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Les Enjeux de la Separation Entre Langue et Litterature dans L’enseignement Secondaire Nigerian

Cite this article as: Mamman M. A. & Aizebioje-Coker A. A. (2025). Les Enjeux de la Separation Entre Langue et Litterature dans L’enseignement Secondaire Nigerian. Zamfara International Journal of Humanities, 4(1), 45-52. www.doi.org/10.36349/zamijoh.2025.v04i01.005.

LES ENJEUX DE LA SEPARATION ENTRE LANGUE ET LITTERATURE DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE NIGERIAN

Musa Adamu Mamman
Abrose Alli University
Ekpoma, Edo State, Nigeria

And

Athony A. Aizebioje-Coker
Abrose Alli University
Ekpoma, Edo State, Nigeria

Abstract: In the field of education, the increasingly clear separation between the study of language and that of literature raises questions, both pedagogical and related to student guidance. This paper aims to examine the implicit or explicit bias that tends to favor linguistic corpora over literary approaches, as well as the consequences of this hierarchy on teaching practices and student success. We draw on the epistemological premise formulated by Gaston Bachelard (2001), which states that "all knowledge is an answer to a question," to assert that language and literature, though distinct, are two complementary pathways to knowledge. In the Nigerian educational context, this dichotomy manifests in particularly troubling ways: curricular reforms, pedagogical guidelines, and assessment policies increasingly reinforce this division, to the detriment of students’ holistic education. This compartmentalization has significant repercussions on the development of linguistic, cultural, and critical skills; skills that are essential for understanding the contemporary world. In light of concerning failure rates and often inadequate academic guidance, it has become urgent to reconsider the relationship between these two disciplines, as well as the role of the teachers who represent them. Anchored in a clearly pedagogical perspective, this reflection aims to promote an integrated approach that equitably values the contributions of both language and literature. By bringing this issue to light, we hope to raise awareness among teachers, learners, and parents, in order to foster constructive dialogue. Such an approach could lead to improved educational practices, better academic performance, and more informed student orientation.

Keywords: Language, literature, Educational Dichotomy, Pedagogy, Nigeria

Résumé: Dans le champ de l’enseignement, la séparation de plus en plus nette entre l’étude de la langue et celle de la littérature soulève des interrogations, tant sur le plan pédagogique que sur celui de l’orientation des apprenants. Cette communication se propose d’examiner la discrimination, implicite ou explicite, qui tend à privilégier les corpus linguistiques au détriment des approches littéraires, ainsi que les conséquences de cette hiérarchisation sur les pratiques d’enseignement et la réussite étudiante. Nous nous appuyons sur le postulat épistémologique formulé par Gaston Bachelard (2001) selon lequel « toute connaissance est une réponse à une question », pour affirmer que langue et littérature, bien que distinctes, constituent deux voies complémentaires de connaissance. Dans le contexte éducatif nigérian, cette dichotomie se manifeste de manière particulièrement préoccupante : les réformes « curriculaires », les orientations pédagogiques et les politiques d’évaluation tendent à accentuer cette division, au détriment d’une formation globale des élèves. Ce cloisonnement a des répercussions notables sur le développement des compétences linguistiques, culturelles et critiques, indispensables à la compréhension du monde contemporain. Face à des taux d’échec préoccupants et à des orientations souvent inadaptées, il devient urgent de repenser les rapports entre ces deux disciplines, ainsi que la place des enseignants qui les incarnent. Cette réflexion, inscrite dans une perspective résolument pédagogique, vise à promouvoir une approche intégrée valorisant de manière équitable les apports de la langue et de la littérature. En rendant cette problématique visible, nous espérons susciter une prise de conscience chez les enseignants, les apprenants et les parents, afin de favoriser un dialogue constructif. Une telle démarche pourrait conduire à une amélioration des pratiques éducatives, à de meilleurs résultats scolaires et à une orientation plus éclairée des étudiants.

