’il ne veut
pas conserver à la conscience. En nous basant sur ce, nous allons par l’analyse
du comportement de Meursault soutenir notre opinion que L’étranger est
une autobiographie que Camus a refusé de nommer ainsi et qu’il a utilisé
Meursault comme un masque derrière lequel il s’est caché.
Le Style de Camus
Le style a déjà été défini comme une création écrite ou orale et la
narration des faits réels ou inventés par un auteur. Selon Laurent Jenny, le
style, c’est «une manière d’utiliser les moyens d’expression du langage et la
manière caractéristique d’une forme » (https://www.unige.ch/lettres/franco). Ce que l’auteur invente, c’est un récit qui
peut être du roman, de la poésie ou du théâtre. Pour raconter son histoire,
l’auteur invente un conteur et il crée aussi une personne imaginaire qui vit et
accomplit les actions de l’histoire; c’est le personnage. D’après Sabo
(2015 : 55), « le style c’est l’utilisation de l’ensemble des
techniques d’écriture ou d’outils de langage par un écrivain pour se façonner
et se distinguer des autres écrivains, par sa propre focalisation». Selon
(espace français), pour s’acquérir un style, l’écrivain « s’autorise des
licences poétiques, des digressions et des néologismes de manière ả appuyer son discours et ả rendre esthétique sa prose » (www.espacefrancais.com/albert-camus/).
En voici un exemple de ce que Camus s’était
autorisé : « Le jour de l’enterrement de sa mère, Meursault au
lieu d’être en deuil a trouvé l’occasion de décrire le paysage, le ciel ainsi
que le comportement de M. Perez l’amant de sa maman à l’asile »:
Le ciel était déjà plein de
soleil (L’étranger, p : 26), …Je regardais la campagne autour de
moi. A travers les lignes de cyprès qui menaient aux collines près du ciel
(p : 27), … j’ai compris que c’était M. Perez. Il avait un feutre mou à la
calotte ronde aux ailes larges (p : 26), … C’est à ce moment que je me
suis aperçus que M. Perez claudiquait légèrement (p : 27).
Les techniques diffèrent selon les auteurs, comme le dit Kamdem, qui
croit que la manière dont un écrivain met en texte ses idées, est un art et
comme tel, elle obéit aux techniques choisis. On ne peut pas ignorer
l’importance du style dans une œuvre car il est bien immense et reflète souvent
l’auteur. Le style utilisé par un écrivain rend son œuvre facile à lire et à
comprendre ou difficile et incompréhensible. Voilà pourquoi Tordorov dit que «
style is as important as theme, if not more » (89). Dans L’étranger
il s’agit d’un style sec où les choses sont minutieusement décrites d’une
manière détaillée mais sans assez d’explication. Selon Mohammed-Salah Zeliche dans son article, L’Ecart
auteur/narrateur dans L’étranger d’Albert Camus, le style de
Camus est simple et sait faire sortir de la monotonie le sens du beau. Brunet
partage cette opinion quand elle dit « C’est ce qui rend ce style
différent des autres. Le récit et les phrases sont courts ou coupés par une
ponctuation étudiée qui maintient le même rythme »https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01275533/file/brunet3h_ponctuation.pdf.
En référence ả L’étranger, Zeliche
dit que ceci produit des effets spéciaux et physiques au début du livre et
psychologiques à la fin. Monsieur Zeliche croit que Camus par son style,
« cherche à peindre une ambiance absurde et marquer la monotonie de
l'existence »(15). Dans L’étranger, Camus emploie le style neutre
ou la focalisation interne où le message vient aux lecteurs par l’intermédiaire
d’un personnage-narrateur témoin. La narration est à la première personne qui
elle-même est le narrateur. Le narrateur de L’étranger
dit :« Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais
pas… »(1). C’est sa propre mère qu’on adresse comme «maman ». C’est
ici une preuve que L’étranger est écrit dans la première personne. Camus
utilise aussi le minimaliste dans L’étranger car les phrases sont
courtes et le vocabulaire restreint et ordinaire. Il utilise les termes comme;Ɗle tram(35), la dactylo(34),
l’auto(55), etc. Camus utilise aussi des clichés ; être plein à craquer
(28), être de trop (130), jouer un sale tour (103).
