Cite this article as: Umana, B., Umoh, D. E., & Nyah, P. (2026). Le discoursféministe dans Les espoirs perdus d'UnimnaAngrey. Sokoto Journal of Linguistics and Communication Studies (SOJOLICS), 2(2), 337-346. https://doi.org/10.36349/sojolics.2026.v02i02.031
By
Boniface Umana, PPh. D
Department of Foreign Languages
University of Uyo
08034823196
bonifaceumana@gmail.com
&
Daniel EffiongUmoh, Ph. D
Department of Foreign Languages
University of Uyo
&
Peter Nyah, Ph. D
Department of Foreign Languages
University of Uyo
Résumé
La
femme occupe une place prépondérante dans lasociété, qu’elle soit
traditionnelle ou moderne. Sa contributiondans le domaine littéraire, au
développement politique, économique et socialn’est plus àdémontrer.Hormis son
rôle de mère, la femme est également une promotrice de valeurs familiales et
une actrice dudéveloppement social. Malgré ses multiples contributions, elle
reste toujours marginalisée,abusée et reléguée au second plan. C’est pourquoi
elle ne cesse de se battre pour revendiquer ses droits.Dans une société
fortement patriarcalecomme la nôtre,la femme continue à faire face aux
pratiques traditionnelles régressivesauxquelles elle est assujettie par
l’homme.La problématique qui se pose ici est que,malgrél’essor de la
littérature dite féministe, la femme continue de subir le poids des pratiques
sexistes.Le discoursféministe devient alors cette tribune qui permet aux femmes
de faire entendre leur voix.Plusieurs écrivains, hommes comme femmes, ont fait
dans leurs œuvres le procès des traitements inhumains et sexistes que subissent
les femmes.Angrey dans les Espoirs perduss’érige en ardentdéfenseur de la
femmeopprimée à travers le discours féministe incarné par Amerang et contre
d’autres formes d’injustices dont sont victimes les femmes. Cette étude adopte
la théorie du féminismelibéral pour mettre en lumière la situation déplorable
que traverse la femme africaine.Notreméthodologie consiste à analyser notre
corpus (les espoirs perdus) pour faire ressortir les facteurs qui empêchent
l’émancipation de la femme. L’objectif de notre étude est de montrer que la
femme se cherche toujours une place dans la société tout en critiquant certains
maux auxquels elle estconfrontée. Notre étude montre que la condition de la
femme n’a vraiment pas évoluéet recommande une sensibilisation plus accrue du
public sur la nécessité de promouvoirdavantageles droits de la femme.
Mots-clés: discours féministe,littérature, féminisme, société,
émancipation
Abstract
A woman occupies an important place in the society be
it traditional or modern. Her contribution to literature, economy and the
socio-political development of the societycannot be overemphasized.Apart from
being a mother, she is also contributing to the development of the society.
However,she is still facing marginalisation and neglect when it comes to
decision-making. In a largely patriarchal society like ours, women are still
victims of harmful traditional practices. The feminist discoursetherefore
becomes a literary platform which enables women to make their voices to be
heard.Both male and female writers have discussed extensively on the plight of
women in their works. As seen in Espoirsperdus,Amerang, the protagonist,
promotes feminist discourse by criticising various forms of injustice meted out
onwomen. This paper adopts liberal feminism as theoretical framework and
examines the deplorable condition of African women.Our findings show that women
are still confronted with oppression and marginalization. The paper therefore
advocates vigoroussensitization programmeconcerning the rights of women in order
to achieve total emancipation.