Mots-clés: Langue, littérature, Séparation Disciplinaire, pédagogie, Nigeria

Introduction

Il est nécessaire de désabuser l’idée qui consiste à penser que le professeur de langue mérite plus de respect que le professeur de littérature ou vice versa. Les conséquences d’une telle pensée pour les apprenants dans les milieux scolaires sont d’une grande envergure. La mauvaise conduite envers l’enseignant, le manque de motivation qui va jusqu'à faire détester les cours sont des exemples entre autres. Les échecs massifs aux examens vont combler de malheur cette situation. On constate aussi la discrimination qui favorise les matières scientifiques par rapport aux autres matières, et qui nécessite encore d'autres débats très animés. Cette analyse porte sur une forme de discrimination qui accorde la priorité aux corpus linguistiques et à l’étude de la langue, au détriment de la littérature. On accorde peu d’attention à plusieurs causes qui, pourtant, expliquent la majorité des échecs et méritent d’être mises en lumière. Ainsi, par prédilection, on considère le cas des échecs au niveau secondaire, dans les collèges et les lycées. Premièrement, l'attitude personnelle des professeurs de langue ou de littérature peut entraîner un manque d'intérêt pour les cours chez l'apprenant. Les exemples sont variés et ils vont de la négligence à l’incompétence en passant par le manque de motivation de l’enseignant. Deuxièmement, certains préjugés chez les parents peuvent également impacter négativement. On considère, par exemple, des parents qui font penser à leurs enfants que certaines matières sont de vile valeur et qui seront moins rentables. Outre la discrimination entre les matières comme celle entre la langue et la littérature, la plupart des parents privilégient également des matières scientifiques à celle de la langue ou de la littérature sans aucune considération aux capacités et aptitudes naturelles des enfants. L’intention des parents de vouloir, par exemple, renverser l’expérience coloniale est un point décisif dans leur vécu. Dans cette configuration coloniale, le colonisé n’accède qu’à une instruction utilitaire, pensée pour lui permettre de communiquer et d’assumer les tâches subalternes d’un « commis » ou d’un employé de bureau ou un exécutant spécialisé placé sous l’autorité d’un ingénieur ou d’un théoricien. Le désir des parents de voir leurs enfants devenir de hauts cadres, c’est-à-dire des personnes capables d’élaborer, de défendre et de mettre en pratique des théories. Ce désir de former des personnes maîtrisant la théorie de l’art ou d’une science est justifié par Césaire (1959), qui critique la pensée occidentale selon laquelle : « C’est étrange : ce sont des techniciens qu’il leur faudrait, et ce sont des artistes qu’ils forment. » Troisièmement, le mauvais financement ou la mauvaise gestion du système éducatif, souvent liés à la corruption, expliquent également les échecs massifs. Nous choisissons de ne pas nous attarder sur ce point, afin de rester dans le cadre de notre propos.

Du Bénin et au Nigéria, des stéréotypes disparates dans les expériences vécues

Pendant longtemps, le système éducatif des pays francophones, comme le Bénin, a suivi un modèle proche de celui de la France, avec toutefois quelques différences mineures. Par exemple, dans les collèges et lycées, les élèves des séries A (Lettres), ST (Sciences et Techniques) et Histoire-Géographie manifestent un respect particulier envers leurs enseignants de littérature. Cette révérence provient de l’angoisse qu’éprouvent les candidats pour les épreuves : la dissertation, le commentaire composé et le résumé de texte. À l’exception du résumé de texte, la dissertation et le commentaire de texte sont de nature subjective. Ainsi, le sort des candidats va balancer sans pouvoir le situer soit dans la réussite ou soit dans l ‘échec. En revanche, pour les épreuves de langue – on considère, à partir d’une conception purement simpliste, l’analyse grammaticale et l’analyse logique – les candidats peuvent savoir à la fin des épreuves si leurs réponses sont vraies ou fausses. Pour eux, les difficultés à cerner leur sort émanent du fait qu’un examen de littéralité demande des connaissances plus exigeantes que dans un examen de langue. Ainsi, logiquement, les apprenants pensent que le professeur de littérature est plus doué que le professeur la langue. Néanmoins, cette situation ne doit pas créer des aléas de la profession dans laquelle les apprenants manquent de respect pour leur professeur de langue. Cependant, au Nigeria, la situation est différente dans la mesure où les apprenants, contrairement à ceux du Bénin, prennent avec légèreté les études littéraires. Ils conçoivent que l’étude de la littérature n’est qu’une simple lecture des romans ou des livres qui ne traitent, en général, que de la culture et de la civilisation des peuples. Dans les deux pays, le Nigeria et le Bénin, l’orientation des collégiens, pour le choix des matières de spécialisation est purement le rôle du conseil des professeurs. Ce conseil, seul organe compétent, peut, après avoir évalué les performances des collégiens dans les matières concernées, les orienter dans leur choix de spécialisation. Cette procédure reste en vigueur dans le système éducatif béninois, mais ce n’est pas toujours le cas au Nigéria.