A cause de sa syntaxe courte, dans sa narration,
les faits sont entassés les uns sur les autres. Selon Kamdem « … la
narration dans L’étranger est surtout cousue de compilation et de récits
itératifs…le bon nombre d’événements y sont simplement empilés, rangés suivant
le hasard de leur déroulement » (77). D’après cette citation, nous croyons
que Meursault avait beaucoup ả dire mais que le temps lui manquait et il se hâtait ả tout dire. Mari Lehtinin partage notre position
dans son article, « Les signes de ponctuation et la prosodie dans la
lecture radiophonique de L’étranger par Albert Camus » où il postule que « la mélodie de la
parole, les pauses ainsi que les changements de l’intensité, du débit et du
rythme servent pour indiquer comment ce qui est dit devrait être
interprété » (http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/wp-content). La description que fait Meursault du trajet
entre l’asile et le cimetière est un autre exemple de ceci:
Il y eu encore l’église et les
villageois sur les trottoirs, les géraniums rouges sur les tombes du cimetière,
l’évanouissement de Perez (on eut dit un pantin disloqué), la terre couleur de
sang qui roulait sur la bière de maman. La chair blanche des racines qui s’y
mêlaient, encore du monde, des voix, le village, l’attente dans un café,
l’incessant ronflement du moteur, et ma joie quand l’auto bus est entré dans le
nid de lumière d’Alger (L’étranger, 30-31).
Notons, comme nous l’avons mentionné plus tôt, qu’au lieu d’être triste
puisqu’il est en deuil, Meursault s’occupe de l’environnement et de la joie
d’être rentré en ville. La description qu’il fait ici est si détaillée qu’il
mentionne même les passagers que le cortège rencontre, les fleurs, la couleur
de la terre et les voix qu’il a entendues. Naturellement, Meursault ne devait
pas se soucier de tous ces détails parce qu’ils ne sont pas importants par
rapport au processus de l’enterrement de sa mère.
Pour nous, le comportement de Meursault montre
l’effort que fait l’auteur pour se rattacher du récit, il veut se masquer et
cacher derrière ces détails, mais malgré ses efforts, des fois il se dévoile à
son insu, par exemple; « Le ciel était pur mais sans éclats au-dessus, des
ficus qui bordent la route … sur le trottoir d’en face … le marchand de tabac a
sorti une chaise … les trams tout à l’heure bondés étaient presque vides »
(L’étranger p :36). Il est à remarquer que dans la dernière phrase
de la citation immédiate, l’auteur s’implique, s’il n’est pas le narrateur
comment a-t-il pu savoir la capacité des trams ?
Le personnage – narrateur sur Meursault
Dans la littérature le mot personnage désigne chacune des personnes
fictives d'une œuvre littéraire. C’est par voie du personnage qu’un auteur
montre le lien entre la réalité et la fiction. Le personnage est une création
concertée par l’auteur, dans la logique de l'univers qu'il fait naître et du
regard qu'il est décidé à porter sur le monde. C’est à ceci que se réfère
Albert Thibaudet quand il dit:
Le romancier authentique crée ses personnages
avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée
avec la ligne unique de sa vie réelle. Le vrai roman est comme une
autobiographie du possible, Ɗ...ɗ le génie du roman nous fait vivre le possible,
il ne fait pas revivre le réel." (Réflexions sur le roman, 1938 :
57).
La notion que tient Thibaudet est ce qui
s’obtient traditionnellement mais dans L’étranger nous sommes face à un
personnage atypique rendu opaque par le style que choisit l’auteur où il nous
raconte l’histoire au présent de l’indicatif, par des phrases courtes et
sèches, par des notations brèves, succédées par des actes où le
« Je » du narrateur prédomine. Selon Pierre-Louis Rey, “Meursault ne
répond guère aux caractéristiques du « personnage » tel qu’on le sait
traditionnellement”. Rey poursuit que, si Meursault est une sorte de marginal,
qui semble vivre en dehors des codes qui régissent le monde et les
institutions, son attitude est très bien rendue par l’écriture de Camus, dont
la distance consacre l’inadéquation entre le héros et l’environnement social.
