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Le Discours feministe dans lesEspoirs perdus d’UnimnaAngrey

Cite this article as: Umana, B., Umoh, D. E., & Nyah, P. (2026). Le discoursféministe dans Les espoirs perdus d'UnimnaAngrey. Sokoto Journal of Linguistics and Communication Studies (SOJOLICS), 2(2), 337-346. https://doi.org/10.36349/sojolics.2026.v02i02.031

By

Boniface Umana, PPh. D

Department of Foreign Languages

University of Uyo

08034823196

bonifaceumana@gmail.com

&

Daniel EffiongUmoh, Ph. D

Department of Foreign Languages

University of Uyo

&

Peter Nyah, Ph. D

Department of Foreign Languages

University of Uyo

Résumé

La femme occupe une place prépondérante dans lasociété, qu’elle soit traditionnelle ou moderne. Sa contributiondans le domaine littéraire, au développement politique, économique et socialn’est plus àdémontrer.Hormis son rôle de mère, la femme est également une promotrice de valeurs familiales et une actrice dudéveloppement social. Malgré ses multiples contributions, elle reste toujours marginalisée,abusée et reléguée au second plan. C’est pourquoi elle ne cesse de se battre pour revendiquer ses droits.Dans une société fortement patriarcalecomme la nôtre,la femme continue à faire face aux pratiques traditionnelles régressivesauxquelles elle est assujettie par l’homme.La problématique qui se pose ici est que,malgrél’essor de la littérature dite féministe, la femme continue de subir le poids des pratiques sexistes.Le discoursféministe devient alors cette tribune qui permet aux femmes de faire entendre leur voix.Plusieurs écrivains, hommes comme femmes, ont fait dans leurs œuvres le procès des traitements inhumains et sexistes que subissent les femmes.Angrey dans les Espoirs perduss’érige en ardentdéfenseur de la femmeopprimée à travers le discours féministe incarné par Amerang et contre d’autres formes d’injustices dont sont victimes les femmes. Cette étude adopte la théorie du féminismelibéral pour mettre en lumière la situation déplorable que traverse la femme africaine.Notreméthodologie consiste à analyser notre corpus (les espoirs perdus) pour faire ressortir les facteurs qui empêchent l’émancipation de la femme. L’objectif de notre étude est de montrer que la femme se cherche toujours une place dans la société tout en critiquant certains maux auxquels elle estconfrontée. Notre étude montre que la condition de la femme n’a vraiment pas évoluéet recommande une sensibilisation plus accrue du public sur la nécessité de promouvoirdavantageles droits de la femme.

Mots-clés: discours féministe,littérature, féminisme, société, émancipation

Abstract

A woman occupies an important place in the society be it traditional or modern. Her contribution to literature, economy and the socio-political development of the societycannot be overemphasized.Apart from being a mother, she is also contributing to the development of the society. However,she is still facing marginalisation and neglect when it comes to decision-making. In a largely patriarchal society like ours, women are still victims of harmful traditional practices. The feminist discoursetherefore becomes a literary platform which enables women to make their voices to be heard.Both male and female writers have discussed extensively on the plight of women in their works. As seen in Espoirsperdus,Amerang, the protagonist, promotes feminist discourse by criticising various forms of injustice meted out onwomen. This paper adopts liberal feminism as theoretical framework and examines the deplorable condition of African women.Our findings show that women are still confronted with oppression and marginalization. The paper therefore advocates vigoroussensitization programmeconcerning the rights of women in order to achieve total emancipation.