Par ailleurs, dans « National Policy on Education (third Edition, 1998) » la politique nationale de l’éducation du Nigeria (troisième Édition, 1998) (notre traduction), on voit que le système éducatif a aussi créé une discrimination notamment au niveau de l’enseignement secondaire. Il considère, par exemple, comme «core subjects», les matières principales telles que l’anglais, le français et les mathématiques. Par surcroit dans la discrimination, il exige la réussite des candidats dans les matières tels que «English and Mathematics», l’anglais et les mathématiques pour s’inscrire à l’universitaire. Certains établissements scolaires tertiaires privilégient la réussite dans la matière «English language», l’anglais au lieu de «English literature» (littérature anglaise). Ainsi, par exemple, certains collèges d’éducation admettent des candidats qui ont réussi à «English language». A défaut de cela, d’autres admettent des candidats ayant réussi à «English literature» à condition que le candidat réussisse obligatoirement à son «English language» pendant la durée ou avant la fin de ses études. Il importe donc de souligner que les critères d’admission dans les universités exigent strictement une bonne mention dans le «English language» et non dans le «English literature».

Récapitulation d’opinions variées

Les opinions variées donnent de piste pour mieux comprendre la genèse de la dichotomie entre langue et littérature. Pour des raisons de convenance, soulignons tout d’abord que pour un profane, l’étude de la langue comprend l’enseignement des règles grammaticales, du lexique, des analyses grammaticales et logiques. De plus, à un niveau plus avancé, l’enseignement de la linguistique incorpore les corpus de la phonétique, de la phonologie et de la sémantique entre autres. Quant à l’enseignement de la littérature c’est apprendre à narrer, à disserter, à avancer des raisonnements logiques, à faire un commentaire composé, à ressortir les figures de style et à résumer un texte. Beaucoup d’encre a coulé sur la question de la dichotomie entre langue et littérature ou entre linguistique et littérature. Or, cette dichotomie entre langue et littérature n’a pas de raison d’être dans la mesure où la première sert de fondement pour la seconde. Il existe une corrélation intrinsèque ainsi qu’une complémentarité entre la langue et la littérature, ou encore entre la linguistique et la littérature. Ainsi, de manière conceptuelle, Sarah de Vogüé (Littérature et linguistique : la catégorie de l’histoire (s.p.) affirme que :

La relation entre littérature et linguistique doit être pensée comme un aller-retour. D'un côté la linguistique peut être utile à l'étude des textes littéraires, ne serait-ce que par le point de vue qu'elle adopte, qui est fondé sur un souci du détail de langue et une attention aux nouages opérés par la syntaxe, qui paraissent essentiels à tout travail d'explication littéraire. De l'autre, la littérature est elle-même susceptible de donner des leçons à la linguistique. Elle l'est comme tout morceau de langue le serait, en tant qu'elle constitue un corpus particulièrement riche et complexe. Mais elle l'est aussi à mon sens sur une question particulièrement épineuse et qui touche crucialement au problème de la référence : la littérature est le lieu par excellence de ce que Benveniste a appelé la catégorie de l'Histoire (s.p.).

D’un point de vue moins profane, reconnaissons sans ambiguïté que faire des études littéraires exige des connaissances allant au-delà de celles des études de langue. Ainsi, on convient avec J.-P. Ricardou cité par Dugaste Portes (38) que :

Lire la littérature […] c’est tenter de déchiffrer à tout instant la superposition, l’innombrable entrecroisement des signes dont elle offre le plus complet répertoire. La littérature demande en somme qu’après avoir appris à déchiffrer mécaniquement les caractères typographiques, l’on apprenne à déchiffrer l’intrication des signes dont elle est faite. Pour elle, il existe un second analphabétisme qu’il importe de réduire.