Keys words: feminist discourse, literature,
feminism, society, emancipation
1.0 Introduction
La
femme est un maillon important dans le développement de la société. Elle est la
matrice de l’humanitéet contribue à la stabilité sociale.La mémoire collective
et contemporaine révèle que beaucoup de femmes grâceà leur ingénuité, ont
laissé leurs empreintes dans plusieurs sphères de la vie. Toutes ces
contributions sont le plus souvent balayées d’une main par certaines pratiques
sociales qui considèrent la femme inférieure à l’homme. Dans le contexte de la
littérature africaine, l’image de la femme a toujours été
malreprésentée,voirenégativement peinte.Au cours des dernièresdécennies, la
littérature africaine a largement été dominée par les hommes avec peu
d’attention consacréeà la femme et son émancipation. Nous comprenons pourquoi
sa condition n’a pas réellement changé car elle est toujours victime d’une
société qui accorde plus de pouvoirs à l’homme.D’aucuns l’attribuent au manque
d’intérêt des hommes en ce qui concerne le bien-être de la femme et à une
volonté pour eux de maintenir le statu quo.Les femmes africaines ont longtemps
souffert depuis des années entre les mains des hommes, comme l’a
biensoulignéEzeigbo(1994):«Gender oppression is a scourge in religion,
tradition and politics. These aspects of society have been structured and
solidified by patriarchy to marginalizewomen and silence womenwhoconstitute a
half of the humanpopulation».Cette situationdéplorable et inacceptable ne va
pas durer longtemps.Il va naitre une prise de conscience des femmes et la
montée sur la scènelittérairedes écrivainesengagées, notamment Delphine
ZangaTsongo(la vie des femmes),ThérèseKuoh-Moukoury (Rencontres
essentielles),Nafissatou Diallo (De Tilène au plateau), Mariama Bâ
(Une si longue lettre), Aminata SowFall (La Grève des Battu), Calixte
Beyala (C’est le soleil qui m’a brûlée), Flora Nwapa(Efuru) pour
ne citer que celles-là. A travers leurs œuvres engagées,elles ont réhabilité
l’image de la femme endéconstruisant les préjugéssexistes contre la femme. Nous
pouvons nous réjouir de leurs immenses contributions à l’évolution du statutde
la genteféminine, mais une questionse pose. Peut-on dire que les mentalités
sociales ont vraiment évolué ? Laréponse est malheureusementnégative. Nous
observons toujours des réticences, surtout de la part des hommes qui continuent
àreléguer la femme aux seuls rôles de cuisinières,pondeuses d’enfants et
observatrices passives du développement de la société. Le discours féministe
est une perspective littéraire dans la littérature africaine qui se situe aux
antipodes du patriarcat. Commestratégie de libération de la femme, il
s’intéresseà l’examendestextes, des paroles, des politiques et des
représentations qui visent à promouvoir l’égalité des sexes, à dénoncer les
inégalités et les oppressions subies par les femmes, dans le but de donner la
parole aux femmes et dedéfendreleurs droits. Si aujourd’hui on parle du silence
rompu et de la voile enlevée chez les femmes africaines, c’est grâce au
militantisme féministe (Bestman2010 ; Umana&Okpalaeke, 2021). C’est dans
cette perspective qu’il faut lire les Espoirs perdus d’UnimnaAngrey,
une pièce qui met en lumière la situation délicate dans laquelle se
trouveAmerang entre les mains de son père. La posture et la détermination
d’Amerangsymbolisent le courage d’une jeune qui veut mettre fin aux traditions
patriarcalesnégatives. C’est également un cri d’alarme lancé aux pouvoirs
publics sur la nécessité de protéger les droits des femmes.