Keys words: feminist discourse, literature, feminism, society, emancipation

1.0 Introduction

La femme est un maillon important dans le développement de la société. Elle est la matrice de l’humanitéet contribue à la stabilité sociale.La mémoire collective et contemporaine révèle que beaucoup de femmes grâceà leur ingénuité, ont laissé leurs empreintes dans plusieurs sphères de la vie. Toutes ces contributions sont le plus souvent balayées d’une main par certaines pratiques sociales qui considèrent la femme inférieure à l’homme. Dans le contexte de la littérature africaine, l’image de la femme a toujours été malreprésentée,voirenégativement peinte.Au cours des dernièresdécennies, la littérature africaine a largement été dominée par les hommes avec peu d’attention consacréeà la femme et son émancipation. Nous comprenons pourquoi sa condition n’a pas réellement changé car elle est toujours victime d’une société qui accorde plus de pouvoirs à l’homme.D’aucuns l’attribuent au manque d’intérêt des hommes en ce qui concerne le bien-être de la femme et à une volonté pour eux de maintenir le statu quo.Les femmes africaines ont longtemps souffert depuis des années entre les mains des hommes, comme l’a biensoulignéEzeigbo(1994):«Gender oppression is a scourge in religion, tradition and politics. These aspects of society have been structured and solidified by patriarchy to marginalizewomen and silence womenwhoconstitute a half of the humanpopulation».Cette situationdéplorable et inacceptable ne va pas durer longtemps.Il va naitre une prise de conscience des femmes et la montée sur la scènelittérairedes écrivainesengagées, notamment Delphine ZangaTsongo(la vie des femmes),ThérèseKuoh-Moukoury (Rencontres essentielles),Nafissatou Diallo (De Tilène au plateau), Mariama Bâ (Une si longue lettre), Aminata SowFall (La Grève des Battu), Calixte Beyala (C’est le soleil qui m’a brûlée), Flora Nwapa(Efuru) pour ne citer que celles-là. A travers leurs œuvres engagées,elles ont réhabilité l’image de la femme endéconstruisant les préjugéssexistes contre la femme. Nous pouvons nous réjouir de leurs immenses contributions à l’évolution du statutde la genteféminine, mais une questionse pose. Peut-on dire que les mentalités sociales ont vraiment évolué ? Laréponse est malheureusementnégative. Nous observons toujours des réticences, surtout de la part des hommes qui continuent àreléguer la femme aux seuls rôles de cuisinières,pondeuses d’enfants et observatrices passives du développement de la société. Le discours féministe est une perspective littéraire dans la littérature africaine qui se situe aux antipodes du patriarcat. Commestratégie de libération de la femme, il s’intéresseà l’examendestextes, des paroles, des politiques et des représentations qui visent à promouvoir l’égalité des sexes, à dénoncer les inégalités et les oppressions subies par les femmes, dans le but de donner la parole aux femmes et dedéfendreleurs droits. Si aujourd’hui on parle du silence rompu et de la voile enlevée chez les femmes africaines, c’est grâce au militantisme féministe (Bestman2010 ; Umana&Okpalaeke, 2021). C’est dans cette perspective qu’il faut lire les Espoirs perdus d’UnimnaAngrey, une pièce qui met en lumière la situation délicate dans laquelle se trouveAmerang entre les mains de son père. La posture et la détermination d’Amerangsymbolisent le courage d’une jeune qui veut mettre fin aux traditions patriarcalesnégatives. C’est également un cri d’alarme lancé aux pouvoirs publics sur la nécessité de protéger les droits des femmes.

1.1 Revue de la littérature

Le discours féministe comme tendance littérairea vu le jour suite à la prise de conscience des femmes sur leur situation déplorable dans la société. C’est un discours de protestation contre les abus que subissent les femmes dans la société.Ce discours prend en compte les écrits, les paroles déployées par les femmes ainsi que quelques hommes, sympathisants de la cause des femmes pour l’émancipation féminine. Quelques points forts du discoursféministe sont la critique du patriarcat, la promotion de l’égalité des sexes et la reconnaissance des droits et des intérêts des femmes. Le discours féministe est un discours militant et engagé comme le souligne Mbuko :la femme est aussi consciencieuse et intelligente que l’homme. Les femmes sont également douées de capacités extraordinaires pour mobiliser les gens contre les maux de la société. (2001).Simone de Beauvoir (le Deuxième sexe),ShulamithFirestone (la Dialectique du sexe),Monique Wittig (lesGuèrillères), Julia Kristeva (Révolution du langage), Bell Hooks (le Féminisme au-delà des illusions) ont beaucoup contribué dans l’élaboration du discours féministe occidental. Leurs œuvres ont eu une influence considérable sur les romancières africaines surtout dans la prolifération des œuvres à tendances féministes. Les femmes ont longtemps été marginalisées d’une manière ou d’une autre dans la littérature africaine. Avant les indépendances des pays africains, c’était presque impossible de voir les femmes écrivainesnégro-africaines d’expression française. L’année 1975,consacréeannée internationale de la femme par l’ONU, est importante dans la mesure où elle marque le début d’une production d’œuvres féministes.

