Article Citation: Sa'idu Murtala Dole (2019). Une Étude Comparative du Pronom Personnel de Langues Zarma et Française. DEGEL: The Journal of the Faculty of Arts and Islamic Studies, Vol. 17, No. 1. ISSN 0794-9316
UNE ETUDE COMPARATIVE DU PRONOM PERSONNEL DE
LANGUES ZARMA ET FRANÇAISE
By
Sa’idu
Murtala Dole
Department
of Modern European Languages and Linguistics
Usmanu
Danfodiyo University, Sokoto
Résumé
L’analyse de différents composants des diverses langues
permet de rendre leur apprentissage plus facile. C’est ainsi que la
communication linguistique ne se réalise qu’à travers la phrase. Or la phrase
peut être définie comme l’ensemble de plusieurs éléments qui remplissent de
fonctions différentes. Chaque mot dans une phrase remplit une fonction
grammaticale et c’est ce qu’on appelle les parties du discours. C’est ainsi que
nous constatons l’existence de parties du discours en français et en Zarma. Notre
étude concerne les pronoms personnels de ces deux langues. L’usage du pronom
personnel pose de problèmes aux apprenants zarmaphones de la langue française,
car déjà habitués aux structures de leur langue maternelle. De plus le pronom
personne zarma prend des fonctions différentes en langue française selon sa
position dans une phrase donnée. La présente communication a pour but de faire
la comparaison de l’usage du pronom personnel de ces deux langues : le zarma et
le français, dans le but de réduire les problèmes syntaxiques de la langue
française chez les zarmaphones qui apprennent le français. Pour la réalisation
de cette communication, nous allons passer par une consultation des documents
de grammaire de deux langues qui nous sont disponibles. Enfin, nous faisons
l’analyse de quelques exemples de phrases faites par nos apprenants.
Introduction
Le zarma est la deuxième langue la plus parlée après la
langue hausa dans la région du Dandi. Le Dandi fait partir du vingt un « Local
Government » de l’Etat du Kebbi au Nord du Nigeria. Il partage la frontière
avec deux pays francophones : le Benin et le Niger. Le contact du français avec
cette langue locale pose un certain nombre de problèmes aux apprenants
zarmaphones car ils considèrent le français comme étant une langue étrangère.
Cette communication vise à montrer qu’il n’y a pas un apprentissage sans
difficulté. Notre travail ne prétend pas donner des résultats exhaustifs sur la
capacité des apprenants zarmaphones de la langue française. Néanmoins elle a
pour but de fournir un aperçu des difficultés rencontrées par les apprenants
zarmaphones dans la manipulation de la langue française. La langue zarma qui
est leur première langue acquise influe énormément le français dans le système
d’apprentissage de ce dernier. Nous allons passer à une étude comparative de
l’utilisation des pronoms personnels zarma et ceux du français. Enfin, La
similitude et la différence de ces deux pronoms en étude seront ressorties.
La Langue Zarma
Selon le classement du Joseph Green Berg, le célèbre
chercheur européen sur les langues africaines, la langue Zarma fait partir de à
la grande famille des langues nilo sahariennes. Elle est principalement parlée
au Niger et un peu partout dans la sous région dont l’état de Kebbi au Nord du
Nigeria. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Zarma
19/09/2018 15:45).
Le Zarma, comme la plupart des langues africaines a sa
grammaire. Elle a ses parties du discours et son orthographe bien déterminés.
Les alphabets écrits de la langue comprennent des consonnes et des
voyelles. Les consonnes de la langue Zarma sont au nombre de vingt[1] dont certaines se prononcent comme
en français et d’autres ont une prononciation différente. Les consonnes
suivantes se prononcent comme en français : b-d-f-h-k-l-m-n-p-r-s-t-z.
Parmi les consonnes qui ont une prononciation différente à celle du
français on peut citer:
C : se prononce ‘tch’,
comme dans coro qui veut dire ami, J :
se prononce ‘dj’ comme dans jirbi qui
veut dire dormir, ny : se prononce ‘gn’ comme
dans nya qui signifie la mère.
On constate deux types de voyelles en langues Zarma, les
voyelles courtes au nombre de cinq : a, e, o, i, u dont leur prononciation est
très proche à celle du français et les voyelles longues qui sont elles aussi au
nombre de cinq à savoir :
‘aa’ comme dans taafe et baaba qui
signifient respectivement pagne et père.
‘ee’ comme dans feeji ; ‘oo’
comme mooto ; ‘ii’ comme dans jiiri et
enfin ‘uu’ comme dans buuru.