1.1 Revue de la littérature
Le
discours féministe comme tendance littérairea vu le jour suite à la prise de
conscience des femmes sur leur situation déplorable dans la société. C’est un
discours de protestation contre les abus que subissent les femmes dans la
société.Ce discours prend en compte les écrits, les paroles déployées par les
femmes ainsi que quelques hommes, sympathisants de la cause des femmes pour
l’émancipation féminine. Quelques points forts du discoursféministe sont la
critique du patriarcat, la promotion de l’égalité des sexes et la
reconnaissance des droits et des intérêts des femmes. Le discours féministe est
un discours militant et engagé comme le souligne Mbuko :la femme est aussi
consciencieuse et intelligente que l’homme. Les femmes sont également douées de
capacités extraordinaires pour mobiliser les gens contre les maux de la société. (2001).Simone de Beauvoir (le Deuxième
sexe),ShulamithFirestone (la Dialectique du sexe),Monique
Wittig (lesGuèrillères), Julia Kristeva (Révolution du langage),
Bell Hooks (le Féminisme au-delà des illusions) ont beaucoup
contribué dans l’élaboration du discours féministe occidental. Leurs œuvres ont
eu une influence considérable sur les romancières africaines surtout dans la
prolifération des œuvres à tendances féministes. Les femmes ont longtemps été
marginalisées d’une manière ou d’une autre dans la littérature africaine. Avant
les indépendances des pays africains, c’était presque impossible de voir les
femmes écrivainesnégro-africaines d’expression française. L’année
1975,consacréeannée internationale de la femme par l’ONU, est importante dans
la mesure où elle marque le début d’une production d’œuvres féministes.
Le
féminisme en tant que perspectivelittéraire, s’est développé un peu plus tard
en Afrique à cause des pratiques traditionnelles oppressives et le manque
d’accès à l’éducation pour les femmes. Le féminisme refuse les traits
oppressifs er dominants des hommes dans la société. En Afrique,il est important
de noter quele champlittéraire francophone a longtemps été dominé par les
hommes. Même lorsque la Camerounaise ThérèseKouohMoukoury publie Rencontres
essentielles, premier roman écrit par une femme,les critiques littéraires
ne lui accordent aucune attention (Umoh, 2023).Comme l’observe Ndinda (1994):
Au contexte socio-politique fraichement acquis, par
conséquent, l’horizond’attente du public camerounais était orienté vers des
ouvrages s’intéressant àl’histoire se déroulant immédiatement avant ou après
les indépendances. Un roman posant les problèmes d’une femme qui lutte pour
sauvegarderson foyer n’attirait pas les faveurs des critiques.Les
Camerounais,confrontésau nationalisme,reléguaient les problèmes de la femme au
second plan. En bref, Rencontres essentielles a presque
étéignoré par le public.
Le
manque d’accès de la femme à l’éducation formelle est également un facteur qui
explique cette absence.Au fil des années, les femmes africaines ont été
instruites, ce qui leur a permis de faire entendre leur voix contre les
injustices à leur encontre.D’aprèsOkereke (1991):
The social and literary subjugation and
marginalization of women gave female writers the initial impetus to write. Just
as Achebe wrote in the eye of the colonialist, the westerner, so too, the
African woman writerwrites to correct the image of the woman in the eyes of the
male and the patriarchal society.
Le
féminisme est un mouvementlittéraire qui prend en compte les problèmes auxquels
sont confrontées les femmes, promeut leurs droits et garantit leur
émancipation. Ce mouvement peut adopter diverses perspectives (Motherism,
Stiwanism,Womanism, féminitude, etc.). Toujours est-il que le dénominateur
commun reste la valorisation de la femme et la lutte contre certaines pratiques
discriminatoires (Ukweze&Umoh, 2025). Le féminisme africain se distingue du
féminisme occidental, car il prend en compte les contextes culturels,
historiques et sociaux spécifiques à l’Afrique.Lesromancières africaines sont
le plus souvent assimiléesà des féministes car leur objectif premier est de
défendre les femmes et de valoriser leurs droits.L’écriture féministe est le
plus souvent synonyme de féminisme, comme le souligne Rosenfelt (1991) :
Feminine novels take their textual life from an
encoding of the dynamics of women’s oppression and women resistance. Feminist
novels privilege women’s bonding and female friendship,reject,marginalizedor
subvert heterosexual love and passion and interrogate family and motherhood.
Their characteristic tone compounds rage at women oppression and revolutionary
optimism.