La littérature exige donc ce que l’on pourrait appeler un "second analphabétisme": une forme avancée de lecture qui dépasse la simple « déchiffrabilité » des mots. Il s’agit d’un second degré de connaissance, par lequel l’apprenant s’initie aux règles propres à la littérature et développe la capacité, comme on le dit souvent, de "lire entre les lignes". Pour mieux expliquer, la littérature exige une forme d'initiation spécifique, au-delà de la simple capacité de lire des mots. Le "second analphabétisme" présuppose une forme de lecture plus complexe, où le lecteur doit non seulement comprendre les mots et les phrases d'un texte, mais aussi saisir des significations cachées, des sous-entendus et des nuances qui ne sont pas explicitement formulés. Cette situation implique une connaissance des règles et des codes littéraires, une sorte de savoir-faire qui permet de « lire entre les lignes. Le terme "second analphabétisme" pourrait également être interprété comme une invitation à se détacher de la simple compréhension superficielle d'un texte pour plonger dans une analyse plus profonde et plus critique, où le lecteur doit décoder des éléments implicites du texte, comme les symboles, les métaphores ou les allusions culturelles. Il s'agit d'une compétence supplémentaire qui demande une certaine expérience ou une éducation littéraire, une forme d'alphabétisation qui va au-delà de la simple capacité de déchiffrer des mots.

Dans cette optique, la littérature ne se contente pas de transmettre des informations ou de raconter une histoire, mais elle incite à une réflexion plus subtile sur le langage, la structure, le contexte et les intentions de l'auteur. Le "second analphabétisme" devient ainsi un outil nécessaire pour pleinement apprécier et comprendre la richesse des textes littéraires

Hommage à Nuno Júdice (1993), professeur à l’université de Lisbonne, conseiller culturel du Portugal à Paris, et poète, dont il importe de rappeler les idées sur la dichotomie entre langue et littérature. Dans ses réflexions, Nuno Júdice affirme que cette dichotomie est une réalité ancienne et bien connue. Il met en lumière plusieurs constats préoccupants : l’enseignement de la littérature traverse une crise profonde que nos sociétés et cultures peinent à analyser. Parmi les causes évoquées, il cite la globalisation, la médiatisation et l’émergence de contre-cultures, qui participent au malaise affectant principalement les littératures nationales. En prenant l’exemple du Portugal, il souligne qu’une polémique croissante, ces dernières années, a conduit à une remise en question des programmes d’enseignement secondaire. Selon lui, cette situation a deux conséquences majeures : d’une part, la marginalisation de la littérature, et d’autre part, la suppression du grand poème épique du XVIᵉ siècle des programmes scolaires, ce qui a renforcé la séparation entre l’étude de la langue et celle de la littérature. De cette expérience portugaise, il tire une conclusion générale : il n’est guère surprenant que les langues et littératures étrangères soient également confrontées à cette division. Il affirme ainsi :

Dans ce domaine, la littérature doit répondre à cette nécessité, notamment dans certains domaines comme le théâtre, où le Portugal est moins bien loti que la France. De plus, la littérature francophone doit trouver sa place, essentiellement dans la littérature comparée, face à une littérature lusophone bien implantée. La poésie constitue une charnière entre nos deux littératures et doit permettre de jeter des ponts entre elles. (s.p.)

L'affirmation que « La suppression du grand poème épique du XVIe siècle a créé la séparation des études de langue et de littérature » peut être justifiée à travers plusieurs éléments historiques, littéraires et culturels qu’il importe de répertorier de la manière suivante :

1. Le rôle du poème épique dans la tradition littéraire: Au XVIe siècle, le grand poème épique, héritier de l'Antiquité cf. Énéide de Virgile ou Iliade d'Homère, incarnait une forme littéraire majeure. Les poèmes épiques véhiculaient des valeurs culturelles et historiques profondes, souvent liées à la nation, à la religion et à l'héroïsme. Ces œuvres imposaient une certaine vision de la langue et de la littérature, où l'étude de la langue était indissociable de l'analyse de la structure narrative, des thèmes et des symboles littéraires.