La langue zarma possède aussi deux semi-consonnes : w et
y. ‘w’ se prononce comme en hausa et en anglais dans what/ where, comme
dans ‘wa’ qui veut dire lait. Le ‘y’ aussi
se prononce comme en anglais/ hausa dans yes/ yaro. Ex : yo qui
signifie le chameau. (http://denisnddo.free.fr/html/zarma.htm
06/08/2018 14:33
Les Pronoms Personnels Zarma
Le pronom personnel de la langue zarma comme toute autre
langue est un mot qui remplace un nom dans une phrase. Le même pronom peut
correspondre aussi bien à un être masculin ou féminin, un objet concret ou un
concept abstrait. On peut dire que le Zarma n’a pas de genre pour les pronoms
personnels. La langue comporte six pronoms personnels sujets. Il ya trois
pronoms personnels sujets au singulier et trois autres au pluriel.
Les
pronoms personnels sujets au singulier et au pluriel
Considérons
le tableau ci-dessous :
|
Personne |
Singulier |
Pluriel |
|
1re personne |
Ay |
Iri |
|
2e personne |
Ni |
Araan |
|
3e personne |
A |
I |
Ay :
Ay koy goy.
Ay ka kaa di ni.
Ni :
Ni koy goy.
Ni day mooto.
A:
A
koy habu.
A
day gaasu.
Iri:
Iri day nwarri
Iri sinda nwarri.
Arann:
Araan koy goy.
Araan na kocciya kar.
I:
I
koy naaru.
I yenda Musa lokkol.
Les Pronoms Personnels Français.
Le pronom peut être défini comme un mot qui sert à
représenter un nom dans une phrase donnée. Il sert aussi à designer un être ou
une chose. (Sabi’u, 2014 :140) souligne que :
Dans une phrase le nom propre de personne ou
de chose est toujours répété par un pronom correspondant. Cette redondance est
obligatoire selon des cas, puisque le manque d’observation de cette règle peut
entrainer un glissement de sens ou de rendre la phrase agrammaticale.
Le pronom personnel est donc un mot de forme variable. Il
varie selon la ou les personnes qu’ils évoquent, la ou les choses auxquelles il
fait référence. Il change aussi selon la fonction qu’il occupe dans une phrase.
On distingue les pronoms personnels sujets qui permettent
de conjuguer un verbe à toutes les personnes et les pronoms personnels
compléments qui consistent à remplacer un nom ou un groupe nominal dans une
phrase. Les pronoms personnels sujets indiquent celui qui fait l’action
indiquée. Néanmoins les pronoms personnels compléments remplacent un nom ou
groupe nominal complément d’objet dans une phrase.
Les pronoms personnels sujets du singulier : je, tu, il,
elle, on.
Les pronoms personnels sujets du pluriel : nous, vous,
ils, elles.
Les pronoms personnels compléments d’objet du singulier :
me, te, lui, le, la, moi, toi…
Les pronoms personnels complément d’objet du pluriel :
nous, vous, les, leur.
Exemple :
1) Musa a écrit ce roman. Il a
écrit ce roman.
2) Les élèves parlent français. Ils parlent
français.
3) Le professeur pose la question aux étudiants.
Le professeur leur pose la question.
4) Ali a vendu son cheval. Ali l’a
vendu.
Dans la première et deuxième phrases ci-dessus les
pronoms ‘il’ et ‘ils’ remplacent les
noms Musa et les élèves respectivement et qui
fonctionnent comme sujet. Mais dans la troisième et quatrième phrases ci-dessus
les pronoms ‘leur’ remplace le groupe nominal les étudiants
et ‘l’’ remplacent les noms cheval qui sont tous de complément
d’objet. Le pronom personnel est donc employé dans une phrase pour éviter la
répétition.
Les Pronoms Personnels en Français et en Zarma.
Comme nous l’avons vu précédemment, les pronoms
personnels en français sont de deux formes : le pronom personnels sujet et le
pronom personnel complément d’objet.
Essayons de voir les pronoms personnels sujets en langue
Zarma et les pronoms personnels sujets en langue française :
|
Personnes |
Pronoms Personnels sujets Zarma |
Pronoms Personnels sujets français |
|
1re personne du singulier |
Ay |
Je J’ |
|
2e personne singulier |
Ni |
Tu |
|
3e personne singulier |
A |
Il, Elle |
|
1e personne du pluriel |
Iri |
Nous |
|
2e personne du pluriel |
Aran |
Vous |
|
3e personne du pluriel |
I |
Ils ; Elles |
Les pronoms Ay / Je : première personne du singulier,
masculin/féminin
Le pronom personnel ‘ay’ et ‘je’ sont
les pronoms personnels sujets de la langue zarma et de la langue française
respectivement. Ils remplacent le nom de la première personne du singulier du
genre masculin féminin dans une phrase. Ils occupent presque la même fonction
et la même position.