Selon
Hennessy & Mohan (1994):
A discourse that critiques hegemonic constructions of
women as asocial subject advances an understanding of the historical factors
that necessitate these constructions and the interests they serve, and in doing
so seek to end the self-perpetuating circuit of relations thatalienate women
from their labour, their sexuality, and their comrades in struggle.
Madunagu (2002) souligneque: To be a feminist is to
want for all people, female and male,liberation from sexist role patterns, from
sexist discrimination and from sexist oppression.La littérature comme moyen d’expression a
permis aux femmes africaines de revendiquer leurs droits. D’ailleurs, plusieurs
œuvres féministes abondent dans ce sens.La romancière sénégalaise Mariama Bâ
dans Une si longue lettre (1980) et Unchant écarlate (1980),
fustige la polygamie, la religion (Islam) etla chosification de la femme.
Sembene dans Xala (1973) critique la domination masculine et
la polygamie. ElHadjiKaberBèye, un riche homme d’affaires polygame, décide de
prendre une troisièmeépousemalgré l’opposition de sa premièreépouse, Awa.Cette
dernièreau lieu de s’offusquer, décide d’y rester à cause de sa foi musulmane.
Henri Lopes dans la Nouvelle romance s’intéresse à la cause de
la femme africaine en critiquant tous les actes exploitables qu’on veut mettre
sur elle. Wali, l’héroïne interdit avec véhémenceà son mari de prendre une
deuxièmeépouse : « si c’est cela que tu as en tête, je dis tout de suite non !
Non ! Jamais, je serai la seule femme chez toi »(p.61). Pour Lopes, l’heure est
venue pour que la femme africaine évolue et apporte sa contribution sociale et
non de la considérer comme un objet de plaisirpour l’homme. Dans les
Bouts debois de dieu, nous voyons le rôle significatif que joue la
femme dans la société.Sonrôle a été déterminant dans la grève des cheminots.La
parole aux négresses d’Awa Thiam est un appel à l’action pour les
femmes africaines, dénonçant les pratiques traditionnelles qui les
oppriment.Les femmes ont réagispontanément et ensemble pour mettre fin à
l’exploitation de leurs maris. Cette fierté militante et solidaire des femmes
montre à quel point les femmes représentent un maillon essentiel de la société.
2.0 Méthodologie de l’étude
On
ne peut mener une étude comme celle-ci que dans un corpus précis. LesEspoirsperdus est
à la fois une pièce contemporaine et s’insère parfaitement dans le sillagedu
discours féministe.Par ailleurs, une étude comme la nôtre se propose également
de consulter les ouvrages féministes et leurs contributions dans la promotion
des droits des femmes et leur émancipation du phallocentrisme.
3.0 Cadre théorique
Le
féminismelibéral est une variante du féminisme qui met l’accent sur l’égalité
entre hommes et femmes. Ce féminismeest né sous l’impulsion de Mary
Wollstonecraft, John Stuart Mill et Simone de Beauvoir. Pour le
féminismelibéral, ce ne sont pas les hommes ou le capitalisme qui sont le
problème, mais les lois discriminatoires, les préjugés et l’accès aux
opportunités. Pour le féminismelibéral, la clé de l’émancipation, c’est
l’égalité juridique et l’accès aux mêmesopportunités.