Inadéquation à l’environnement social parce que
Meursault ne semble pas avoir d’identité ou de fonction sociale clairement
marquée ; et tandis que les autres sont conformistes, il reste
anticonformiste comme on peut le voir par ses réponses, déroutantes les unes
que les autres. L’étranger s’ouvre avec la mort de la mère de
Meursault : « Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais
pas » (L’étranger, 1). Comment peut-on oublier la date de la
mort de sa propre mère ? De même, la toute dernière phrase dont le
roman se ferme et déroutante; « Il me restait à souhaiter qu’il y
ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent
avec des cris de haine » (L’étranger, 186). Au moment de la mort,
c’est la sympathie qui est souhaité des spectateurs, mais voilà que Meursault
veut la haine. Ces réponses déroutantes confèrent à Meursault un sort
d’hermétisme. Parmi les philosophes français de son époque, Camus a été des
fois un Hermite.
Selon Sabo, un des moments d’hermétisme par
Camus c’est après sa publication de L’homme révolte quand certains
critiques l’ont mal jugé. Elle dit que ces derniers ont mis l’accent sur la
classe sociale ả laquelle Camus appartenait, caractérisée par la pauvreté, la maladie et surtout la tuberculose dont il a souffert dans sa
jeunesse sans dégager suffisamment d’autres aspects essentiels de son œuvre. Sabo cite pour exemple,
les Parisiens qui ont critiqué Camus jusqu'à un niveau inimaginable et que parmi eux se trouvait Sartre son ancien
ami qui en particulier est allé jusqu'à un niveau ridicule en l’appelant un voyou. Selon Jacomino, « …la
pauvreté dans laquelle il est né continue de le marquer. Jusqu'à la fin de sa
vie, il est souvent regardé avec mépris dans le petit monde intellectuel
parisien. Sartre le voit comme un petit ‘voyou d’Alger’ » (Sabo,
2015 : 86).
C’est aussi devenir hermite selon Mattei et Conreur lorsque lors de la guerre de
l’indépendance algérienne en 1953 Camus a suggéré une trêve entre la France et
l’Algérie et les Français l’ont accusé de compromis tandis que les Algériens
l’accusaient de trahison. Mattéi dit que Camus a vécu doublement la révolte,
« …il l’a vécue doublement en Algérie, d’une part en exprimant son soutien
ả la misère d’une grande partie de la population indigène, d’autre part en éprouvant les critiques des intellectuels français qui lui reprochaient sa position sur la question algérienne.»
(Mattéi p: 88). Pour Gérard Conreur,
Camus était deux fois étranger : « … Mais Camus n’est-il pas un étranger à Paris? … il ne soit devenu
doublement étranger pour une communauté pied-noir qui l’exclue, pour nombre
d’Algériens qui ne le reconnaissent pas. Enfin, Camus c’est l’étranger aux
idées admises et aux chapelles établies » (http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture). Nous croyons que le souhait de Meursault
qu’on l’accueille par les cris de haine le jour de son exécution, est une
référence à la situation où Camus s’est trouvé et que Conreur vient de nous
décrire plus haut.
Meursault c’est Camus
Selon Herbert Lottman, la famille de Camus vient de Bordeaux et que le
premier parmi les Camus d’être venu en Algérie était l’arrière - grand - père
d’Albert Camus qui s’y était installé au début du dix-neuvième siècle
(littérature.savoir.fr/albert-camus-biographie). Dans son article
« L’Algérianiste » No. 86 de 1999, le camarade de classe de Camus,
Fernand Destaing, dit que ; « Lucien Camus, père d’Albert Camus, est
né ả Ouled-Fayet en 1885 et que tout comme son fils,
il était orphelin dès l’âge d’un an » (Destaing, 1999, p : 5). Curieusement, un cycle
semble se reproduire ici. Destaing parle du père d’Albert, précisant qu’il était bouleversé par la condamnation ả mort d’un ouvrier agricole comme lui
et qu’il a vomi après avoir assisté ả l’exécution de son ancien camarade. Albert Camus a repris cette histoire
dans L’étranger quand Meursault était en prison et voici une preuve que L’étranger
c’est une autobiographie.