Exemple :
|
Zarma |
Français |
|
1. Ay koy habu, Ay day
mooto. |
Je suis allé(e) au marché, j’ai acheté
une voiture. |
|
2. Ay mooto
sara. |
Ma voiture
est en panne. |
|
3. Ay no salaan niise bi. |
C’est moi qui t’ai parlé hier. |
Analysons ces phrases ci-dessus :
Dans la première phrase le pronom ay du zarma et je du
français représentent le sujet parlant et sont les sujets du verbe ‘’koy’’ et
‘suis allé’. Dans toutes les deux phrases le sujet peut être masculin ou
féminin. Mais dans la deuxième phrase le pronom ay de la
langue zarma ne fonctionne pas comme le sujet de cette phrase. Ay dans
cette phrase veut dire « ma », « mes » ou « mon » donc
il est considéré comme l’adjectif possessif. En effet, dans la troisième phrase
le pronom ‘ay’ est considéré comme un pronom tonique de la première
personne du singulier ‘moi’. Donc le pronom personnel ‘ay’ a
une fonction et une nature différentes dans les trois phrases ci-dessus.
Les pronoms Ni / Tu : deuxième personne du singulier,
masculin/féminin.
Les pronoms ‘ni’ et ‘tu’ sont
des pronoms personnels sujets qui remplacent un nom de la deuxième personne du
singulier. Ce nom remplacé peut être du genre masculin ou féminin.
|
Zarma |
Français |
|
1. Ni koy
haabu. |
Tu es allé(e) au marché. |
|
2. Ay
di ni haabu. |
Je t’ai vu au marché. |
|
3. Ni bariyo
daarai. Ni mooto saara. |
Ton cheval est perdu. Ta voiture est
en panne |
Considérons les phrases ci-dessus :
Au niveau de la première phrase, les deux pronoms
c'est-à-dire le pronom ‘ni’ de la langue zarma et le
pronom ‘tu’ sont des pronoms personnels sujets de la deuxième
personne du singulier. Ils ont la même nature et la même fonction. Ils sont
tous sujets de verbes ‘Koy’ et ‘est allé’ respectivement. Mais le pronom ‘ni’ de
la 2e et 3e phrase ne signifient pas le pronom
personnel sujet ‘tu’. Dans la 2e phrase le
pronom ‘ni’ prend la fonction du pronom personnel complément
d’objet ‘te’ et au niveau de la 3e phrase le
pronom ‘ni’ prend la fonction de l’adjectif possessif ‘ta/ton’.
Les Pronoms A / il/ elle : troisième personne du
singulier, masculin/ féminin.
Le pronom ‘a’ de la langue zarma est le
pronom personnel de la 3e personne du singulier. Il a pour
équivalent ‘il’ ou ‘elle’ dans la langue française
quand il fonctionne comme pronom personnel sujet.
Exemple :
1) Rabi koy habu ↔ a day gaasu. Rabi est allée au marché↔ elle a
acheté une calebasse.
2) Musa sinda bani ↔ a koy habu. Musa est
malade ↔ il est allé au marché.
3) A gaasu bagu. Sa calebasse est
cassée.
L’analyse de ces phrases ci-dessus nous montre que le
pronom personnel ‘a’ de la troisième personne du singulier
remplace Rabi dans la première phrase et Musa dans la deuxième phrase et
fonctionne comme sujet dans les deux phrases. Contrairement à la langue
française, en langue zarma le pronom personnel ‘a’ remplace à la
fois un nom du genre masculin et aussi un nom du genre féminin. Par contre au
niveau de la troisième phrase le pronom ‘a’ de la langue zarma
prend la fonction de l’adjectif possessif sa/son.
Le pronom Iri / Nous : première personne du pluriel,
masculin/féminin.
Le pronom ‘iri’ est le pronom personnel sujet
de la première personne du pluriel. Il peut remplacer un nom du genre masculin
ou féminin.
Exemple :
|
Zarma |
Français |
|
1. Iri ka
kadi ni. |
Nous sommes venus te voir. |
|
2. Iri zankay
sinda bani. |
Nos enfants sont malades. |
Au niveau du premier exemple les pronoms ‘iri’ et nous ont
la même fonction c'est-à-dire sujet. Mais dans le deuxième exemple le pronom ‘iri’ prend
la fonction d’un adjectif possessif de la première personne du pluriel.
Le pronom Araan/ Vous : deuxieme personne du
pluriel, masculin/feminin.
Comme tous les autres pronoms, le pronom zarma ‘Araan’ est
un pronom personnel sujet de la deuxième personne du pluriel. Il peut remplacer
un nom du genre masculin ou féminin.