4.0 Présentation et analyse des données
Les Espoirs Perdus est une pièce de théâtreécrite par
l’écrivain, dramaturge, poète et critique littéraire UninmaAngrey. Elle est
repartie en onze mouvements riches en humour, suspense et lueur d’espoir.C’est
le reflet de lasociété contemporaine où le goût excessif de l’argent et du
matérialisme sont des éléments destructeurs de la cohésion
familiale.ChiefOyishuo, adjoint au secrétaire permanent, rend visite à Pa Abua,
le géniteur du protagoniste Amerang.Pa Abua est très surpris de cette visiteet
veut s’enquérir du motif.Après quelques amitiés, le fonctionnaire de l’État
l’informe de sa décision de demander la main d’Amerang en mariage.Avant son
départ, ChiefOyishuo remet des billets de banqueà Pa Abua et lui fait d’autres
promesses alléchantes une fois que le mariage sera conclu.Pour Pa Abua, c’est
le beau-fils qu’il lui faut et une occasion en or de se faire beaucoup d’argent
etse faire construire enfin une belle villa. La proposition de ChiefOyishuo ne
plait pas à sa femme Ma Abua qui insiste que la décision finale d’accepter
cette proposition de mariage revient à Amerang.La discussion entre Pa Abua et
Amerangtourne àune confrontation car Amerangrejette la proposition de mariage.
Malgré les pressions faites par son père qui voudrait l’utiliser pour se faire
une fortune, Amerang est déterminée àépouserOwong, l’amour de sa vie. Pour
sauver leur amour, Amerangdécide de présenter son fiancé Owong à son père, mais
Pa Abua insiste qu’Amerang n’épousera jamais Owong. Alors que tout espoir de
mariage entre Amerang et Owong semblait impossible, un coup de théâtre va se
produire. Le fonctionnaire ChiefOyishuo sera arrêté pour corruption déclenchant
un mea culpa chez Pa Abua. Il prendra la décision que dorénavant, il laissera
la libertéà ses enfants de choisir leurs conjoints.
5.0 Discussion des résultats
Comme
nous l’avions souligné dans les pages précédentes, la situation de la femme
reste déplorable et suscite toujours des interrogations dans la société
contemporaine. Malgré les efforts abattus sur le plan littéraire par certains
écrivains, elle continue de subir le diktat des hommes et les traditions
misogynes. Le discours féministe devient alors cette arme littéraire pour la
libération et l’émancipation de la femme. Le discours féministe s’attaque au
patriarcat pour donner la parole aux femmes.La femme ne peut pas continuer à
subir les traitements injustes des hommes alors qu’elles contribuent énormément
au développement de la société. Ce discours féministeest bien illustré par le
biais d’Amerang,leprotagoniste qui se bat contre l’imposition d’un conjoint par
son père. On peut dégagerquelques aspects du discoursféministe dans la pièce Lesespoirs
perdus.
6.0 Liberté de choix d’un conjoint
Le
mariage est tout d’abord uneinstitution divine. Elle est également sociale et
très respectée dans les sociétés africaines.Dans les traditions africaines, une
personne qui n’est pas mariée se voit rarement attribuer des responsabilités
car la communauté estime qu’elle n’a pas la capacité de diriger les autres. En
Afrique, le mariage en tant qu’institution sociale reste une affaire complexe
et bien ancrée dans les traditions ancestrales puisqu’il a pour but d’unir des
familles et de promouvoir la cohésion sociale. De nos jours,avoir un conjoint
ne veut pas dire que la relation aboutira au mariage. L’opinion des parents
reste un facteur important avant que le mariagene soitscellé. Avec l’évolution
de nos sociétés traditionnelles et les influences extérieures, le mariage en
tant qu’institution sociale bien respectée a perdu sa valeur à cause de la
cupidité de certains parents qui veulent à tout prix se servir de leurs enfants
comme moyen d’enrichissement. Le fiancé d’Amerangaunom d’Owongest un jeune
étudiant avec un avenir prometteur, mais le fait qu’il soitissu d’un pauvre ne
plait pas du tout àPaAbua. Quoique Amerangsoit encore élève, nous remarquons
qu’elle n’est pas libre de choisirlibrement l’amour de sa vie. Cette absence de
liberté dans le choix d’un conjoint va à l’encontre des principes du discours
féministe. L’attitude de Pa Abua est fustigée par sa femme, ce qui est une
preuve de plus que l’opinion de la femme ne compte pas à proposdu mariage. Elle
ne partage pas l’opinion unilatéralede son père dans une affaire qui la
concerne personnellement. Elle pense que la décision finale est individuelle
puisque la société a évolué et les mentalités ne sont plus les mêmes. La
décision de Ma Abuarejoint les principes du discours féministe.Quand son mari
lui apprend que ChiefOyishuo veut épouser Amerang, elle prend du recul et
adopte une posture féministe:
Je
te comprends maintenant.Mais si tu veux mon avis dans toutecettehistoire, je
pense qu’il ne revient qu’à notre fille de décider de qui elle veut pour mari.