Le féminisme en tant que perspectivelittéraire, s’est développé un peu plus tard en Afrique à cause des pratiques traditionnelles oppressives et le manque d’accès à l’éducation pour les femmes. Le féminisme refuse les traits oppressifs er dominants des hommes dans la société. En Afrique,il est important de noter quele champlittéraire francophone a longtemps été dominé par les hommes. Même lorsque la Camerounaise ThérèseKouohMoukoury publie Rencontres essentielles, premier roman écrit par une femme,les critiques littéraires ne lui accordent aucune attention (Umoh, 2023).Comme l’observe Ndinda (1994):

Au contexte socio-politique fraichement acquis, par conséquent, l’horizond’attente du public camerounais était orienté vers des ouvrages s’intéressant àl’histoire se déroulant immédiatement avant ou après les indépendances. Un roman posant les problèmes d’une femme qui lutte pour sauvegarderson foyer n’attirait pas les faveurs des critiques.Les Camerounais,confrontésau nationalisme,reléguaient les problèmes de la femme au second plan. En bref, Rencontres essentielles a presque étéignoré par le public.

Le manque d’accès de la femme à l’éducation formelle est également un facteur qui explique cette absence.Au fil des années, les femmes africaines ont été instruites, ce qui leur a permis de faire entendre leur voix contre les injustices à leur encontre.D’aprèsOkereke (1991)­:

The social and literary subjugation and marginalization of women gave female writers the initial impetus to write. Just as Achebe wrote in the eye of the colonialist, the westerner, so too, the African woman writerwrites to correct the image of the woman in the eyes of the male and the patriarchal society.

Le féminisme est un mouvementlittéraire qui prend en compte les problèmes auxquels sont confrontées les femmes, promeut leurs droits et garantit leur émancipation. Ce mouvement peut adopter diverses perspectives (Motherism, Stiwanism,Womanism, féminitude, etc.). Toujours est-il que le dénominateur commun reste la valorisation de la femme et la lutte contre certaines pratiques discriminatoires (Ukweze&Umoh, 2025). Le féminisme africain se distingue du féminisme occidental, car il prend en compte les contextes culturels, historiques et sociaux spécifiques à l’Afrique.Lesromancières africaines sont le plus souvent assimiléesà des féministes car leur objectif premier est de défendre les femmes et de valoriser leurs droits.L’écriture féministe est le plus souvent synonyme de féminisme, comme le souligne Rosenfelt (1991) :

Feminine novels take their textual life from an encoding of the dynamics of women’s oppression and women resistance. Feminist novels privilege women’s bonding and female friendship,reject,marginalizedor subvert heterosexual love and passion and interrogate family and motherhood. Their characteristic tone compounds rage at women oppression and revolutionary optimism.

Selon Hennessy & Mohan (1994):

A discourse that critiques hegemonic constructions of women as asocial subject advances an understanding of the historical factors that necessitate these constructions and the interests they serve, and in doing so seek to end the self-perpetuating circuit of relations thatalienate women from their labour, their sexuality, and their comrades in struggle.

Madunagu (2002) souligneque: To be a feminist is to want for all people, female and male,liberation from sexist role patterns, from sexist discrimination and from sexist oppression.La littérature comme moyen d’expression a permis aux femmes africaines de revendiquer leurs droits. D’ailleurs, plusieurs œuvres féministes abondent dans ce sens.La romancière sénégalaise Mariama Bâ dans Une si longue lettre (1980) et Unchant écarlate (1980), fustige la polygamie, la religion (Islam) etla chosification de la femme. Sembene dans Xala (1973) critique la domination masculine et la polygamie. ElHadjiKaberBèye, un riche homme d’affaires polygame, décide de prendre une troisièmeépousemalgré l’opposition de sa premièreépouse, Awa.Cette dernièreau lieu de s’offusquer, décide d’y rester à cause de sa foi musulmane. Henri Lopes dans la Nouvelle romance s’intéresse à la cause de la femme africaine en critiquant tous les actes exploitables qu’on veut mettre sur elle. Wali, l’héroïne interdit avec véhémenceà son mari de prendre une deuxièmeépouse : « si c’est cela que tu as en tête, je dis tout de suite non ! Non ! Jamais, je serai la seule femme chez toi »(p.61). Pour Lopes, l’heure est venue pour que la femme africaine évolue et apporte sa contribution sociale et non de la considérer comme un objet de plaisirpour l’homme. Dans les Bouts debois de dieu, nous voyons le rôle significatif que joue la femme dans la société.Sonrôle a été déterminant dans la grève des cheminots.La parole aux négresses d’Awa Thiam est un appel à l’action pour les femmes africaines, dénonçant les pratiques traditionnelles qui les oppriment.Les femmes ont réagispontanément et ensemble pour mettre fin à l’exploitation de leurs maris. Cette fierté militante et solidaire des femmes montre à quel point les femmes représentent un maillon essentiel de la société.