2. La transition vers le classicisme et le déclin du poème épique: Au XVIe siècle, notamment à la Renaissance et dans le début du XVIIe siècle, on assiste à un déplacement des priorités littéraires. Si le Roman de Renart, les chansons de geste et autres formes épiques perdurent un temps, le genre épique commence à perdre de sa centralité dans le paysage littéraire européen. L’émergence de la poésie lyrique, par exemple « Mignonne, allons voir si la rose » dans les Odes de Pierre de Ronsard, « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » dans les Regrets de Joachim du Bellay, et le développement de nouveaux genres comme le théâtre classique comme Le Cid de Corneille et Phèdre de Racine contribuent à cette évolution. Le poème épique cède alors sa place à des formes littéraires plus variées, qui exigent une approche différente.

3. Il n'y avait pas une nette distinction entre l'étude de la langue et l'étude de la littérature, car la langue était perçue comme un moyen d'expression unique et noble pour la transmission de récits littéraires. Cependant, avec la disparition progressive du poème épique comme genre dominant, les études littéraires se sont diversifiées et spécialisées. À partir du XVIIe siècle, la littérature commence à se penser comme un champ autonome, distinct de l'apprentissage strictement linguistique. L'étude de la langue devient davantage centrée sur la grammaire, la syntaxe et les règles linguistiques, tandis que l’étude de la littérature s’intéresse davantage aux formes, aux genres et aux enjeux esthétiques et intellectuels des œuvres.

4. L’émergence de disciplines distinctes: Ce phénomène a conduit à la formalisation des études de la langue d’une part, et des études littéraires d’autre part. Les humanistes et les théoriciens de la Renaissance ont commencé à se concentrer sur la linguistique (comme la grammaire, le lexique, la phonétique) tout en laissant à la littérature une autonomie nouvelle. En effet, au XVIIe siècle, la littérature s'institutionnalise comme une discipline à part entière, notamment avec l'Académie française en 1635, qui se charge de la codification de la langue, tandis que la littérature, elle, se développe dans des espaces distincts tels que l'analyse des genres, des auteurs, des courants et des mouvements littéraires.

5. L’influence de l'humanisme et de la Renaissance: L'humanisme de la Renaissance a contribué à cette séparation en valorisant l’étude des textes antiques et en favorisant une approche érudite de la langue, tout en insistant sur la beauté et la créativité littéraire. La mise en avant des œuvres littéraires classiques et la distinction des genres littéraires ont permis d’établir un corpus de textes à analyser indépendamment de la langue dans laquelle ils étaient écrits.

En définitive, la perte de la prééminence du grand poème épique au profit d’autres formes littéraires a induit une réorganisation des pratiques académiques et intellectuelles. Cela a conduit, d’une part, à une spécialisation de l'étude de la langue, centrée sur la maîtrise des règles et des techniques, et d'autre part, à l'émergence des études littéraires, axées sur l'analyse des genres, des œuvres et des enjeux esthétiques. Cette transformation a été l’un des moteurs de la séparation entre les études de langue et de littérature au cours des siècles suivants.

Ne perdons pas le fil sur la recommandation pertinente de Nuno quand il suggère que « La littérature francophone doit trouver sa place, essentiellement dans la littérature comparée, face à une littérature lusophone bien implantée ». L’enseignement de la littérature doit tenir compte des apports culturels des milieux africains. En outre, les réflexions de Gianfranco Rubino sont également pertinentes à propos de la rivalité entre professeurs de langue et de littérature dans les établissements tertiaires.