Parles donc à Amerang toi-même. La société d’aujourd’hui n’est pas celle
d’hier. (P.11)
Par
ailleurs, le discours féministeest contre le mariage forcé et revendique la
liberté de choix. Amerang rejette le choix du conjoint que veut lui imposer son
père. Elle est d’avis que le choix d’un conjoint est une affaire personnelle et
non des parents seulement. Lors de la discussion avec son père sur le
soi-disant mariage àChiefOyishuo, Amerang refuse catégoriquement de se plier à
la décision de son géniteur. Ce refus n’est pas une désapprobation du rôle
important que jouent les parents concernant le mariage, mais elle estime que la
société a évolué et que la décision des enfants doit égalementêtre prise en
compte. D’où cette question à son père :comment peut-on décider d’un mariage
qui me concerne à mon insu.Ne peut-on pas me demander mon avis là-dessus ? (p.23).
Osapi la sœur ainéeest une défenseuse du discours féministe, surtout dans sa
réplique envers son père:
Mon père, les temps ont bel et bien évolué. De nos jours,
les filles doivent se sentir libres de se choisir un mari, un homme qui leur
plait.(p.24)
De
ce qui précède, nous remarquons que la volonté de Pa Abua d’imposer un conjoint
à sa fille est sévèrement critiquée. Le choix d’un conjoint doit être basé sur
l’amour et non sur la force. Amerang et sa sœur aînéereprésentent la jeune
génération qui prône le changement alors que Pa Abua symbolise l’ancienne
génération déterminée à maintenir le statu quo. Les deux camps ont des opinions
différentes sur le mariage.
6.1 La primauté de l’amour sur l’argent
Nous
vivons actuellement dans un monde où le goût de l’argent et l’amour dumatériel
ont pris le dessus sur les valeurs éthiques. Autrefois, certains critères dans
le choix d’un conjoint incluaient la moralité,le respect des anciens et surtout
le sens du travail. C’est pourquoi, le plus grand chasseur ou planteur était
considéré comme le mari idéal par les jeunes filles de la communauté. De nos
jours, les choses ont changé et l’accent est désormais mis sur l’argent. La
famille de Pa Abua est le prototype de la famille africaine contemporaine où le
mariage a perdu son sens premier, c’est-à-direunir des familles et des
communautés pour devenir un moyen d’enrichissement et une échappatoire contre
la pauvreté.L’argent joue certes un rôle important dans le confort et le
bien-être de la famille mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’amour.
Le discours féministe est contre la chosification de la femmeet contredit
l’attitude dePa Abuaqui veut vendre aux enchèressa fille Amerang au
fonctionnaire ChiefOyishuo. Heureusement qu’Amerang privilégie le bonheur au
détriment de l’argent comme nous le constatons dans sa réplique : Je tiens à
l’épouser malgré sa pauvreté. Je cherche moins de l’argent que le bonheur dans
le mariage (p.26).