2.0 Méthodologie de l’étude

On ne peut mener une étude comme celle-ci que dans un corpus précis. LesEspoirsperdus est à la fois une pièce contemporaine et s’insère parfaitement dans le sillagedu discours féministe.Par ailleurs, une étude comme la nôtre se propose également de consulter les ouvrages féministes et leurs contributions dans la promotion des droits des femmes et leur émancipation du phallocentrisme.

3.0 Cadre théorique

Le féminismelibéral est une variante du féminisme qui met l’accent sur l’égalité entre hommes et femmes. Ce féminismeest né sous l’impulsion de Mary Wollstonecraft, John Stuart Mill et Simone de Beauvoir. Pour le féminismelibéral, ce ne sont pas les hommes ou le capitalisme qui sont le problème, mais les lois discriminatoires, les préjugés et l’accès aux opportunités. Pour le féminismelibéral, la clé de l’émancipation, c’est l’égalité juridique et l’accès aux mêmesopportunités.

4.0 Présentation et analyse des données

Les Espoirs Perdus est une pièce de théâtreécrite par l’écrivain, dramaturge, poète et critique littéraire UninmaAngrey. Elle est repartie en onze mouvements riches en humour, suspense et lueur d’espoir.C’est le reflet de lasociété contemporaine où le goût excessif de l’argent et du matérialisme sont des éléments destructeurs de la cohésion familiale.ChiefOyishuo, adjoint au secrétaire permanent, rend visite à Pa Abua, le géniteur du protagoniste Amerang.Pa Abua est très surpris de cette visiteet veut s’enquérir du motif.Après quelques amitiés, le fonctionnaire de l’État l’informe de sa décision de demander la main d’Amerang en mariage.Avant son départ, ChiefOyishuo remet des billets de banqueà Pa Abua et lui fait d’autres promesses alléchantes une fois que le mariage sera conclu.Pour Pa Abua, c’est le beau-fils qu’il lui faut et une occasion en or de se faire beaucoup d’argent etse faire construire enfin une belle villa. La proposition de ChiefOyishuo ne plait pas à sa femme Ma Abua qui insiste que la décision finale d’accepter cette proposition de mariage revient à Amerang.La discussion entre Pa Abua et Amerangtourne àune confrontation car Amerangrejette la proposition de mariage. Malgré les pressions faites par son père qui voudrait l’utiliser pour se faire une fortune, Amerang est déterminée àépouserOwong, l’amour de sa vie. Pour sauver leur amour, Amerangdécide de présenter son fiancé Owong à son père, mais Pa Abua insiste qu’Amerang n’épousera jamais Owong. Alors que tout espoir de mariage entre Amerang et Owong semblait impossible, un coup de théâtre va se produire. Le fonctionnaire ChiefOyishuo sera arrêté pour corruption déclenchant un mea culpa chez Pa Abua. Il prendra la décision que dorénavant, il laissera la libertéà ses enfants de choisir leurs conjoints.

5.0 Discussion des résultats

Comme nous l’avions souligné dans les pages précédentes, la situation de la femme reste déplorable et suscite toujours des interrogations dans la société contemporaine. Malgré les efforts abattus sur le plan littéraire par certains écrivains, elle continue de subir le diktat des hommes et les traditions misogynes. Le discours féministe devient alors cette arme littéraire pour la libération et l’émancipation de la femme. Le discours féministe s’attaque au patriarcat pour donner la parole aux femmes.La femme ne peut pas continuer à subir les traitements injustes des hommes alors qu’elles contribuent énormément au développement de la société. Ce discours féministeest bien illustré par le biais d’Amerang,leprotagoniste qui se bat contre l’imposition d’un conjoint par son père. On peut dégagerquelques aspects du discoursféministe dans la pièce Lesespoirs perdus.