Exemple :
|
Zarma |
Français |
|
1. Araan di
ay beere. |
Vous avez vu mon grand frère. |
|
2. Araan ga
koy fus. |
Vous irez à la maison. |
|
3. Arann beere
koy goy. |
Votre grand frère est allé au travail. |
Au niveau des deux premiers exemples le pronom ‘araan’ de
la langue zarma a le même statut que le pronom personnel sujet ‘vous’ du
français. Mais pour le dernier exemple le pronom ‘araan’ ne
fonctionne pas comme sujet dans cette phrase. Il prend la fonction d’un
adjectif possessif ‘votre/vos’.
Le pronom I / Ils/ Elle : troisième personne du pluriel,
masculin/féminin.
Le pronom ‘i’ est le pronom personnel de
la troisième personne du pluriel. Il correspond au pronom personnel sujet il ou elle de
la langue française.
Exemple :
1) Zankey man koy fu. ↔ I man koy fu. Les enfants ne sont pas allés à la
maison.↔ ils ne sont allés à la maison.
Wandiyey koy habu.↔ I koy
habu. Les filles
sont allées au marché.↔ elles sont allées au marché.
2) I zankey man koy hu. Leurs enfants ne sont pas allés à la maison.
Dans la première phrase le pronom personnel zarma ‘i’ remplace
le groupe nominal ‘les enfants’ qui est du genre masculin et dans la deuxième
phrase, le même pronom ‘i’ remplace aussi le groupe
nominal ‘les filles’ qui est aussi du genre féminin. Mais au
niveau du deuxième exemple le pronom ‘i’ ne prend pas la même
fonction que le ‘i’ du premier exemple. Il prend la fonction
de l’adjectif possessif de la troisième personne du pluriel leur/leurs.
Les Résultats
L’analyse de notre recherche nous montre qu’en langue
zarma il n’y a pas d’adjectif possessif bien déterminé contrairement à la
langue française. Cette absence de l’adjectif possessif en zarma pose un
problème aux apprenants zarmaphones de la langue française.
Le même pronom personnel sujet de la langue zarma peut
fonctionner comme un adjectif possessif ou un pronom personnel complément
d’objet, ou bien un pronom tonique. Les apprenants zarmaphones ont de problèmes
sur le choix de l’équivalent de ce pronom en langue française.
Par exemple le pronom personnel ‘Ay’ du
zarma peut avoir plusieurs fonctions en français. Considérons les phrases
suivantes :
1) Ay koy hu.↔ Je suis allé(e) à la
maison.
2) Ay zankey koy habu.↔ Mes enfants sont
allés au marché.
3) Ay no salan nise.↔ c’est moi qui t’ai
parlé.
4) A di ay habu.↔ il m’a vu au
marché.
Nous constatons qu’au niveau de la première phrase, le
pronom ‘Ay’ fonction comme le pronom personnel sujet de la première
personne du singulier. Mais dans la deuxième phrase, le pronom ‘Ay’ fonctionne
comme l’adjectif possessif de la première personne du singulier. Par contre
dans la troisième phrase, il fonctionne comme un pronom personnel tonique.
Remarque
Nous pouvons dire que si le pronom ‘ay’ de la
langue zarma suit un verbe, il prend la fonction d’un pronom personnel sujet.
Mais quand il suit un nom, il fonctionne comme un adjectif possessif. Au niveau
de la dernière phrase, le pronom ‘ay’ fonctionne comme un
pronom personnel complément d’objet. Ce changement de fonction par le
pronom ‘ay’ de la langue zarma cause un problème sérieux aux
apprenants zarmaphones de la langue française. Le choix de l’équivalent du
pronom ‘ay’ leur parait un peu difficile. La même remarque est
aussi valable pour les autres pronoms personnels zarma, c’est-à-dire : ni,
a, iri, araan, i.
La construction syntaxique de la langue zarma permet au
pronom personnel de se placer juste après le nom, mais en français, il se place
après le verbe, sauf dans le cas des phrases interrogatives par inversion du
sujet. Donc, un apprenant zarmaphone de la langue française risque de se
tromper dans le choix de l’équivalent du pronom en français. Bien que la
position du pronom zarma dans une phrase détermine sa nature et sa fonction.
Conclusion
L’analyse de notre étude nous montre que les pronoms
personnels de la langue zarma peuvent changer de nature et de fonction dans une
phrase. La nature et la fonction d’un pronom zarma dépend de sa position dans
une phrase. Si le pronom suit un verbe directement, ce dernier fonctionne comme
un pronom personnel sujet dans cette phrase. Mais s’il suit un nom, il
fonctionne comme un adjectif possessif. Le pronom zarma fonctionne comme un
pronom personnel complément d’objet dans une phrase lorsqu’il apparait avant le
verbe. Néanmoins, le pronom zarma est tonique quand il est accompagné par ‘no’. L’enseignant
aura une tâche lourde pour dispenser un cours sur le pronom personnel sujet et
complément d’objet s’il fait référence à leur langue maternelle qui est la
langue zarma.
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