Autrefois, les enseignants de langue et de littérature appartenaient à un même champ scientifique et disciplinaire, ce qui permettait une approche plus intégrée des études littéraires. Toutefois, au fil du temps, les universités ont exprimé un besoin croissant en spécialistes de la langue, notamment en raison de l’internationalisation des cursus, de la demande en communication appliquée ou encore des exigences croissantes en matière d’évaluation des compétences linguistiques. Cette évolution a engendré une certaine rivalité entre les spécialistes de langue et les enseignants de littérature, perçus parfois comme moins « utiles » dans une logique de rendement académique immédiat. Dans ce contexte, la notion de littérarité a été mobilisée pour justifier la place de la littérature dans les formations universitaires. Défendue comme un objet de savoir spécifique, doté de ses propres codes, méthodes et finalités, la littérature réclame une reconnaissance équivalente à celle de l’étude linguistique. Cependant, la répartition des horaires et des crédits, souvent en baisse, reflète une dichotomie institutionnalisée entre ces deux pôles, langue et littérature, au détriment d’une approche globale et interdisciplinaire. Ainsi, les tensions entre ces domaines ne relèvent pas uniquement de préférences pédagogiques, mais traduisent des enjeux structurels, à la fois symboliques, académiques et politiques, sur la légitimité et la place de la littérature dans l’enseignement supérieur. Par ailleurs, il convient de prendre en compte certaines disciplines comme l’anthropologie, longtemps façonnées par la tradition intellectuelle française, afin d’analyser les liens qu’elles entretiennent avec la langue et la culture littéraire françaises. Par ailleurs, il est important de souliger aussi qu’en s’appuyant sur les réflexions de Gianfranco Rubino, professeur à l’université de Rome, il apparaît que la littérature française en Italie gagnerait à être envisagée dans une perspective plus systémique de la culture. Rubino souligne que les rivalités traditionnelles entre disciplines, notamment entre langue et littérature, s’inscrivent dans un contexte culturel où les échanges et les influences croisées jouent un rôle fondamental. Adopter une approche systémique signifie ici prendre en compte non seulement les œuvres littéraires elles-mêmes, mais aussi les réseaux d’institutions éducatives, les pratiques culturelles, les politiques linguistiques et les circulations intellectuelles entre la France et l’Italie. Ce cadre permettrait de dépasser une vision cloisonnée et statique, pour reconnaître la littérature française non comme un simple corpus importé, mais comme un élément dynamique participant à une culture vivante, en interaction constante avec son contexte italien. Ainsi, loin de se limiter à une présence ponctuelle ou marginale, la littérature française pourrait renforcer sa légitimité et sa visibilité en Italie, en devenant un véritable pont interculturel, source d’enrichissement mutuel.

Conclusion

Ignorer la littérature en tant que discipline, c'est renoncer à accéder à un niveau supérieur de connaissance et accepter de rester dans une ignorance constante. Bien que la langue, en tant que connaissance de premier ordre, soit essentielle à la compréhension de la littérature, cette dernière représente un savoir complémentaire, un second niveau de connaissance. Sans exagérer l'importance du professeur de littérature, il convient de souligner que celui-ci forme les écrivains, les artistes et les poètes, qui, à leur tour, éveillent la conscience collective concernant l’histoire, la culture, la civilisation et les valeurs de leurs peuples.  

Pour garantir une formation équilibrée, les programmes devraient consacrer un temps équivalent au développement des compétences linguistiques et à l’étude approfondie de la littérature. Ces études littéraires ne doivent pas être exclusivement théoriques, mais plutôt orientées vers une approche pratique, en valorisant notamment les écrivains nationaux, afin de renforcer l’attachement des élèves à leur culture et d’enrichir leur compréhension des enjeux littéraires locaux.

C’est dans cette trajectoire d’idées que nous partageons l’avis de Nuno Júdice, qui critique vivement les méthodes traditionnelles, jugées obsolètes, dans l’enseignement de la littérature. Bien que cet enseignement ait longtemps souffert d’un excès de théorie, il est aujourd’hui essentiel de rééquilibrer l’approche en redonnant la priorité au texte. Dans ce cadre, la mobilité des enseignants et leur actualisation constante via des séjours et des échanges scientifiques jouent un rôle clé. Dans cette perspective de renouvellement des méthodes, il est pertinent de rappeler les outils que Simire Gregory Osas (2013), dans son article Les Activités Langagières et Communicatives, identifie comme essentiels pour un enseignement du français modernisé. Parmi ces propositions, il cite Virginie Mège, qui recommande d’intégrer dans les pratiques pédagogiques des supports contemporains comme le « SMS » ou les « messages sur messagerie mobile (MSM) », afin d’établir un pont entre les pratiques scripturales classiques (comme la lettre de Madame de Sévigné) et les formes actuelles de communication. Une telle approche permet non seulement de développer des compétences langagières ancrées dans le quotidien, mais aussi d’offrir un regard plus large sur l’évolution des supports de l’écriture et de la transmission culturelle. Ainsi, défendre la place de la littérature, c’est à la fois préserver un héritage et répondre aux défis pédagogiques d’aujourd’hui. C’est aussi reconnaître la richesse d’un enseignement qui, au-delà des mots, forme des lecteurs capables de lire entre les lignes et de penser librement.



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(site consulté en juin 2024)

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