6.0 Liberté de choix d’un conjoint

Le mariage est tout d’abord uneinstitution divine. Elle est également sociale et très respectée dans les sociétés africaines.Dans les traditions africaines, une personne qui n’est pas mariée se voit rarement attribuer des responsabilités car la communauté estime qu’elle n’a pas la capacité de diriger les autres. En Afrique, le mariage en tant qu’institution sociale reste une affaire complexe et bien ancrée dans les traditions ancestrales puisqu’il a pour but d’unir des familles et de promouvoir la cohésion sociale. De nos jours,avoir un conjoint ne veut pas dire que la relation aboutira au mariage. L’opinion des parents reste un facteur important avant que le mariagene soitscellé. Avec l’évolution de nos sociétés traditionnelles et les influences extérieures, le mariage en tant qu’institution sociale bien respectée a perdu sa valeur à cause de la cupidité de certains parents qui veulent à tout prix se servir de leurs enfants comme moyen d’enrichissement. Le fiancé d’Amerangaunom d’Owongest un jeune étudiant avec un avenir prometteur, mais le fait qu’il soitissu d’un pauvre ne plait pas du tout àPaAbua. Quoique Amerangsoit encore élève, nous remarquons qu’elle n’est pas libre de choisirlibrement l’amour de sa vie. Cette absence de liberté dans le choix d’un conjoint va à l’encontre des principes du discours féministe. L’attitude de Pa Abua est fustigée par sa femme, ce qui est une preuve de plus que l’opinion de la femme ne compte pas à proposdu mariage. Elle ne partage pas l’opinion unilatéralede son père dans une affaire qui la concerne personnellement. Elle pense que la décision finale est individuelle puisque la société a évolué et les mentalités ne sont plus les mêmes. La décision de Ma Abuarejoint les principes du discours féministe.Quand son mari lui apprend que ChiefOyishuo veut épouser Amerang, elle prend du recul et adopte une posture féministe:

Je te comprends maintenant.Mais si tu veux mon avis dans toutecettehistoire, je pense qu’il ne revient qu’à notre fille de décider de qui elle veut pour mari. Parles donc à Amerang toi-même. La société d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. (P.11)

Par ailleurs, le discours féministeest contre le mariage forcé et revendique la liberté de choix. Amerang rejette le choix du conjoint que veut lui imposer son père. Elle est d’avis que le choix d’un conjoint est une affaire personnelle et non des parents seulement. Lors de la discussion avec son père sur le soi-disant mariage àChiefOyishuo, Amerang refuse catégoriquement de se plier à la décision de son géniteur. Ce refus n’est pas une désapprobation du rôle important que jouent les parents concernant le mariage, mais elle estime que la société a évolué et que la décision des enfants doit égalementêtre prise en compte. D’où cette question à son père :comment peut-on décider d’un mariage qui me concerne à mon insu.Ne peut-on pas me demander mon avis là-dessus ? (p.23). Osapi la sœur ainéeest une défenseuse du discours féministe, surtout dans sa réplique envers son père:

Mon père, les temps ont bel et bien évolué. De nos jours, les filles doivent se sentir libres de se choisir un mari, un homme qui leur plait.(p.24)

De ce qui précède, nous remarquons que la volonté de Pa Abua d’imposer un conjoint à sa fille est sévèrement critiquée. Le choix d’un conjoint doit être basé sur l’amour et non sur la force. Amerang et sa sœur aînéereprésentent la jeune génération qui prône le changement alors que Pa Abua symbolise l’ancienne génération déterminée à maintenir le statu quo. Les deux camps ont des opinions différentes sur le mariage.

6.1 La primauté de l’amour sur l’argent

Nous vivons actuellement dans un monde où le goût de l’argent et l’amour dumatériel ont pris le dessus sur les valeurs éthiques. Autrefois, certains critères dans le choix d’un conjoint incluaient la moralité,le respect des anciens et surtout le sens du travail. C’est pourquoi, le plus grand chasseur ou planteur était considéré comme le mari idéal par les jeunes filles de la communauté. De nos jours, les choses ont changé et l’accent est désormais mis sur l’argent. La famille de Pa Abua est le prototype de la famille africaine contemporaine où le mariage a perdu son sens premier, c’est-à-direunir des familles et des communautés pour devenir un moyen d’enrichissement et une échappatoire contre la pauvreté.L’argent joue certes un rôle important dans le confort et le bien-être de la famille mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’amour. Le discours féministe est contre la chosification de la femmeet contredit l’attitude dePa Abuaqui veut vendre aux enchèressa fille Amerang au fonctionnaire ChiefOyishuo. Heureusement qu’Amerang privilégie le bonheur au détriment de l’argent comme nous le constatons dans sa réplique : Je tiens à l’épouser malgré sa pauvreté. Je cherche moins de l’argent que le bonheur dans le mariage (p.26).