Nous nous appuyons aussi sur l’opinion de Julie
Dube sur la narration comme preuve que L’étranger c’est l’autobiographie
d’Albert Camus. Dube postule que:
Si un narrateur est l’un des
personnages (principaux ou secondaires) de l’histoire et s’il participe à
l’action, on dit qu’il est un narrateur
à l’intérieur du récit et que le texte sera écrit à la première
personne (je). Dube poursuit que s’il est le personnage principal c’est à dire
le héros, on parle alors de narrateur
sujet ou acteur (https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/04/07/le-style-decriture-de-lauteur/).
Un autre indice que Meursault c’est Camus se voit dans la manière dont
Camus a mené ses liaisons avec les femmes ; il traitait celles-ci avec peu
d’égard et nous croyons que ce comportement vient de son désire psychologique
pour remplir le vide qu’il a senti à cause de la situation de sa naissance car
il avait une mère belle mais infirme et illettrée qui peut-être ne pouvait pas
exprimer librement son amour pour lui et vice versa à cause de ce manque
physique et social. Dans son analyse de Premier homme de Camus, Guillaume-Lorrain
fait savoir que:
Puis Camus dresse l'icône de
sa mère, Catherine née Sintès. Dès les premières pages, il met en scène sa
propre naissance dérisoire. L'accouchement, dans le dénuement, de sa mère.
Camus l'aime à la folie d'autant que cette femme sait dès le début que les jeux
sont faits. Belle avec un petit nez droit qu'on retrouvera plus tard chez les
maîtresses de son fils, absente au monde, elle a le regard bon et résigné.
Presque sourde et illettrée, elle a la parole difficile. Drapée dans une
éternelle blouse grise ou noire, elle montre un visage avenant. Camus décrit
cette femme de ménage, courbée sur son baquet et ses parquets. A-t-elle ployé
sous la pauvreté? Pire, elle est née pauvre. Mektoub! C'est écrit et depuis
longtemps. Et Camus de décrire toute la famille: "Oh! Oui, c'était ainsi,
la vie de cet enfant avait été ainsi dans l'île pauvre du quartier, liée par la
nécessité toute nue, au milieu d'une famille infirme et ignorante…",
écrit-il dans Le premier homme…” (http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497).
Il existe une évidence pour indiquer que Camus s’est caché derrière
Meursault pour narrer ses propres expériences dans L’étranger. Comme
Camus dont la famille ne pouvait pas payer les frais de scolarité, Meursault ne
pouvait pas subvenir aux besoins de sa mère comme nous le fait voir le
directeur de l’asile à Marengo ; « Vous n’avez pas à vous justifier,
mon cher enfant. J’ai lu le dossier de votre mère. Vous ne pouviez subvenir à
ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes … » (L’étranger
p: 11). Au Lycée la grand-mère de Camus devait chercher de l’assistance avant
qu’il n’ait pu continuer ses études. Cette demande d’assistance a peut-être
contribué à fortifier le lien entre Camus et Germain Bree:
Germain wanted Albert to
continue his studies into high school, seeing that his student was happy in
class, but did not realize how poor he was. He would tell Albert later,
"Your pleasure at being in class was always apparent, and your face was so
optimistic that looking at it, I never guessed your family's real situation. I
only had a clue when your grand-mother came to see me about entering your name
on the list of scholarship candidates (http://www.factbites.com/topics/Albert-Camus).
Toujours selon Guillaume, en s’ouvrant au monde,
Camus a découvert la femme et cela est devenu la splendeur de sa jeune
existence où l'amour et la sensualité s’étaient réunis dans sa terre algérienne
tel que, dans Le premier homme Camus lui-même avoue : « …Je ne
pouvais donc vivre, de mon aveu même, qu'à la condition que, sur toute la
terre, tous les êtres, ou le plus grand nombre possible, fussent tournés vers
moi, éternellement vacants, privés de vie indépendante ... » (p:20)
Pour nous, le désire de Camus que tous les êtres
se tournent vers lui, qu’ils soient vacants et privés de la vie indépendante
explique sa création de l’attitude de Meursault envers Marie quand la dernière
lui demande s’il l’aimait et s’il voulait l’épouser, et voilà pourquoi nous
disons que Meursault c’est Camus. Son attitude vers Marie signifie aussi le
manque de respect que Camus avait pour les femmes. Pour nous ce manque de
respect pour les femmes semble une protestation contre la dominance de celles-ci,
donc une vengeance. Rappelons que la grande- mère chez qui Camus a grandi,
était autoritaire et sa propre mère était incapacitée comme mentionné plus tôt.