6.2 Le droit à l’éducation
L’éducation
de la femme est très importante dans la société. Autrefois, son rôle de la
femme se limitait uniquement à la cuisine et la production des enfants. Grâce
aux efforts des romancières africaines, le rôle de la femme a évolué et elle a
pris conscience qu’elle regorgeait des qualités exceptionnelles. L’accès des
femmes à l’éducation formelle leur a permis de faire valoir leurs potentialités
et contribuer au développement de la société. L’éducation de la femme lui
permet de prendre le contrôle de sa vie et faire des choix éclairés. Le slogan
selon laquelle éduqué une femme c’est éduqué toute une nation montre
l’importance de l’éducation de la femme dans la société. Aussi, une femme
éduquée est plus susceptibles de participer au marché du travail et de
contribuer à la croissance économique. La femme africaine a fait ses marques
dans le secteur politique, économique et social. Si aujourd’hui nous avons des
femmes présidentes, directrices d’entreprises, sénatriceset députés, c’est
parce qu’elles ont pris conscience de leurs atouts intrinsèques. Une question
subsiste encore : Peut-on vraiment dire que toutes les femmes ont accèsà
l’éducation ? La réponse est surement non, à cause de la société hautement
patriarcale et le poids des traditions. Certains hommes continuent de perpétuer
cette idée selon laquelle que l’éducation de la jeune fille est une perte de temps
et qu’une fois mariée, elle portera le nom d’un autre homme. Ce qu’ils
oublient, c’est qu’éduquerune femme, c’est éduquer la société entière. Une
femme éduquée participe à la stabilité de la famille et de la société puisque
c’est elle qui donne les premièresleçons de moralitéà l’enfant. Amerangdans les
Espoirs perdusest une ardente promotrice de l’éducation de la femme. Elle
ne sous-estime pas l’importance du mariage mais privilégie au premier plan son
avenir. Amerangvéhicule un des principes clés du discours féministe, comme nous
le voyons dans cette réplique à son père :
Papa, tu sais bien que je ne peux pas te désobéir, mais
sur ce point, je dois dire que je ne suis pas prête pour le mariage. J’aimerais
d’abord terminer mes études secondaires et puis aller à l’université pour
décrocher une licence en droit (p. 16).
6.3 Privation d’opinion et patriarcat
Le
patriarcat est un système culturel dans lequel les hommes détiennent l’autorité
et le pouvoir, tandis que les femmes sont souvent soumises à des rôles et des
attentes spécifiques qui limitent leur autonomie et leurs opportunités. L’une
des caractéristiques du patriarcat est la domination masculine. La société
africaine n’accorde aucun respect à l’opinion de la femme. Cette dernière est
toujours considérée comme une spectatrice même dans la prise de décisions qui
la concernent. Ce choix délibéré des hommes à perpétuer leur domination sur les
femmes se voit dans l’attitude de Pa Abua. Il impose carrément le choix d’un
conjoint à Amerang sans se soucier de l’avenir et du bien-être de sa fille : «
Depuis quand les femmes ont-elles un mot à dire dans des affaires pareilles ?
Il appartient à moi, en tant que père, de savoir ce qui est bon pour mes filles
»(p.23). Amerang dans les Espoirs perdus n’est pas libre de
choisir un conjoint à cause du patriarcat en place :
Sacrilège ! D’accord, je vous ai fait appeler pour vous
communiquer ma décision et non pas pour vous demander votre avis. Elle doit
épouser le chef parce que je l’exige. C’est décidé (p.24).
7.0 Conclusion
Cette
communication nous a permis de mettre une fois encore en exergue la situation
déplorable de la femme africaine. La lutte pour l’émancipation et la libération
de la femme reste un travail de longue haleine. Beaucoup d’efforts ont été
accomplis grâce aux romancières et à des organisations de défense des droits de
la femme. La promotion des droits de la femme doit être prise au sérieux par
les Etats africains ainsi que sur la scène internationale.Il est important de
promouvoir l’éducation de la femme ainsi que la sensibilisation aux droits de
la femme. De même, les femmes doivent participerdavantageà la vie politique en
leur accordant plus de représentations dans les organes législatifs. En fin de
compte, les normes sociales doivent évoluer et cela passe par la fin du
patriarcat et les pratiques sexistes vis-à-vis des femmes.
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