6.2 Le droit à l’éducation

L’éducation de la femme est très importante dans la société. Autrefois, son rôle de la femme se limitait uniquement à la cuisine et la production des enfants. Grâce aux efforts des romancières africaines, le rôle de la femme a évolué et elle a pris conscience qu’elle regorgeait des qualités exceptionnelles. L’accès des femmes à l’éducation formelle leur a permis de faire valoir leurs potentialités et contribuer au développement de la société. L’éducation de la femme lui permet de prendre le contrôle de sa vie et faire des choix éclairés. Le slogan selon laquelle éduqué une femme c’est éduqué toute une nation montre l’importance de l’éducation de la femme dans la société. Aussi, une femme éduquée est plus susceptibles de participer au marché du travail et de contribuer à la croissance économique. La femme africaine a fait ses marques dans le secteur politique, économique et social. Si aujourd’hui nous avons des femmes présidentes, directrices d’entreprises, sénatriceset députés, c’est parce qu’elles ont pris conscience de leurs atouts intrinsèques. Une question subsiste encore : Peut-on vraiment dire que toutes les femmes ont accèsà l’éducation ? La réponse est surement non, à cause de la société hautement patriarcale et le poids des traditions. Certains hommes continuent de perpétuer cette idée selon laquelle que l’éducation de la jeune fille est une perte de temps et qu’une fois mariée, elle portera le nom d’un autre homme. Ce qu’ils oublient, c’est qu’éduquerune femme, c’est éduquer la société entière. Une femme éduquée participe à la stabilité de la famille et de la société puisque c’est elle qui donne les premièresleçons de moralitéà l’enfant. Amerangdans les Espoirs perdusest une ardente promotrice de l’éducation de la femme. Elle ne sous-estime pas l’importance du mariage mais privilégie au premier plan son avenir. Amerangvéhicule un des principes clés du discours féministe, comme nous le voyons dans cette réplique à son père :

Papa, tu sais bien que je ne peux pas te désobéir, mais sur ce point, je dois dire que je ne suis pas prête pour le mariage. J’aimerais d’abord terminer mes études secondaires et puis aller à l’université pour décrocher une licence en droit (p. 16).

6.3 Privation d’opinion et patriarcat

Le patriarcat est un système culturel dans lequel les hommes détiennent l’autorité et le pouvoir, tandis que les femmes sont souvent soumises à des rôles et des attentes spécifiques qui limitent leur autonomie et leurs opportunités. L’une des caractéristiques du patriarcat est la domination masculine. La société africaine n’accorde aucun respect à l’opinion de la femme. Cette dernière est toujours considérée comme une spectatrice même dans la prise de décisions qui la concernent. Ce choix délibéré des hommes à perpétuer leur domination sur les femmes se voit dans l’attitude de Pa Abua. Il impose carrément le choix d’un conjoint à Amerang sans se soucier de l’avenir et du bien-être de sa fille : « Depuis quand les femmes ont-elles un mot à dire dans des affaires pareilles ? Il appartient à moi, en tant que père, de savoir ce qui est bon pour mes filles »(p.23). Amerang dans les Espoirs perdus n’est pas libre de choisir un conjoint à cause du patriarcat en place :

Sacrilège ! D’accord, je vous ai fait appeler pour vous communiquer ma décision et non pas pour vous demander votre avis. Elle doit épouser le chef parce que je l’exige. C’est décidé (p.24).

7.0 Conclusion

Cette communication nous a permis de mettre une fois encore en exergue la situation déplorable de la femme africaine. La lutte pour l’émancipation et la libération de la femme reste un travail de longue haleine. Beaucoup d’efforts ont été accomplis grâce aux romancières et à des organisations de défense des droits de la femme. La promotion des droits de la femme doit être prise au sérieux par les Etats africains ainsi que sur la scène internationale.Il est important de promouvoir l’éducation de la femme ainsi que la sensibilisation aux droits de la femme. De même, les femmes doivent participerdavantageà la vie politique en leur accordant plus de représentations dans les organes législatifs. En fin de compte, les normes sociales doivent évoluer et cela passe par la fin du patriarcat et les pratiques sexistes vis-à-vis des femmes.

Références

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