D’habitude c’est l’homme qui donne la proposition de mariage mais dans L’étranger
c’est Marie qui l’a fait : « Le soir, Marie est venue me chercher et
m’a demandé si je voulais me marier avec elle. J’ai répondu que cela m’était
égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait » (L’étranger,
69).
La réponse de Meursault à la proposition de
Marie ne serait-il pas une évocation du comportement de Camus « le Don
Juan », selon Rubens qui s’est trois fois marié et qui avait une marée de
liaisons en cachette? « Grand amoureux, Albert Camus a eu de nombreuses
liaisons… Camus fut-il un homme à femmes, un don Juan à rallonge, un simple
cavaleur, un collectionneur impénitent, bref un séducteur (https://www.lemonde.fr/livres/article/2007/08/28/catherine-camus-profession-fille-d-albert_948398_3260.html). François Guillaume-Lorrain fait savoir encore
que « Camus cultive aussi l'amitié féminine. Il ne néglige ni Jeanne
Sicard ni Marguerite Dobrenn, bonnes camarades du Parti, comédiennes,
confidentes. Mais il n'échappera jamais au jeu dangereux de la double vie, des
liaisons croisées, des intrigues multiples pas plus qu'il ne se résoudra à la
séparation franche », http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497. Avec une double vie comme telle, Camus ne
pouvait pas se dévouer à une seule femme et c’est cela qu’il montre à travers
Meursault, son prototype.
Conclusion
Pour conclure, le fait que Meursault refuse de mentir et de prier
montre qu’il est un personnage indépendant et résolu qui a décidé de rester
seul sur son opinion. Voilà pourquoi nous sommes d’avis que Meursault c’est
Camus qui avait une opinion toute différente des autres écrivains de son époque
sur l’existence de leur jour surtout après la deuxième guerre mondiale.
Une autre raison pour cette opinion que
Meursault c’est Camus vient du fait que le roman est ouvert d’une façon neutre
et calme alors que l’événement raconté est bouleversant, mais Meursault semble
perpétuellement distant, non seulement par rapport à l’événement raconté, mais
plus fondamentalement par rapport à lui-même. Meursault agit ainsi parce qu’il
est une création de Camus pour qui la seule vraie connaissance de soi est celle
qui se fait en se détournant du monde de la fausseté et de la lâcheté qui accablent
la vie en acceptant la mort. (www.etudier.com/sujets/l-etranger-l-indifference-de-meursault/0).
Références
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Jacomino, B.
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Laurent
Jenny, Le Style en acte : Vers une pragmatique du style,
Genève : MētisPresses, coll "Voltiges", 2011.
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A Biograhy of Albert Camus. New Jersey: Minesota Inc. 1978.
Mattei, J-F. Citations de Camus
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Merad, G. “L'étranger
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p.1
Sabo, D.E, « La mort
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Zeliche
M-S, « L’écart auteur/narrateur dans L’étranger d’Albert Camus ».
Paris: Karthala, 2009.
Web graphie
(espacefrançais).
(https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/04/07/le-style-decriture-de-lauteur/).
http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/wp-content).
(http://www.lepoint.fr/culture/2010-01-12/camus-l-homme-qui-aimait-les-femmes/249/0/412497).
(http://www.signosemio.com/genette/narratologie.asp).
(https://www.simplypsychology.org/unconscious-mind.html).
(https://www.unige.ch/lettres/franco).
(https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01275533/file/brunet3h_ponctuation.pdf).
(http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture).
(littérature.savoir.fr/albert-camus-biographie).
(www.espacefrancais.com/albert-camus/).
The official website of the DEGEL Jounal is https://www.degeljournal.com

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